Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] CS : Sur le fil du Roseau
 
Saelion
Messagers du Lond Daer
Maître du Relais

Messages : 47
Message Posté le: 4/05/2009 à 14:41    Sujet du message : [Récit] CS : Sur le fil du Roseau
Évaluer
Citer
 



On ne connaîtra jamais du passé de Saelion que ce que, de son vivant, il voulut bien en donner : c'est-à-dire peu de choses. Moi-même qui fut son ami et confident durant toutes ces longues années, j’en reste bien souvent contraint à d’incertaines hypothèses. Saelion ne livra jamais rien qui put lever le secret : ce que je sais de lui, je ne le découvris que par bribes, souvent à son insu, parfois tardivement. Ainsi j’ignore tout du nébuleux cheminement qui mena Saelion jusqu’à notre rencontre. Qu’importe, après tout, il ne m’appartient pas de lever le mystère dont il sut s’entourer. Les nombreux cahiers qu’il m’a laissés et dans lesquels il a consigné une partie de son histoire parleront peut-être pour lui plus tard, bien plus tard…*


Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Edhellond, 3016 (3A)

L’elfe se tenait assis sur la rambarde, adossé à un pilier, pinçant les cordes de son luth dans une succession chaotique, cherchant peut-être un accord pour entamer une nouvelle sérénade. Les eaux calmes de Belegaer, la cité sommeillante d’Edhellond en arrière-fond, le léger vent qui agitait doucement les prés, les touches de couleur frissonnantes des fleurs parsemant le vert de l’herbe, les couleurs pastel enveloppant le paysage d’un écrin de quiétude… Tout invitait à la mélancolie. La cité portuaire des Elfes vivotait, nimbée d’une aura qui lui donnait l’aspect d’une résurgence du passé. Un tableau ayant perdu l’éclat de ses jeunes années, qui pourtant gardait tout son attrait et renforçait l’impression de mystère : nombreux étaient les Humains de Dol Amroth et de la région à venir ici au moins une fois dans leur vie, comme en pèlerinage, restant subjugués par l’atmosphère indescriptible qui émanait du port : voir Edhellond, c’était contempler un reliquat d’une histoire tellement riche et ancienne que les livres peinaient à la restituer complètement. Se promener dans les rues d’Edhellond, c’était arpenter pour quelques heures les couloirs du passé. Contempler le port c’était tourner le dos à l’histoire en marche.

Image


« - Qui est-ce ?
- Un elfe du nom de Saelion, Princesse. Il traîne souvent par ici, perdu dans ses songes. Quoiqu’il reste souvent loin également, errant nul ne sait où.
- Vous semblez bien le connaître… Un de vos amis ?
- Oui… Enfin je crois.
- Je veux lui parler ! »
La jeune femme n’attendit pas la réponse de son escorte et courut vers l’Elfe, s’arrêtant à quelques mètres de lui, l’observant attentivement. Il avait les traits fins, la peau particulièrement blanche et les cheveux longs de couleur noire teintée de fils argentés. Il devait être assez grand, pour autant qu’il était possible d’en juger de par sa position, et plus mince que la moyenne des Humains.
« Bonjour Saelion… »
L’Elfe pinça encore quelques cordes puis se tourna, relevant lentement la tête et détaillant celle qui l’avait si sommairement abordé. C’est à peine s’il remarqua le garde qui venait de se rapprocher en se plaçant derrière celle qu’il devait protéger : un rapide coup d’œil, une inclinaison légère de la tête en guise de salut et l’Elfe retourna à la contemplation de la jeune femme.
« - Saelion…
- Capitaine…
- Pas encore. Je te présente Wen Lothiriel.
- Enchanté, et charmé.
- Cesse de la dévisager ainsi Saelion.
- Je ne vous dévisage pas, damoiselle, je vous envisage.
- Saelion ! C’est la fille du Prince Imrahil !
- Elle n’en est pas moins exquise. »
Le garde maugréa, l’Elfe adressa un clin d’œil malicieux à Lothiriel qui avait suivi la conversation avec amusement, avant de sourire au jeu de mot et à présent de rire avec légèreté. Elle vint s’asseoir sur la rambarde, contemplant la mer à son tour.
« - On m’avait dit que les Elfes étaient des êtres graves et sérieux, perdus dans quelque mélancolie, rattachés au passé et disparaissant peu à peu.
- Navré de vous décevoir. Quoique si vous exceptez le trait d’esprit et le clin d’œil je correspond en tout point à l’image que vous avez des Elfes.
- Votre ami dit que vous traînez souvent ici, perdu dans vos songes… A quoi rêviez-vous à l’instant ? »
L’elfe tourna la tête pour laisser son regard contempler la mer. Un instant de silence passa que personne ne vint perturber. Une ombre glissa sur la surface de l’eau tandis qu’une mouette filait vers l’ouest, en direction d’un banc de poissons ou d’un bateau de pêche.
« Au dernier navire. »
La jeune femme observa à nouveau l’Elfe. Il scrutait toujours la mer, fixant un point lointain où il paraissait discerner quelque chose qui restait invisible aux yeux des deux Humains.

