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Landryt Mandragoran
Compagnie du Roseau Blanc
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Message Posté le: 27/04/2009 à 09:08    Sujet du message : [Récit] Descente aux Enfers.
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Dans un grognement, Landryt revient à lui. Le sol de terre l'a courbaturé, la racine barrant ses côtes n'ayant rien arrangé. La douleur lui martèle les tempes, prémice d'une solide gueule de bois comme il n'en a pas connue depuis des mois, des années peut être. Le Rohir regarde ses mains lardées de cicatrices. Un instant il oublie qui il est et où il se trouve.

"Je suis à toi. A toi, Landryt..."



Il marchait d'un équilibre précaire depuis si longtemps sur le muret délimitant la raison de la folie qu'il n'y pensait même plus. Les choses étaient telles qu'elles devaient probablement l'être, et ce qu'il faisait de mal était bien souvent contrebalancé par une juste cause.
Justice. Oui, il l'avait embrassée en rejetant les principes de bonté. Comment rester bon lorsque l'horreur gagne le monde ? Il avait fini par céder, acceptant de lutter avec des armes qu'il aurait brisées il y a encore quelques années.
Tout n'était pas noir, bien sûr. Il avait passé de bons moments, fugaces et sans lendemains, dans les bras de femmes qui ne cherchaient qu'à assouvir un désir purement physique, comme lui. Il avait connu des moments de rires et de joie, entouré des gens qui étaient ses amis, et en un sens sa famille.
Mais toujours il était tiré, parfois brutalement, vers la bête tapie au fond de lui et qui s'était réveillée un jour de folie, de sang et de haine, dans toutes son infâme bestialité.

Pourtant, il n'était pas mauvais. Il faisait simplement parfois ce qu'il savait devoir faire, sans remords, voilà tout. Il ne jouait pas avec les gens autrement que pour sonder le fond de leur âme. Alors il les laissait en paix, ou se préparait à les briser, consciencieusement, froidement. Couper le mal à la racine, c'était cela qu'il faisait.




"Mon rustre.. Je t'aime ! JE T'AIME !"

Elle avait crié ces mots en riant au milieu de la ferme d'Anstancier, la joie inondant son visage magnifique, tellement rempli d'innocence. Déjà une lumière vacillante apparaissait à une fenêtre du corps principal, mais ils n'en avaient cure, s'étreignant en riant. Ce soir là, Landryt avait demandé à Sighild de s'unir à lui, et s'il lui avait laissé le temps de réfléchir, il savait très bien qu'elle accepterait.

Sighild. De manière incompréhensible, elle le maintenait fermement sur son chemin, plus surement qu'un étau refermé autour de son cou. Il ne se lassait pas de cette naïveté, de cette joie de vivre dont elle débordait si naturellement. Il était prêt à tout donner pour la préserver, et c'était pour cela qu'il voulait l'épouser. La protéger, être le bouclier déviant les innombrables coups que la vie peut porter. Il ne doutait pas de pouvoir supporter n'importe quoi, et il voulait porter son fardeau à sa place pour qu'à jamais elle soit telle qu'il la voyait.




"Le bain de madame est avancé."

Le Rohir s'était volontiers pris au jeu de la cousine dont il avait la garde. Parfois, il se demandait si elle se rendait compte de l'énormité de ce qu'elle déclarait, du ridicule de ses mimiques, probablement tant et tant répétées pour séduire, tirer un sourire, rester dans la mémoire de ceux qui les recevaient. Se rendait-elle seulement compte qu'il avait parfaitement conscience de ce qu'elle faisait ? Ah, cela n'avait alors pas d'importance, ces instants étaient agréables, loin de la sombre affaire qui l'avait amenée à résider chez lui.

Un jeu, rien qu'un jeu. Mais les pavés étaient trempés, bien trop glissants. Il trébuchait, de plus en plus souvent alors que son métronome était loin, bien trop loin. Il l'avait repoussée, et repoussée encore. Il ne savait plus combien de fois. Mais toujours, il revenait, papillon attiré par la flamme de la bougie, et qui ne souhaite rien d'autre que de s'y brûler. Ses murailles s'effritaient sous les assauts de Celairil, il en avait parfaitement conscience. Mais au fond de lui, déjà, il savait qu'il était trop tard pour se détourner.

Plus elle lui parlait de Sighild et de leur mariage prochain, plus l'envie de l'empoigner, de l'embrasser, de l'étreindre était forte. Le chemin qu'il empruntait était sombre, nimbé d'ombres inquiétantes, pleines de promesses silencieuses et inavouables.




"Regarde moi, Celairil. Et là, que ressens-tu ?"

Il tombait, se raccrochant au muret de sa raison à grand peine. Même ses mots étaient calculés, flèche tirée droit vers sa cible sans obstacle pour l'en dévier. La main de Landryt reposait sur le coeur de Celairil qui battait à tout rompre, la respiration oppressée, presque suffocante.

Il glissait, ne tenant plus que du bout des ongles qui ne tardèrent pas à céder, cette fois ci. Portant la belle dans la tente sans cesser de l'embrasser, il avait définitivement sombré, choisissant l'ombre plutôt que la lumière.


"Non... Non, il ne faut pas..."

Les protestations gémissantes de la jeune femme étaient bien vaines, noyées dans le tourment de leur désir. Lui arrachant presque ses vêtements, il parcourut son corps ainsi offert avec avidité alors qu'elle s'évertuait à le débarrasser de sa tunique. La nuit s'embrasa en étreintes brutales et désespérées, réduisant leur univers à cet espace réduit délimité par une toile rêche et protectrice.

La pluie tombait drue autour d'eux, comme si les éléments eux même déchaînaient leur colère en réponse à leurs ébats. Mais il était trop tard, oui bien trop tard pour lui.


"Comme un homme a qui l'on aurait enfoncé un délicieux, exquis poignard dans le coeur, mais il n'en meurt pas, au contraire. Et si on le lui enlève, il se vide de son sang."

Voilà les mots qu'il avait choisis pour lui dire comment il se sentait. Et c'était exactement l'image qui convenait, bien qu'il ait pu le nier. Et elle ne semblait pas comprendre ce qu'il essayait de lui dire. Elle voulait le ramener à la réalité, mais il n'avait de cesse de chuter, s'embourbant de plus en plus par ses paroles prononcées. Ils s'offrirent une nouvelle fois l'un à l'autre, avec une passion farouche et dévorante, violente, brutale.



"Landryt !"

Sighild se jeta dans ses bras avec une joie enfantine, touchante. Elle riait, ravie qu'il soit venue la trouver à la ferme en cette belle journée. Lui essayait de garder contenance, mais rien que de l'avoir dans les bras lui remuait les tripes, tel un crochet fouillant ses entrailles. Elle le mena dans le verger en le tenant par la main, souriante, si pleine de vie, si vulnérable. Déjà il sentait les larmes lui brûler les yeux, les retenant en crispant la mâchoire. Il se dégoutait, il se haïssait. Il avait envie qu'elle le frappe, qu'elle le tue, et que cela dure à jamais, souffrance incessante, car il ne méritait rien d'autre. Il la brisa en cette paisible journée, aussi surement qu'il aurait brisé un malandrin avec ses mains qui savaient si bien faire souffrir. Il ne lui donna aucune excuse, à grand peine, sachant pertinemment qu'il retournerait vers Celairil, malgré tout ce qu'il pourrait promettre. Il fallait qu'elle le déteste pour son propre bien, et c'était tout ce qu'il pouvait lui offrir. Se détournant, il laissa les larmes jaillir, silencieuses, coulant sur son visage déformé par une douleur telle qu'il n'en avait jamais connue. Il avait acquiescé à sa demande de ne plus jamais lui adresser la parole, avant qu'elle ne s'en aille, le visage défait, d'abord marchant fièrement avant de s'enfuir en courant.

Serrant les poings, il ravala la boule qui se formait dans sa gorge et qui ne demandait qu'à sortir à grands cris. Sombre, il enfourcha son étalon qu'il lança sans douceur au galop, direction Lamenuir, la Halle marchande, sa fin.



Landryt errait comme une bête en cage. Dans un hurlement rageur, il avait brisé en deux la grande table du salon et fait voler le fauteuil contre le mur, manquant de peu de décrocher un tableau. Il ne sentait plus de douleur sur sa joue, là où Calanthir avait frappé. Là où il l'avait invité à frapper. Il avait espéré que l'ancien capitaine se déchaînerait sur lui. Il aurait répondu, sans force, simplement pour provoquer, pour recevoir. Mais Calanthir s'était retenu.

Des coups discrets frappés à sa porte le tirèrent de sa rage. Ouvrant la porte, il accueillit Celairil, surpris. Il ne pensait pas la revoir, plus après ce qu'il avait dit à son père, mais elle était là.


"J'ai l'impression que je vais te perdre."

Tout d'abord, il ne lui dit rien, se délectant de sa présence. Mais il fallait la prévenir, lui dire ce qui l'attendait. Il cru d'abord qu'elle allait s'évanouir, puis tour à tour le frapper ou s'enfuir. Mais il l'a pris dans ses bras et plus rien n'eut d'importance.

"Je suis à toi. A toi, Landryt..."

La suite ne fut qu'un tourbillon de passion déchaînée.



Le temps qui passa ensuite fut trouble. Celairil était retournée chez elle, et le Rohir s'était mis à boire sans modération. Il avait laissé un mot aux quartiers du Roseau Blanc pour dire qu'il serait absent quelques temps, mais cette durée restait pour lui indéterminée. Adossé au puits installé devant sa demeure, il vidait sa dernière pinte alors que le soir tombait. Amèrement, il se redressa et parti vers Lamenuir à pieds. Son bel étalon était resté aux bons soins du Roseau, là aussi pour un temps indéterminé.

La porte de l'Epouvantail Ivre s'ouvrit sur des airs joyeux et pleins d'entrain. Aimeric, le portier, le salua d'un air un peu pincé, mais ce soir Landryt n'en avait cure. Il déposa son épée dans l'entrée, et attendit que Calanthir sorte pour faire son entrée en salle. La tension entre les deux hommes avait été palpable, assez pour faire reculer Aimeric qui ne souhaitait pas se trouver pris entre eux.

Pour la première fois depuis bien longtemps, il ne prit pas la peine de détailler les personnes présentes du regard. Il ne cherchait qu'une serveuse, et lorsqu'il la trouva, il s'avança, le regard légèrement brumeux. Il souhaitait simplement se réapprovisionner et rentrer chez lui, ce qui lui éviterait d'aller jusqu'au Poney Fringant. Malheureusement, Aleane lui appris qu'il fallait attendre Fergus Chênedoré, car on ne servait qu'à l'unité ici. Soit, il patienterait, la soirée était déjà bien avancée. Offrant une pinte à Belisaire et Dwurin, qui étaient tous deux déjà bien éméchés, il en avala une rapidement avant de tomber sur Gwenyd.
Repoussant sans amabilité les doutes de la jeune fille, il lui commanda une nouvelle pinte avant d'apercevoir Celairil assise sur un banc, en pleine discussion avec un homme encapuchonné. S'appuyant contre un pilier, il les fixa un long moment avant d'être interrompu par l'arrivée d'Elorad et de Leandor. Mais il était de bien mauvaise compagnie, et ils ne restèrent pas. Et quand Fergus lui apprit que pour acheter en gros, il fallait s'adresser à la Halle marchande ou à la Maison Blanchétoile, il trouva la plaisanterie bien amère.




"Je veux que tu partes, et je ne veux plus jamais te revoir."

Le Rohir pensait bien tout perdre, mais maintenant que Celairil se tenait là devant lui, presque à le toucher, il ne croyait pas à ses mots qui sonnaient faux, creux. Il la prit contre elle, tout d'abord avec douceur, puis plus brutalement quand elle essaya de se dégager. Non, il n'avait pu se tromper à ce point. Les paroles étaient bien trop différentes, trop hésitantes. Il n'y croirait pas, jamais. Pourtant, il la laissa partir, les poings serrés, la rage bouillonnant dans son ventre, le tonnerre grondant dans son coeur. Loin d'avoir ôté le poignard pour le délivrer, elle l'avait enfoncé un peu plus dans ses chairs.

A son tour il se détourna et pris la route de Bree. Silhouette effrayante à la mine sombre et patibulaire. Les passants s'écartaient sur son passage, pressant le pas pour s'éloigner de lui. Prosper ne faillit pas le reconnaître quand il entra dans son auberge pour réclamer d'un ton sec ses commandes habituelles. La nuit qui s'ensuivit à Bainbourg fut longue et vague, brouillée par les vapeurs d'alcool. Et toujours cette lucidité blessante qui le tiraillait, qui ne voulait pas le laisser en paix. Toujours ce sentiment de dégout et de haine contre lui même. La maison devint étouffante, oppressante. Fuyant, il défonça la porte dans un fracas de tous les diables, ne parvenant pas à l'ouvrir. Dévalant les escaliers en trébuchant, avalant l'air nocturne à grandes goulées, il s'écrasa de tout son long aux pieds du grand érable, perdant connaissance.




"Je suis à toi. A toi, Landryt..."

Ces seuls mots cognent contre la paroi de son crâne douloureux. Se redressant, la nausée lui met le coeur au bord des lèvres alors qu'il se retient d'une main hésitante à l'arbre qui l'a accueillit pour la nuit. Il se tourne lentement, à gestes précautionneux, pour constater que la porte de chez lui est presque brisée en deux, pendant sur ses chambranles. Plié en deux, il vomit par terre, mais son coeur reste asséché.

L'homme qui ne se réclame plus du Rohan se redresse de toute sa taille, imposante, intimidante. S'essuyant la bouche du revers de la manche, il rentre chez lui le temps d'enfiler une tenue plus pratique. Ce soir, il arpentera les bas quartiers de Bree, sombres et pleins de promesses. Mais en attendant, rien de tel qu'une petite pinte pour se remettre d'aplomb.


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Landryt Mandragoran
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Message Posté le: 4/05/2009 à 15:22    
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Jours et nuits se succèdent dans une brume déplaisante. Les heures filent, tantôt rapides comme l'éclair, tantôt lentes comme l'agonie d'un supplicié. Le temps n'a plus guère de signification pour cet homme encapuchonné qui erre dans les rues sales et étroites de Bree.
Dans la fraîcheur de la nuit tombante, il sent à peine la douleur du poing qui s'est abattu sur son visage la veille.


Déjà vu.

Ce soir là, il avait franchit le seuil d'une chambre miteuse à la lumière tamisée. La jeune femme n'avait pas perdu de temps, ôtant sa robe dépenaillée avec une œillade au colosse, l'invitant à la rejoindre sur la couche branlante. Le Rohir s'était exécuté, plus par automatisme que par véritable envie. Il fixait la prostituée sans vraiment la voir, superposant un autre visage sur le sien.
Elle avait rabattu la capuche de sa cape en arrière en venant se coller à lui, à gestes languissants, pathétiques. Lui prenant une main pour la déposer sur son sein, elle avait collé sa bouche contre celle de son client, forçant les lèvres du guerrier de sa langue.
Le dégoût s'était alors emparé de Landryt. Sa main avait enserré la gorge de la femme, délaissant son sein alors qu'il se relevait dans un même élan, la soulevant avec lui. Elle se débattit violemment, les yeux écarquillés par la terreur et l'incompréhension. Avait-il déjà vu cette expression sur une autre femme ou bien son imagination lui jouait-elle des tours ? Projetant la prostituée contre le mur il se détourna en rabattant sa capuche, et sortit sous un flot d'injures et de cris.
Des pas rapides n'avaient pas tardé à le rattraper dans la pénombre, et le gourdin s'était abattu avec un craquement sur son épaule droite, avant de s'armer de nouveau au bout du bras du malandrin. Dans un grognement, Landryt s'était retourné, attrapant le poignet au vol avant que le bâton ne vienne à la rencontre de son visage. Loin de s'arrêter là, son agresseur presque aussi grand que lui, mais nettement moins corpulent, l'avait frappé de son poing en pleine mâchoire. La suite était brouillée dans son esprit embrumé. Il savait simplement qu'il n'avait pas encaissé d'autres coups, et qu'il avait laissé le type à terre, le visage ensanglanté, se protégeant les côtes de probables coups de pieds.


Un cri court dans la nuit.