Image



Hors-personnage :
CREDITS
- musique : Josquin Des Prez - La Spagna, a 5 (instrumental)
- * extrait du texte d’introduction du tome 1 de la BD Algernon Woodcock
- images : Rob Aaldjik, David Waytt




Dernière édition par Saelion le 6/09/2011 à 20:30; édité 3 fois
Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
Saelion
Messagers du Lond Daer
Maître du Relais

Messages : 47
Message Posté le: 8/05/2009 à 22:54    
Évaluer
Citer
 



Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Minas Tirith, 3017 3A

Lothiriel avait pesté contre son départ, tenté de le convaincre pour finalement tourner les talons, furieuse. Elle n’avait laissé derrière elle que la lettre de cachet obtenue auprès de son père pour accéder à la bibliothèque royale et un des portraits que Saelion avait fait d’elle. Ne m’oublie pas au Pays Béni.


Image


L’Elfe monta sur les remparts et s’approcha des créneaux, plongeant son regard sur les plaines qui s’étendaient au nord. Il distingua un cavalier qui galopait à brides abattues, jaugeant la vitesse du cheval en estimant qu’à ce rythme la pauvre monture ne tiendrait pas longtemps. Saelion crut reconnaître le vieillard qui avait quitté précipitamment la bibliothèque royale quelques heures plus tôt. Lui-même s’y était rendu pour tenter de dénicher un document levant le doute sur l’origine d'Edhellond. Tentative qui lui arrachait un sourire maintenant qu’il constatait son échec : si même les Elfes ne s’accordaient entre eux, comment les Humains auraient pu disposer d’un souvenir aussi précis ? Sindar de Brithombar et d’Eglarest, ou de Doriath ? La polémique continuerait sans doute à alimenter quelques conversations tardives aussi sûrement que le bois disparaîtrait dans la cheminée devant laquelle elles se tiendraient. Qui se souciait de cela, de toute façon… Quelle utilité ? Après tant de temps passé à arpenter cette terre, il avait encore des lubies.

Saelion releva la tête. Le cavalier n’était plus qu’un minuscule point qui s’apprêtait à se fondre avec la ligne d’horizon. Il avait pris la même direction que l’Elfe prendrait bientôt. Qu’il aurait déjà dû prendre. Venir à Minas Tirith revenait à faire un détour conséquent mais le Sinda n’envisageait pas de regagner les Havres sans faire le chemin inverse de celui qui l’avait mené à Edhellond près de 10 siècles plus tôt. Sans doute une autre de ces lubies qui venaient l’assaillir sans relâche depuis qu’il avait entendu l’appel de la mer.
Il plissa les yeux. Impossible d’ignorer les nuages qui s’amoncelaient à l’est… Mais cela ne le concernait plus. En bien ou en mal les Humains à présent régnaient sur les destinées de ce monde et de cet âge. Une patrouille passa sur le chemin de ronde. Comme tous les gardes qui l’avaient croisé, ceux-ci le regardèrent brièvement avec au mieux une interrogation au pire un soupçon. Sa taille et sa silhouette, bien que standard pour un Elfe, interpelaient… De même que son visage pour qui prenait la peine de se rapprocher. Mais la livrée de Dol Amroth, cygne blanc sur fond bleu, servait autant de garant que de protection. Les gardes, comme les précédents, retournèrent à leur ronde. Les hommes du Prince avaient conservé leur prestige.