Tout cela n'avait au fond guère d'importance, et il aurait bien vite chassé cet épisode de sa mémoire, si au détour d'une ruelle il ne s'était retrouvé nez à nez avec deux hommes patibulaires, armés chacun d'une dague de mauvaise facture. Passant outre les présentations d'usages et les éventuels préliminaires, le Rohir attrape le bras du premier pour bloquer le second, et lui martèle le visage de coups retentissants dans le silence nocturne. De douleur, l'homme a déjà lâché sa dague inutile, et il ne tient plus sur ses jambes que parce qu'il est soutenu, derrière par son acolyte qui essaie de passer, devant par l'étau autour de son bras du fou furieux qui, il en est à présent certain, va finir par le tuer.
Mais Landryt finit par le lâcher, car son compère est parvenu à se dégager, et il se jette sur lui, dague en avant. Saisissant à pleine main la lame, il se rue sur son agresseur qu'il écrase contre le mur attenant. Une fois. Deux fois. Et encore, et encore... Le corps se ramollit entre ses mains alors que les chocs sourds n'en finissent pas.
Et la douleur explose dans son flanc gauche, entre ses côtes. Hoquetant, le souffle coupé, il laisse le corps de l'homme s'affaisser alors qu'il tressaute contre le mur, la lame fouillant ses chairs, se tordant entre ses os. Il n'entend pas le hurlement qui s'échappe de sa bouche, sa tête bourdonne, sa vision se voile, mais les réflexes agissent. Entre ses mains, le bras qui tient la lame se brise dans un craquement horrible. L'homme s'enfuit en gémissant et en se tenant le bras, et Landryt s'affale dans la ruelle humide et malodorante.
Il essaie de se redresser, et retombe aussitôt en gémissant de douleur, trois fois. Alors il se saisit de la dague et la tire lentement. Au moment où il pense être délivré du calvaire, elle se bloque. Nouveau sursaut de douleur, et il tire un grand coup, libérant la dague à la lame tordue qu'il laisse tomber par terre. Sa main se porte à la plaie sanguinolente, et il essaie encore de se redresser, mais les soubresauts de son corps jouent contre lui, chacun extirpant un grognement rauque et emplit de douleur de ses lèvres.
Il parvient finalement à se mettre à genoux, le front contre les pavés qui lui semblent glacés, et cesse de respirer. Là, la douleur est un peu plus supportable. Il reprend son souffle par petites goulées, un pic de douleur le transperçant à chaque fois que sa cage thoracique se soulève un peu. Enfin, il se relève et s'éloigne en titubant, alors que le sang imbibe tranquillement sa tunique noire. Le Rohir rabat sa cape contre lui avec une grimace de douleur, et avance à grand peine.
Il est parfaitement lucide lorsque la porte de Sancilion Puyduchar s'ouvre sur les ténèbres et que le guérisseur l'accueille en grommelant. Mais il se sent aussi très faible, et glacé.
Qu'est-ce qu'on lui veut à une heure pareille ? Landryt ouvre sa cape, et on le presse d'entrer.


Les préparatifs.

Sancilion invective le Rohir lorsqu'il ressort de chez lui, en milieu d'après midi. C'est toutefois avec un pli soucieux lui barrant le front qu'il le regarde s'éloigner en traînant un peu la patte. Soins et repos ont été préconisés. Il faudrait surement cautériser la plaie. Dans tous les cas, il devrait bouger le moins possible, sous peine de la voir s'infecter. Autant de bonnes résolutions qu'il ne peut pas tenir. S'arrêter, dormir, être lucide, c'est tout ce qu'il souhaite éviter. Alors il avance, visage blafard et paupières plissées face au soleil de printemps de l'Eriador, un sac de bandages et d'onguents à la main.
Sur la place du marché, le vendeur ne pose pas beaucoup de questions lorsqu'il lui commande tout un éventail d'ustensiles propices au bivouac : une tente pour deux, quatre couvertures, de quoi allumer des feux de camp, quelques casseroles et autres couverts, de la corde... Il passera prendre le tout dans deux jours et paye comptant la moitié tout de suite.

Le chemin jusqu'à l'auberge est épuisant, et Landryt est en sueur. Il salue brièvement Prosper qui l'informe que toutes les chambres sont prises : la fête du Printemps ameute les foules mon bon Monsieur. Mais il y a toujours de la bonne bière !

Le blessé parvient à regagner sa demeure, pâle comme un mort, boitant comme s'il avait une jambe de bois. Il repousse le morceau de porte qui lui barre la route, marchant sur un parchemin laissé au sol sans le voir. Longeant le mur auquel il se retient d'une main hésitante, il s'écroule finalement sur son lit et sombre dans l'inconscience, le petit sac en toile finissant par glisser de ses doigts engourdis. Nous sommes jeudi soir, et demain sera un autre jour.


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Landryt Mandragoran
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Message Posté le: 7/05/2009 à 19:02    
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Deux jours se sont écoulés, bercés de douleurs et de fièvre. Elle avait fini par baisser ce soir là, et la migraine qui lui martelait jusqu'alors les tempes avait presque disparu. Retrouvant un esprit presque lucide, Landryt lave sa blessure qui le brûle, le démange, le tiraille.
La maison est froide et sombre, peu accueillante. Le Rohir hésite un moment à allumer l'âtre, mais il abandonne l'idée, un sourire sans joie barrant ses lèvres. Il prend alors le temps d'empaqueter quelques affaires et s'apprête à sortir de chez lui lorsqu'il aperçoit la missive. Le parchemin est d'une qualité indéniable, l'écriture fine et élégante.
Allumant une bougie, le guerrier parcourt son contenu, la surprise se mêlant à un soulagement douloureux.

La route est longue et pénible jusqu'à "La Grange". Il se détourne des lumières chaleureuses qui filtrent au travers des fenêtres, quelques rires fusant de l'intérieur. Les écuries sont désertes, et il harnache son étalon à gestes lents. Un dernier regard en arrière, et il lance sa monture au pas, essayant de trouver une position aussi confortable que possible, sans succès. Chaque pas le rapproche d'avantage de Bree. Chaque pas fait frotter le bandage contre la plaie à vif. Mais cette fois il a l'esprit occupé par le plan qu'il compte mener à bien. Les trajets à emprunter, le nombre de haltes, les leurres à mettre en place. Les yeux dans le vague, il essaie de visualiser chaque détail, sans se donner d'autre but que d'arriver au bout du voyage. Penser aux suites possibles lui glace les sangs, terrifie cet homme qui n'a jamais reculé devant aucun combat.


Le Mercenaire.

Le brouhaha du Poney Fringant tire Landryt de ses réflexions. Flattant l'encolure de son cheval, il le guide vers le muret pour l'y attacher après avoir mit pied à terre d'un mouvement ample et d'abord souple, avant que la douleur ne se rappelle à lui et brise son élan.
Poussant la porte de l'établissement, il se redresse pour saluer Prosper tout en se composant un visage dur, impassible. Sa bière servie, il se dirige vers la salle commune, plissant les yeux pour faire le tour des clients. La silhouette encapuchonnée sirote une pinte, assise à une table, tendant probablement une oreille attentive aux divers ragots.
Le Rohir s'avance, et s'installe en face de l'homme d'armes sans demander de permission. Quelques paroles sont échangées, brèves, ciblées, comme pour se jauger l'un l'autre. Les banalités laissent place aux affaires. En effet, un Roseau ne viendrait pas voir Landil autrement que pour lui proposer un contrat.
Un bref instant, Landryt se demande si le mercenaire le reconnaît pour ce qu'il est vraiment, ou simplement pour ce qu'il semble être. Puis il n'y pense plus, car au fond, c'est le cadet de ses soucis. Il lui donne les grandes lignes : un paquet à récupérer. La encore, les questions sont précises, sans détour. Mais le paquet risque de gigoter, il serait de bon ton d'aller parler de tout cela dans un lieu plus tranquille.

Les senteurs des jardins de Jasmine sont apaisants. Landryt se tient très droit, tâchant de dissimuler au mieux sa faiblesse. Il fait rouler ses épaules de manière décontractée, tel un ours se délassant. Là, après s'être assurés qu'aucune oreille indiscrète ne les épient, ils abordent le sujet. Le Rohir explique au mercenaire ce qu'il en est, lui donnant autant de détails que possible. Lorsqu'il aperçoit la lueur de curiosité et le sourire en coin de ce dernier, il lui donne quelques justifications, celles qui lui passent par la tête et qui, au fond, lui semble parfaitement justifiées. Étrangement, cela semble convenir à Landil qui abonde en son sens. Il lui explique le rôle qu'il devra jouer, les campements à mettre en place, les couvertures à défaire pour faire croire à un bref séjour, des traces à laisser bien visibles de leur passage. Quand il quitte le mercenaire, c'est délesté d'une grosse bourse de 500 pièces d'argent. Et il ne s'agit là que du tiers du paiement. L'aube se lève alors, diffusant ses couleurs mordorées sur le pays de Bree.

Lorsqu'enfin le marchand fait son apparition, c'est pour lui annoncer triomphalement que sa commande est prête. La toile de la tente est enroulée autour de ses piquets, et les couvertures tiendront dans les fontes. De nouveau, des pièces d'argent changent de mains avant que Landryt ne charge son cheval du fardeau. Il l'enfourche à son tour et le lance au pas vers un voyage qui va lui prendre toute la journée. La route n'est pas si longue, mais il économise ses forces, ménage sa blessure. Il cherche un long moment un endroit propice au campement dans la forêt de Brande avant de choisir deux arbres massifs, se touchant presque. Là, il enfouit comme il peut le paquet entre les racines et se recule, jugeant du résultat.
A nouveau, sa blessure le tire, le brûle, pointe vivace remplaçant sa raison, lui hurlant : "Ne fais pas ça !" Il la masse un moment avant de reprendre la route, et il se laisse aller à penser.


Je vais par là. Je sais bien qu'il n'y a rien au delà, mais c'est là bas que je vais.

L'angoisse lui noue l'estomac lorsqu'il met pied à terre devant "La Grange". Instinctivement, l'animal se dirige vers l'écurie, comme si tout était normal. Landryt pénètre dans l'imposante demeure baignée de lumière. Des voix lui parviennent de la grand salle, joyeuses, enfantines. Arrivé dans l'encadrement, il reconnaît Ptitepomme riante face à l'Elfe. Il s'approche, et les salue brièvement, gardant son visage encapuchonné dans l'ombre. La hobbit s'en va bien vite : elle a à faire ailleurs. Ou bien a t'elle sentit quelque chose ? Le colosse est mal à l'aise face au regard de l'Elfe, intimidé. Souvent il avait voulu aller plus avant vers cet être à la fois fascinant et terrible. Une espèce d'amitié était née entre eux, du moins le pensait-il. Et aujourd'hui il avait besoin d'aide.

'Je vais partir quelques jours de Bree et sa région, accompagné d'une jeune femme. L'affaire est... compliquée, et j'aimerais autant que cela reste sous silence.'
'L'amour peut ainsi l'être.'

Le regard que porte l'Elfe sur lui est plein de compassion. Ses paroles touchent droit au but, mais le Rohir reste impassible. Il lui fait part de son projet, en omettant évidemment de dire qu'il s'agit d'un enlèvement. Un simple voyage avec pour destination finale l'Ered Luin.

'J'ai là bas une humble demeure. Elle me sert parfois lors de voyages dans les environs.'
'A vrai dire, j'ignore beaucoup des coutumes de votre peuple... mais voilà, j'avais dans l'idée de vous demander si cela ne vous dérangerait pas de nous offrir l'hospitalité ces quelques jours.'
'A vous et à votre belle fugitive'

Le sourire du Sinda est dénué de malice, simple et franc, touchant. Ses paroles tranchantes comme l'acier.

'C'est cela même.'
'Rien de grave j'espère avec les parents de la belle.'

Le Rohir se racle la gorge avec gêne alors qu'un nouveau sourire illumine le visage de son interlocuteur.

'L'affaire est compliquée, comme je vous disais.'
'Je vois, de toute façon je n'ai pas à juger. De plus, je ne sais quels sont vos problèmes. Quant à nos coutumes, elles ne concernent pas le refus que je pourrais vous faire. Donc je réponds favorablement à votre demande.'

Le soulagement passe sur le visage las de l'homme comme une vague salvatrice.

'Et je vous en remercie, vous m'ôtez un grand poids.'
'Quant au reste, puissiez vous ne pas tomber dans des ennuis inutiles.'

La demeure lui est indiquée, ainsi que quelques recommandations, et des indications telles que où acheter des provisions, à qui s'adresser une fois sur place.

'Hé bien, je ne sais comment vous remercier Faerhorn.'
'En guérissant votre coeur. L'ombre grandit et il nous faut tous les hommes de qualité, tel que vous.'

A nouveau, les paroles frappent droit au coeur, sans détour, comme si l'Elfe pouvait lire au plus profond de son âme. Sait-il seulement que l'ombre peut également grandir en soi ? Mais il est trop tard. Trop tard, n'est-ce pas ? Il faut partir, maintenant, se détourner de cet être qui semble si bien le percer à jour.

'Je vais y tâcher. Cela m'a fait étrangement du bien de vous revoir. Mais je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps, j'ai des préparatifs à mener..'
'J'espère que nous nous reverrons vite alors.'
'Peut être bien.'

De nouvelles paroles sont prononcées, le faisant habilement vaciller sur ses propres résolutions. Mais Landryt bat en retraite, remerciant à nouveau Faerhorn. Il sort, courant presque aux écuries au mépris de la douleur qui lui vrille le côté et saute en selle pour quitter "La Grange", Cornemur, et les miettes de son être. Demain soir il doit retrouver Landil et ses acolytes. Il a une nuit et une journée pour s'occuper des derniers préparatifs et de cette douleur, la museler fermement au moins quelques heures, le temps d'une chevauchée sur une route inconnue.


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Landryt Mandragoran
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Message Posté le: 13/05/2009 à 21:50    
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L'Ordre de la Rose Noire.

Landryt s'avance sur la bute, suivi de près par le puissant étalon qu'il tient à peine par la bride. des fontes sont attachées à la selle, reposant sur les flancs de l'animal, mais elles sont vides hormis quelques morceaux de corde et une cape noire. Le Rohir est quant à lui harnaché comme une bête de guerre, engoncé dans une pièce de cuir qui lui soutient le flanc et maintient fermement ses côtes en place. La douleur a disparu pour laisser place à un froid cuisant. De temps en temps, il porte sa main vers la blessure, simplement pour s'assurer que sa tunique n'est pas imbibée de sang. L'épée qui pend à son côté n'est là que pour donner le change.

Les trois mercenaires le saluent. Visiblement ils ont prévu de quoi faire diversion, car l'une des deux filles est habillée comme une paysanne. Un paquet change de mains, le temps pour Landil d'enfiler l'uniforme du Roseau Blanc. Le chef de la bande s'esclaffe en se présentant aux trois autres.


'Un vrai roseau !'
'J'allais le dire.'
'C'est la petite Eleane qui en serait malade.'

La paysanne éclate de rire.

'Il est vrai que Landryt est toujours l'un d'entre eux .. même en vacances !'

Le Rohir détourne rapidement le sujet de la conversation qui ne lui plaît guère. Il donne des détails sur Celairil, ses habitudes. Landil déclare qu'il a fait un tour de reconnaissance dans le quartier, et qu'il l'a vue en compagnie d'un homme. La description que lui donne Landryt correspond : Aedred. Il faudra se charger de lui s'il est là ce soir.
Enfin, Landil part en avant, le visage caché par la capuche de la cape que lui a donnée le Rohir. Plusieurs minutes s'écoulent avant que Landryt ne pénètre à son tour dans Lamenuir, à cheval, suivi de près par Midhwen attifée d'une jolie robe sur son cheval. L'aube n'est pas encore levée, la place centrale où ils retrouvent Landil déserte. Le mercenaire a repéré leur proie et ils se séparent.

Landryt laisse son étalon face à un gros arbuste. Un instant il hésite, mais déjà la jeune fille installée sur le rocher plat devant la cascade se retourne au bruit des sabots. Il s'avance alors, refoulant tout sentiment derrière le rempart de sa détermination. Celairil se montre à la fois surprise et hésitante. Est-elle désappointée de le trouver, là, devant elle ? Il se le demande, mais les mots n'expriment pas sa pensée.
Il se contente de donner le change, comme prévu, paroles banales et pourtant si décalées vis à vis de la situation.


'Bonsoir, Celairil.'
'Le bon soir, Landryt...'
'Je ne te dérange pas j'espère.'
'Eh bien... comme tu vois... non.'