Image


Saelion délaissa le chemin de ronde et entreprit de parcourir la longue route qui l’amènerait jusqu’aux écuries situées près des portes. Tout au long de sa marche il s’imprégna des odeurs des produits frais disposés sur les étals, des bruissements de conversation où il était question du temps, des enfants, des affaires, d’amour, de réclamations, d’inquiétudes… Toutes choses qui ne le concernait plus et qui pourtant lui arrachèrent un discret sourire : la vie, dans ce qu’elle avait de plus quotidien, disposait encore de beaux jours devant elle.
Arrivé à l’écurie sans même s’en rendre compte il récupéra son cheval, remercia le palefrenier et repartit aussi simplement qu’il était venu. Saelion avait emmené peu d’affaires ;chacune renvoyait au souvenir d’une personne qu’il avait croisée. A bonne distance de la ville il s’arrêta et enleva la livrée de Dol Amroth. C’était convenu ainsi : une dernière fois au service du Prince et, passées les murailles de Minas Tirith, l’engagement était dissout. A nouveau seul.

Remonter vers le nord, bifurquer vers l’ouest puis…


Hors-personnage :
CREDITS
- musique : Yann Tiersen - Summer 78
- images : Joachim Barrum, site Tolkiendil




Dernière édition par Saelion le 6/09/2011 à 20:30; édité 1 fois
Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
Saelion
Messagers du Lond Daer
Maître du Relais

Messages : 47
Message Posté le: 6/09/2011 à 20:26    
Évaluer
Citer
 



Fils de Sagesse, à quoi rêves-tu ?

Ost-in-Edhil, 3018 3A (août)

Saelion jeta un dernier coup d’œil par-dessus son épaule. Il ne restait rien. La nature avait depuis longtemps reprit possession des lieux, noyant les ruines qui avaient survécu à la fureur du Seigneur des Dons sous un tapis de végétation. Non pas qu’elle fut abondante en cette région, mais la guerre avait détruit la ville et le temps qui passe s’était chargé des vestiges. Il ne restait comme trace de cette époque que les artefacts sortis des forges du Gwaith-i-Mirdain, la mémoire des Elfes et quelques récits conservés dans de lointains lieux de savoir. Le souvenir… Un peu plus au nord dormaient dans les collines les eaux de Merethlin, où la tradition et la légende racontaient que tous les ans des Elfes venaient se recueillir en souvenir des temps anciens. Saelion ne s’y était jamais rendu : les temps anciens étaient encore trop vivaces à son cœur pour qu’il puisse les conjurer par un symbole. Il ne pouvait accepter qu’une cérémonie vienne apposer le sceau du révolu sur des personnes et événements qui avaient fait partie de sa vie. Cela revenait à… s’effacer.

Le Sinda regarda devant lui et enjoignit à sa monture d’avancer au pas. Il avait fait un détour… Encore. Il n’avait fait que cela depuis son départ d’Edhellond, cherchant par tous les moyens à ne pas revoir la mer. Lors de son passage sous la frondaison de la Lorien il avait demandé à la Dame comment il pouvait être sûr que le temps était venu pour lui de partir à l’Ouest. Elle n’avait rien répondu de définitif, lui tendant simplement en murmurant quelques paroles un objet qu’il tenait à présent dans sa main. Un roseau blanc. En souvenir de Doriath.


Image



Saelion tendit le bras, observant le roseau. Il n’avait rien de particulier. La Dame de Lorien le lui aurait-elle donné parce qu’elle savait qu’il porterait ses pas jusqu’aux abords de Nîn-in-Eilph ? Serait-ce seulement ça ? L’Elfe peinait à l’imaginer ainsi, et commençait à se demander s’il n’avait tout simplement pas saisi le message qu’avait voulu lui transmettre Galadriel. Il baissa le bras. Au loin il distingua à la place du roseau une silhouette qui dansait. Seule au milieu des ruines, d’autres ruines. Celles de Tharbad.
Saelion se rendit compte qu’il était resté songeur un long moment tandis que sa placide monture suivait les contours du marais puis de la rivière pour arriver aux premiers faubourgs de la ville disparue. Perdue dans une région désertée, dansant sur les ruines, éloignée de plusieurs lieux de tout site d’habitation, la silhouette tenait plus de l’apparition que de la réalité. Une gestuelle désordonnée qui s’accomplissait en un élan gracieux et touchant, limpide, inspiré. Un pas de danse improvisé et virevoltant. L’Elfe s’approcha, fasciné.