Le guerrier s'avance sur le rocher, dépassant la belle pour se planter devant la cascade, comme s'il voulait l'admirer. Le panorama doit être magnifique, le ciel plein d'étoiles brillantes, mais il ne voit rien de tout cela. Il attend quelques secondes ainsi avant de se retourner et de se retrouver face à face avec la jeune fille.

'On ne sait jamais. Tu attendais peut être de la visite.'
'Aucune.'

Durant ce bref échange, il n'a cessé de la fixer, percevant à peine du coin de l'oeil l'approche discrète de Landil. Prestement, ce dernier attrape les mains de Celairil pour les ramener brutalement en arrière.

'Hey ! Mais !'
'Tant mieux.'

Ces dernières paroles lui laissent un goût amer dans la bouche alors qu'il sort un pan de tissu de sa manche en s'approchant d'elle. Pendant ce temps Landil plaque une main sur les lèvres de Celairil qui commence à se débattre, provoquant un bref rire à Midhwen. Elle essaie de donner des coups de pieds au Rohir alors que de la bouche des mercenaires, les menaces fusent. Le bâillon prend finalement la place de la main qui empêche Celairil d'appeler à l'aide. Landil lui attache les mains sans la ménager tandis que Landryt lui maintient fermement les épaules. La cape sortie des fontes met une touche finale, presque triste, au tableau. L'opération semble prendre une éternité au Rohir qui enfourche son étalon. Les deux mercenaires hissent la belle en croupe et passent ses bras au dessus de la tête de son ravisseur afin d'éviter qu'elle ne saute en route.

'Allons du calme Celairil, il ne te sera fait aucun mal.'

Loin d'apaiser la jeune-fille, les paroles du Rohir se perdent dans la nuit. Landil grimpe sur le cheval amené par Midhwen, et celle-ci monte en croupe derrière lui, rabattant sa capuche sur son visage pour parfaire l'illusion.

'Je vous laisse partir devant, vous savez ce que vous avez à faire.'

Étrangement, un poids quitte les épaules du Rohir. Il n'est plus question de revenir en arrière à présent, quel que soit le prix de cette escapade. Quelle qu'en soit sa finalité. Il regarde le couple se diriger rapidement vers les portes du quartier et lance sa propre monture au pas sur leurs traces. Un cri se perd, l'appel au secours d'une voix féminine est lancé alors que les gardes en faction se précipitent à la poursuite du leurre. Landryt passe derrière eux et bifurque, remontant la bute avant de lancer au petit galop son étalon qui trépigne nerveusement depuis le début de l'enlèvement, vers l'ouest et à travers le bois de Chet.


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Message Posté le: 14/05/2009 à 15:03    
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Brouiller les pistes.

Ils chevauchent au pas, dans l'aube naissante, abrités par les feuillages du bois de Chet. Derrière, de temps à autres, Celairil imprime une secousse de ses bras, signe de protestation et de mécontentement. Machinalement, le Rohir porte sa main aux siennes pour vérifier que les liens ne se défont pas. Mais ce ne devait pas être le premier enlèvement du mercenaire, car ils tiennent bon, solidement fixés.

Ils sortent finalement des sous bois pour contourner Bree et le Chemin Vert. La voûte étoilée disparaît, ne laissant qu'une pâle réminiscence qui s'effrite lentement. Alors Landryt lance l'étalon au galop, laissant libre court à la fougue et à l'excitation qui habite l'animal depuis le début de cette soirée. Le Rohir, lui, n'en profite pas. Silencieux, il essaie de formuler ses pensées en paroles cohérentes.

Arrivant au bord du lac, il ramène l'étalon au pas pour passer sur le petit pont. La jeune fille semble s'être calmée à présent.


'Tu sais, j'ai un peu réfléchit. J'ai eu du temps.'
'Hmmmm.'

Il esquisse un bref sourire. Il ne souhaite pas entendre de réponse. C'est un peu comme s'il se parlait à lui même.

'Je me suis rendu compte que nous avions inversé nos rôles. Depuis.. ce soir là, c'est toi la raison.'

Elle tressaute derrière lui. A t'elle peur de ce qu'il pourrait lui faire ?

'Au fond c'est sans importance. Je reconnais que la forme n'y est pas, mais...'

Il fait hâle sur les hauteurs de la bute dominant le Lac Simplétoile. Fixant un moment les ruines, il n'entend qu'à peine Celairil souffler dans son bâillon et se débattre.

'Hé bien la faute me sera portée, ce qui est aussi bien. Après tout, tu t'es fait enlever. J'aimerais que tu m'accompagnes durant quelques jours.'

Il finit par détacher la belle une fois qu'ils ont mis tous deux pied à terre. Déjà l'étalon s'éloigne, emportant la cape noire vers les écuries du Roseau. La gifle claque sur sa joue mais il n'en ressent pas de douleur. Les paroles qu'elle prononce sont incisives, cherchent à blesser, mais elles se heurtent à un rempart imprenable. Il a eu tout le temps de se renfermer sur lui même, Autant pour éviter les blessures que pour pouvoir aller de l'avant, jusqu'au bout.

Le couple descend sous une pluie à présent battante le long de la berge menant aux bois de Brande, en silence. Il s'arrête devant les eaux tumultueuses pour un bref échange de paroles. Lorsqu'il songeait à traverser ce bras de rivière, lors de l'élaboration de son plan, l'idée lui paraissait brillante. Il n'y aurait pas de traces, et quand bien même, à pieds, elles se perdraient bien vite dans les bois parcourus d'animaux. A présent, l'épreuve lui était pénible. La pluie avait déjà rendu son harnachement de cuir désagréable, à présent qu'ils étaient trempés des pieds à la tête, la douleur était presque insupportable.


'Le reste de la route sera moins pénible...'

Le sang bat à ses tempes alors qu'il prononce ces mots. Devant ses yeux vacillent des tâches noires, papillotantes. Ils marchent, gravissent la côte pour ensuite aller sur un chemin aplanit, puis descendant. Autour d'eux, les oiseaux chantent, la forêt s'éveille. Autour de lui, le cuir frotte sur le bandage et met à vif sa blessure. Après une marche interminable et silencieuse, ils rejoignent enfin le petit bosquet formé par les restes d'un belvédère en ruines. Là, un cheval blanc relève la tête, vision irréelle pour le regard brouillé du guerrier. Il s'avance finalement vers l'animal en tendant sa main. La jument enfouit son nez dans sa paume, lui procurant fugitivement une chaleur bienvenue. Alors il monte en selle et aide Celairil à monter en la hissant derrière lui. La douleur lui déchire le flanc durant la manœuvre et il doit détourner son visage pour cacher la grimace qui lui déforme les traits.

La route semble alors bien moins longue et ils ne tardent pas à arriver aux pieds du gros chêne. Là, enfouit parmi les racines, attend un gros ballot enveloppé dans la toile de la tente.


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Message Posté le: 18/05/2009 à 00:30    
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Première page.

Landryt monte la tente. Pas un mot n'a été échangé depuis qu'ils sont descendus de cheval. Celairil s'est éloignée de la protection des arbres et se perd dans la contemplation de la rivière qui borde la Comté, sans plus se soucier de la pluie qui lui tombe dessus malgré la protection de la cape. Son éloignement est alors bienvenu, car le Rohir peine de plus en plus à se pencher pour monter les piquets. Il en profite même pour faire une brève pause en jetant fontes et couvertures dedans. Enfin il ressort et va chercher la jeune femme.

Pendant qu'elle se change sous la tente, il va s'installer en face, aux pieds d'un gros arbre qui offre un abris accueillant contre les trombes d'eau qui se déversent sur eux. Tirant sa lame il la fait jouer machinalement entre ses mains. Un moment il repense à leurs premiers ébats, lorsque les éléments se déchaînaient, et aux paroles qu'il lui avait dites là dessus. Un bref sourire étire ses lèvres, puis elle ressort de la tente dans des vêtement presque secs. Elle vient ainsi le rejoindre, s'exposant par la même occasion à la furie des cieux.


'A quoi penses-tu... ?'

La question arrive à point nommé. Il dévisage la belle, se demandant si ses sentiments sont tellement visibles sur son visage qu'elle lui pose la question. Puis il se détourne.

'A rien qui ne vaille la peine d'être dit tout haut.'

Elle se montre alors agressive, joue la carte de la rébellion, mais il semble évident pour tous deux, finalement, que cela ne sert à rien. Ils entrent donc dans la tente ensemble, et en rabattent les pans derrière eux.

Parchemin :
J'ai froid. Elle dort à deux pas de moi, emmitouflée dans ses couvertures. Encore, des goûtes glissent lentement de ses cheveux. C'est une bien étrange torture que je m'inflige là, alors que j'écris sur le même carnet qu'elle m'a offert.
J'ai dit à Faerhorn qu'elle m'était nécessaire, cette épreuve, mais à présent que mon coeur me fait mal en cognant contre ma poitrine, que les frissons qui me parcourent ne sont pas la cause de la pluie, j'en viens à douter. Douter de moi, de mes motivations.

Pourquoi ? Pourquoi l'avoir enlevée dans de telles conditions et en sachant ce que je savais ? Pour la sauver, une fois de plus, d'une cage dorée ? N'est-ce pas là une excuse, une justification que je sais fausse par avance ? Pour lui prouver quelque chose ? Parce que je ne peux pas me passer d'elle ?

J'en viens à essayer d'analyser la cause de ce frisson qui ébranle tout mon corps alors même que je forme cette phrase sur le vélin. Je ne peux pas me passer d'elle.
Ou bien est-ce pour provoquer la colère de son père et de son fiancé ? C'est une façon comme une autre de tirer sa révérence. Un dernier pied de nez pour en finir. Et pourquoi pas, après tout ? Mais alors même que je suis prêts à écrire que personne ne me regrettera, à nouveau ce tiraillement qui m'étreint de ses doigts glacés. Et pourtant, à qui manquerai-je ? Je ne suis qu'une épée que rien n'anime.

Je peux me passer d'elle. On peut se passer de tout. La vérité, c'est que je n'en ai aucune envie. Elle a ouvert cette porte en moi et je refuse simplement de la refermer. Redevenir une coquille vide, c'est une façon de mourir.

C'est injuste ! Pourquoi eux auraient-ils le droit de se délecter de sa simple présence et moi pas ? Quelle ingratitude ! N'est-ce donc pas moi qui l'ai ramenée à son père ? Et on me rejète parce que je n'ai pas su résister à ses charmes. Bande d'hypocrites ! Ah, les bas instincts ! J'aimerais à présent que Calanthir me jette à nouveau ses insinuations sordides, et ce n'est pas la joue que je tendrais alors !
Qu'ils viennent donc la chercher, tous autant qu'ils sont, s'ils pensent pouvoir me la reprendre ! Je vous maudis ! Soyez maudits ! Vous me prenez tous pour un profiteur, une brute qui s'adonne à tous les plaisirs alors que

L'aube est levée depuis un moment. Combien de temps s'est écoulé depuis que j'ai lancé au loin ce carnet ? Des heures probablement, à la regarder dormir. Il est à présent temps d'aller voir à quoi ressemble la journée qui s'annonce.


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Message Posté le: 18/05/2009 à 14:03    
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Inconscience.

Au dehors, la nature s'éveille. La rosée matinale parsème l'herbe qu'il aplatit sous ses pas titubants. Les oiseaux piaillent de trilles guillerettes, saluant joyeusement la soleil qui réchauffe les bois humides.

Lorsque le Rohir se libère de sa prison de cuir, il en a le souffle coupé. La douleur lui matraque les tempes et il tombe à genoux, se retenant d'une main tremblante au rocher qui borde la rive. Son regard se voile, l'aube devient nuit noire. Un instant la peur l'étreint et il panique. Son coeur cogne à tout rompre, chaque respiration est une souffrance. Depuis combien de temps n'a t'il pas dormi ? Ou mangé ? Finalement, le monde reprend peu à peu ses pâles couleurs.

Landryt se passe de l'eau sur le visage, puis la nuque. Il cherche du regard le pan de cuir, mais ne le trouve pas. Il a du le lâcher durant son malaise, et il s'est perdu dans les eaux de la rivière. Le bandage qui lui entoure les côtes, solidement fixé à son épaule, est poisseux de sang et de pus, et le démange.
Cette escapade n'est pas raisonnable. Alors même que cette pensée se forme dans son esprit, un sourire amer et ironique se dessine sur ses lèvres.

Celairil s'extirpe à son tour de la tente. Il sera temps de s'occuper de cette blessure plus tard. Toujours plus tard. Le Rohir se redresse difficilement et enfile sa tunique encore moite des pluies de la veille. Une nouvelle fois il se passe de l'eau fraîche, presque glacée, sur le visage en se le frottant pour lui redonner un peu de couleurs. Puis il raffermit sa résolution, se redresse et s'avance.


Holbytlan.

La soleil est radieuse lorsqu'ils passent le pont du Brandevin à visages découverts. Le guerrier expose ce qu'il connaît du pays à sa compagne. Les paroles sont rares, la gêne est palpable, tant par les sous-entendus évoqués que par la situation en elle même. Pourtant, Landryt avance le coeur un peu plus léger. Ce pays est simple et apaisant. Les quelques hobbits qu'ils croisent lui arrachent parfois un sourire. Il avait d'abord prévu de passer le Brandevin à la nage, mais sa blessure et le courant de la rivière avaient fini de le dissuader.

Le couple arrive en milieu d'après midi au Gué-du-Pont. Là, Landryt confie un paquet et une missive à la poste rapide : le paiement de Landil. Qu'il connaisse à présent la provenance de la missive ne lui importe plus. En passant ils saluent quelques hobbits, certains leur rendent le salut, d'autres les ignorent. Tous ne voient pas les étrangers d'un très bon oeil.

Le petit campement qui borde le lac des Champs-du-Pont les attend bien sagement, désert. Les lieux sont restés tels qu'il s'en souvient. Avec un pincement au coeur et une douleur lancinante au côté, il suit Celairil qui a mis pied à terre. Il lui propose alors du thé et elle va s'occuper de couper quelques branches pour le feu. Pendant ce temps, le Rohir va "faire sa toilette", emportant le petit paquet de bandages et d'onguent.


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Landryt Mandragoran
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Message Posté le: 24/05/2009 à 19:09    
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'J'aurai le temps, tout mon temps. Plus tard.'

Landryt presse ses doigts autour de la plaie mise à nue pour en chasser l'infection. Pantelant, il se retient de l'autre main sur le rocher qui le cache à la vue du campement de fortune. Au dessus, la soleil brille d'un éclat merveilleux et le ciel est dégagé. En dessous, l'eau fraîche et claire qui lui arrive aux chevilles est agréable.
Plus tard, toujours plus tard. Il pourra se soucier de sa blessure, de dormir, de manger. Pour l'heure il n'est question que de faire en sorte de pouvoir continuer et profiter. Le Rohir s'adosse à la roche agréablement chaude un moment. Sang et pus coulent le long de son flanc qu'il a réouvert à l'aide de sa dague. La sueur perle sur son visage crispé, et peu à peu la douleur s'échappe, lentement mais surement. Il s'asperge d'eau qui lui semble glacée dans ce bel après midi de printemps. Après s'être badigeonné d'onguent, il se force à refaire un bandage avec des linges propres.


'Tu trouves ton bonheur ?'

Celairil a un bref mouvement de recul en entendant sa voix. Il doit vraiment avoir une mine affreuse. Elle délaisse la branche devant laquelle elle s'était arrêté pour lui répondre.

'Oui...'
'Navré d'avoir troublé tes pensées.'

Ils regagnent ensemble le petit feu de camp. Une petite casserole d'eau claire est rapidement mise sur le feu, un sachet de thé déposé devant les pierres.

'Pas trop fatiguée ?'
'Non... Le grand air m'apaise, malgré les circonstances...'
'Tant mieux.'
'Mais toi... ? N'es-tu pas las ?'
'Si, mais j'aurai le temps de me reposer plus tard.'
'Être l'instigateur d'un enlèvement ne doit pas être de tout repos...'

Le guerrier esquisse un bref sourire. En y repensant, l'enlèvement fut peut être la partie la plus simple et la plus stimulante. A présent les dangers sont minimes, et il ne s'agit principalement plus que d'attendre. Une attente éreintante sans but précis, ponctuée d'échanges de banalités sans le moindre intérêt, simplement là pour meubler un silence qui serait alors trop pesant.
Le clair ciel sans nuage finit par laisser place à la voute étoilée. Landryt jette le reste d'eau sur les braises rougeoyantes en se relevant lentement.