La silhouette hésita, comme si elle arrivait au bout de son inspiration, reprit puis s’arrêta à nouveau, alternant ainsi mouvement et immobilité en un enchaînement décousu, comme si elle cherchait ses pas, les inventant au fur et à mesure. La grâce s’évapora, la silhouette s’effondra de tout son long, laissant échapper un objet de sa main droite. Saelion poussa sa monture au galop et combla l’espace qui le séparait de la danseuse en un souffle, sautant à bas de sa monture et s’agenouillant auprès de l’apparition.
Ses yeux étaient clos mais sa poitrine se soulevait régulièrement. Une jeune humaine à la svelte silhouette et aux cheveux châtains mi-longs ébouriffés, marquée par une longue cicatrice qui descendait le long d’une de ses joues. Les vêtements fripés et poussiéreux ne laissaient deviner aucune tâche de sang et leur propriétaire ne paraissait pas blessée. Déjà elle rouvrait les yeux, se redressant à moitié, remarquant à peine l’Elfe dont la présence ne semblait pas la surprendre, tournant sa tête de droite et de gauche. Elle repéra enfin l’objet qu’elle cherchait, celui qu’elle avait laissé échapper dans sa chute et qui s’avérait être une bouteille. L’humaine la porta à sa bouche et fit la moue en constatant que plus une goutte ne coulait.
« - Aubergiste !
- Je crains qu’il soit un peu loin pour vous entendre hurler.
- Vous seriez pas son commis ?
- En aucune façon.
- Pfff… A quoi vous servez alors ?
- A rien. »

La jeune femme sourit avec bienveillance, la réponse lui convenant. Elle se redressa, épousseta ses vêtements, récupéra une besace posée contre la base d’un pilier.
« Changez d’orientation. Faites-vous cuisinier ! Je vais me décrasser, préparez-moi quelque chose. Et trouvez-moi à boire ! »
Saelion haussa un sourcil tandis que l’humaine se dirigeait vers la rivière en sautillant et chantonnant.

« Pom popom popom popom popom popom

Tous les petits Goblins, dansent dans la forêt
Moi et mes compagnons allons les approcher
Ils sont vraiment mignons quand ils se font flécher
Nous les achèverons à coup d'épée rouillée

Pom popom popom popom popom popom

Quand tous les petits Orcs, dansent dans la forêt
Moi et mes compagnons préférons nous cacher
Ils ne sont pas mignons, ils sont bêtes à pleurer
Mais nous les évitons pour pas finir broyés

Pom popom popom popom popom popom

Quand tous les petits Trolls, dansent dans la forêt
Moi et mes compagnons préférons nous barrer
Ceux qui les trouvent mignons sont vraiment dérangés
Un jour ils finiront en compote de Pomme

Pom popom popom popom popom popom* »



Image



Saelion revint au campement improvisé où il avait laissé la jeune femme au matin, encore endormie, enveloppée dans la longue cape qu’il lui avait prêtée. Il s’arrêta net, la cherchant du regard. Disparue. Il lâcha le bois et courut vers la rivière. Elle n’y était pas non plus. Il remonta vers le gué, aperçut une silhouette le franchissant. Ce n’était pas elle. En plissant les yeux il distingua un homme de forte carrure et de taille moyenne dont le visage lui rappela quelqu’un qu’il avait croisé à Minas Tirith. Ce fait l’interpella : il y a longtemps que le Gondor ne se préoccupait plus des terres de l’ancien Royaume du Nord… Qu’est-ce qu’un homme du Pays des Pierres pouvait bien venir chercher par ici ? Il n’avait même pas de monture, son voyage avait dû durer des mois… L’idée de la monture ramena l’Elfe à sa situation présente. Il rebroussa chemin jusqu’au campement : son cheval n’était plus là.

Saelion releva la tête, regardant vers le nord et fixant l’horizon. Il ne savait même pas comment elle s’appelait…


Hors-personnage :
CREDITS
- musique : Loreena McKennitt - The Mystic's Dream
- * chanson reprise de Reflets d’Acide
- images : inconnu (copié du site de la Compagnie du Roseau Blanc), Leonid Kozienko


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
    Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer Sujet précédent :: sujet suivant