'Si tu n'en reprends pas, je vais aller rincer la casserole et les gobelets dans l'eau de l'étang.'
'Hmm, entendu.'

La jeune fille s'empare de la vaisselle, un sourire mélancolique sur les lèvres. Quelques pas, et elle se penche sur la marre pour nettoyer gobelets et casserole. Le Rohir se détourne, un pincement au coeur. La pause, courte mais nécessaire, prend fin alors qu'il rattache les fontes à la selle de la jument.

'Bien, la nuit nous sera profitable.'

Il se hisse en selle, et à nouveau la douleur se rappelle à lui, lui arrachant un bref gémissement durant l'exercice qui vire au tour de force. Il tend tout de même sa main à Celairil, mais celle-ci contourne la jument pour grimper de l'autre côté, un sourire innocent sur les lèvres. Un sourire qui le blesse même si elle prend sa main pour qu'il la hisse du côté droit.

'Comme quoi, d'un pays à l'autre, les coutumes pour monter à cheval changent.'

La jument prend un pas tranquille sous le rire léger de Celairil qui passe ses mains autour de sa taille. A nouveau, Landryt lui présente la région. Ils passent devant Scary et ses mines. La route est tranquille, la nuit calme, comme toujours en Comté. La forêt de Bindbole se profile lentement au loin et ils finissent pas y pénétrer. Au bout d'un moment, ils arrivent devant une cascade débouchant sur un petit bassin. Il lui indique qu'elle pourra se baigner là au matin.

'Ce n'est certes pas un bain chaud mais...'
'Tu ne peux tout m'offrir... une escapade sous les étoiles et un baquet d'eau chaude et parfumée...'

D'une pression des jambes, Landryt fait repartir la jument qui grimpe jusqu'au sommet d'une colline surplombant la forêt. Là, les ruines majestueuses sont un spectacle en soi, et la vue offerte à cette hauteur vertigineuse coupe le souffle de la belle. Le Rohir dépose les fontes sur l'énorme socle de pierre avant de redescendre en grimaçant les marches des ruines pour desceller la jument et l'étriller rapidement avant de la laisser aller.

'Va ma belle, la route sera pénible demain...'
'J'allais te demander de l'étriller mais... je vois que tu m'as devancée.'

La voix de la Gondorienne s'élève derrière lui. Il n'a pas entendu son pas léger redescendre les marches.

'Demain matin si tu y tiens.'
'Je veux bien. Oui.'

Ils remontent pour la seconde fois, ensemble, l'escalier droit. Landryt dissimule comme il peut la douleur qui le tenaille, ce qui n'est guère concluant. Il tend un chiffon contenant quelques victuailles à la jeune fille qui, de nouveau, admire les ruines. Presque joyeuse, elle s'en saisit et mord à belles dents dans le pain fourré.

'Te faut-il autre chose ?'
'Hm... non. Peut-être une gourde d'eau pour faire descendre le pain...'
'Je vais la remplir, elle ne doit plus être très fraîche.'
'Attends !'
'Quoi ?'
'J'y vais... Reste ici... et... tu ne manges pas ?'

Une boule amer tombe sur l'estomac du Rohir. De la pitié.

'Accompagnes moi plutôt. Je n'ai pas faim, je mangerai plus tard.'

Plus tard. La gourde est pleine et ils remontent l'à pic. Celairil fait une pause dans l'ascension, laissant un répit bienvenue au guerrier. Ils finissent par repartir, et à nouveau les escaliers, imposant, se présentent à eux. Le sommet atteint, la soleil commence à darder ses rayons à l'horizon. Il boit quelques gorgées d'eau fraîche à la gourde que lui offre la belle, puis tire son carnet des fontes. Elle gambade sur l'imposant disque de pierres et finit par se hisser avec ses couvertures sur une pierre surélevée pour s'y coucher sans un mot.

Landryt s'adosse à un pilier et se laisse glisser au sol. Tirant une couverture sur lui, il ouvre son carnet sur une nouvelle page blanche. Sa vision se brouille un instant.


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Message Posté le: 26/05/2009 à 20:38    
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Seconde page.

Il respire lentement en fixant la couverture délicate du carnet entre ses mains. La douleur de son flanc se calme peu à peu alors qu'il est là, immobile dans les rayons de la soleil qui le chauffent, assis contre l'imposant pilier qui ne tombera peut être jamais. Finalement, il ramène ses jambes vers lui et pose l'ouvrage sur ses cuisses avant d'en tourner les pages.

Parchemin :
Monuments en ruines, pierres effondrées, édifices d'une civilisation presque oubliée. Oublier. Le temps file, semant ses graines, récoltant les souvenirs des hommes pour n'en laisser que des traces qui finissent par disparaître. L'homme oublie mais ne pardonne pas. Tout finit par se consumer avec le temps, cette force irrésistible qui balaye tout sur son passage.

Les Elfes disent que notre vie éphémère est un don grâce auquel nous vivons notre vie avec rage et passion, avec empressement et avidité. Un don. Ces êtres si sages savent-ils seulement de quoi ils parlent ? Comment juger ce qui est un don de ce qui ne l'est pas lorsque l'on n'y a pas goûté ? Ce n'est qu'en faisant l'expérience des choses que l'on peut pleinement les comprendre. Malgré toute la bonne volonté et l'érudition du monde, on ne peut totalement appréhender une chose en ignorant ce qu'elle procure.

L'ignorance. Voilà un véritable don. Les gens de ce pays ignorent les conflits qui ont lieu à l'extérieur, parce qu'ils ne les touchent pas. Leur vie est paisible et joyeuse, pleine de rires et de naïveté.

Non, ce n'est pas parce que notre vie est courte que nous l'agrippons à bras le corps, parfois avec férocité, mais bien parce que nous sommes confrontés aux tourments du Mal. Et paradoxalement, nous finissons par nous y plonger à corps et biens, parce qu'au fond nous n'avons tout simplement pas le choix de faire autrement si nous voulons vivre. Survivre. Oublier.

La connaissance est toute relative. Je ne sais finalement rien d'elle et pourtant, je la connais. Hier encore - était-ce hier ? - j'ignorais son penchant pour le miel. Au fond, quelle importance ? Je m'en porterais d'autant mieux si elle n'avait rien dit. Qu'elle aille donc se saouler avec sa délicieuse bière au miel jusqu'à en perdre la raison.

Raison. Qui a raison ou tord ? Nous nous opposons tous les uns aux autres en chocs sourds et violents pour finalement tomber. La chute est inévitable, là, à portée de main. Toujours nous sommes happés par ce gouffre insatiable d'où nul ne revient indemne. Y a t'il seulement un retour possible ? On ne peut revenir en arrière. Changer ce qui a été ne nous appartient pas.

L'avenir. Voilà ce qui nous appartient, ce que l'on peut façonner. On dit qu'on se laisse porter par les évènements, et pourtant il est si simple de les manipuler. Tantôt se contraignant, tantôt laissant faire. Nous pouvons sculpter notre propre destin avec une facilité déconcertante, pour peu que l'on s'en donne les moyens. C'est une fenêtre qui nous est continuellement ouverte et qu'il est si simple de dépasser.

Le temps n'a rien à voir. Ce n'est qu'une question de raison et de sentiments. Lorsqu'ils s'opposent, l'un finit par submerger l'autre et dicte sans rencontrer de résistance la façon dont il faut agir. Ceux qui refusent de donner l'avantage à l'un ou l'autre restent enchaînés à un statut quo, esclaves qui n'ont d'autres choix que de suivre le chemin que l'on trace pour eux, à leur place.

Jusqu'où alors peut on aller ? Ainsi l'on peut perdre prise et être entraîné par ses propres choix, sans pouvoir s'arrêter sous peine d'être balayé par ce torrent violent et incontrôlable. Peur, haine, amour, euphorie, peine, autant de fers chauffés à blanc qui peuvent nous brûler jusqu'à nous consumer.


Le visage pâle et fragile de la jeune fille se lève vers lui. Son regard clair et chargé de douleur plonge dans ceux du Rohir qui reste interdit.

'Me pardonneras-tu un jour ?'
'Je ne comprends pas. Que devrais-je pardonner ?'
'D'oser t'aimer...'

Le bruit mat du carnet heurtant la pierre tire Landryt de sa somnolence. Le souvenir se disperse dans une clarté qui l'aveugle un instant. Le monde tourne puis s'affermit et redevient finalement stable. Une pensée fuse : "combien de temps me suis-je assoupi ?".
Il lève les yeux pour voir la jeune fille qui s'agite et commence à s'extirper des couvertures. Il ramasse le carnet d'une main fatiguée alors qu'une autre pensée se forme dans son esprit : "depuis quand n'ai-je pas dormi ?"


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Message Posté le: 29/05/2009 à 16:28    
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Dernier voyage.

'Bien dormi ?'

Sa propre voix lui semble rauque, pataude lorsqu'il pose la question si naturelle.

'Oui... et toi ?'
'Hmm hmm.'

Celairil s'est extirpée de ses couvertures qu'elle se met à présent en devoir de rouler soigneusement. Plus le temps passe, et plus l'enlèvement forcé prend des allures de promenade consentie. Plus ils avancent, et moins il a de prise sur la situation.
La Gondorienne saute au bas de son promontoire et se dirige vers les fontes.


'Tu as une mine affreuse...'
'Un vrai cabri.'

Elle fourre les couvertures dans les sacs sans ménagement, son geste, comme agacé, rompant avec le calme qui l'habitait encore il y a quelques secondes.

'Veux tu aller à la cascade ?'
'Après. Lève-toi que je m'occupe de tes couvertures.'

Pitié. Comme par une invocation vicieuse, la douleur de son flanc se ravive, lentement, insidieusement.

'Je vais le faire, j'aurai tout le temps si tu vas là bas.'
'J'aurai tout le temps également si tu vas faire tes ablutions après moi...'
'Alors je te laisserai les couvertures sur le côté si tu y tiens.'

Landryt esquisse un sourire amusé, mais c'est l'amertume qui lui emplit le palais d'un goût désagréable.

'Hm. Je descends alors.'

La belle s'exécute, tournant les talons pour dévaler les escaliers sans un regard un arrière. Le Rohir patiente un moment, comptant dans sa tête les secondes qui s'égrènent. Puis, il essaie de se redresser, une première fois, et la sueur couvre son visage déformé par la douleur. Autour, le monde vacille, la peur lui étreint le coeur de son étau glacé et il commence à trembler.
Un moment passe, quelques secondes, quelques minutes. Il réessaie, s'appuie d'une main contre le pilier et, après un temps qui lui semble considérable, il se retrouve agrippé à la roche séculaire et inamovible, debout.
Encore, le temps passe. Il se détache du pilier pour poser ses couvertures en vrac à côté des fontes, et fouille les sacs. Il en sort un petit gâteau enroulé dans un linge. Tout son corps réclame à manger, mais il n'a pas faim. Pas vraiment. Il pose le petit paquet sur ses couvertures, bien en vue, et s'empare du petit sac contenant bandages et onguent.
Alors, il entame la descente, lentement, s'arrêtant à plusieurs endroits pour s'appuyer contre un arbre ou un rocher atterrit là on ne sait comment. Durant le trajet, il se demande si la jeune fille ne s'est pas échappée à présent. Après tout elle n'a aucune raison de rester, et toutes les raisons de profiter de cet instant pour rejoindre Scary et rallier la civilisation.
Pourtant, lorsqu'il atteint enfin la cascade, elle est là en train de se revêtir, si belle dans les jeux d'ombres et de lumière que projettent les feuillages des arbres. Landryt s'aperçoit alors de ce qu'il fait et hésite. Il veut se détourner et attendre, mais il ne le fait pas et continue de la fixer. Il suit du regard ses mains qui ajustent ses vêtements et lassent ses bottes, ses doigts qui dessinent des esquisses imaginaires dans ses cheveux pour les recoiffer, son visage qui se tourne vers lui alors qu'un sourcil se hausse.
Il cligne des yeux, hébété comme si la conscience de ce qu'il faisait lui écrasait la tête à coups de masse. Alors il s'avance vers elle.


'J'ai terminé... je remonte.'
'Je n'en ai pas pour trop longtemps.'
'Je vais m'occuper de ta monture. Et des affaires.'
'Si tu veux.'
'Nage bien...'

La gêne est palpable. Celairil baisse les yeux et s'éloigne vers les ruines. Il la suit du regard, comme prisonnier d'une brume abrutissante.

'Merci.'

Plus le temps passe et plus le nettoyage de sa blessure se fait éprouvant. Cette fois-ci, une fois terminé, il abandonne le petit paquet sur la berge, insouciant de son devenir, le premier pot d'onguent étant vide.
La remontée de la colline est longue et pénible. Il est obligé de s'arrêter trois fois, mais la raideur à son côté se dissipe un peu, comme si tout allait rentrer dans l'ordre. La jument attend, harnachée et prête au voyage. Le Rohir cherche Celairil du regard et la trouve finalement sur une petite butte, montée sur un rocher et regardant en contrebas. Il la rejoint comme si tout était normal.


'Tu admires la vue ?'
'Oui... Tout est prêt... Je... t'ai laissé le gâteau. Je n'ai pas faim et... tu n'as rien avalé depuis presque deux jours.'
'J'en ai pris un tout à l'heure.'

Le mensonge vient tout naturellement, sans qu'il ait besoin de réfléchir, réflexe ancré au plus profond de lui, mauvaise habitude qui le défini, il s'en aperçoit à présent, aussi surement que l'épée qui l'accompagnait jusqu'alors.

'Tu le mangeras quand même.'

Pragmatique, Landryt élude la question.

'Il va falloir que tu remettes la cape à capuche pour ce trajet.'
'Bien...'
'Nous allons traverser un marais.'

Elle se tourne vers lui alors qu'il continue à parler et s'avance, au bord du rocher, coupant le cours de ses pensées.

'Il y aura des mouches et... bref.'
'Oui...'

Bêtement, il tend les bras comme pour la recevoir.

'J'ai réussi à monter, Landryt. Je réussirai à descendre...'
'Je n'en doute pas.'

La belle tend malgré tout ses mains et il l'aide à descendre. Elle est toujours aussi légère quand il la dépose sur le sol. Finalement il la lâche et se détourne pour se diriger vers les ruines.
Pendant que le guerrier se hisse péniblement en selle, Celairil enfile sa cape dont elle rabat la capuche. Elle se saisit du gâteau qu'elle a laissé enroulé dans le chiffon et le tend au cavalier avant qu'il ne l'aide à grimper en croupe.
Le gâteau tourne entre les doigts du Rohir qui le regarde presque avec curiosité. La jument avance d'un pas tranquille, laissant derrière eux, de loin en loin, les ruines qui finissent par disparaître.
Landryt présente à sa compagne la région et leur destination alors qu'ils pénètrent dans les marais. Chassant les innombrables insectes volant qui les attaquent d'une main, il en profite pour se débarrasser du gâteau resté entre ses doigts et qu'il a oublié, guidant sa monture d'une main.
La route est pénible, tant par la chaleur et l'humidité régnante que par l'attention constante qu'il faut maintenir pour ne pas mener la bête dans un trou.

Enfin, au loin se dessine Chas-de-l'Aiguille. Ils rejoignent un vrai chemin de terre après être passé sur un petit pont. Le petit village dénote étrangement dans le paysage, avec son architecture mi naine, mi hobbite. Le menton de Celairil repose agréablement sur son épaule alors qu'elle contemple avec curiosité l'endroit, les bâtisses de hobbits minuscules entourées des fortifications des nains.

Le Rohir avance, ectoplasme parmi les vivants, et ils dépassent le village, puis les deux ponts des nains, chefs d'oeuvre d'architecture. Etrangement, tout sentiment de malaise le quitte peu à peu. La route se fait moins pénible, presque agréable. La pression des mains légères sur sa taille est douce. Les couleurs du paysage changent, deviennent chatoyantes.


'Bienvenue en Ered Luin.'


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Message Posté le: 1/06/2009 à 02:26    
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Faerhorn Mellon.

'Où sommes-nous ... ?'
'Chez un ami qui nous a offert l'hospitalité... Nous sommes arrivés.'

Ils mettent un moment avant de descendre, autant subjugués par cette terre qui les environne qu'intimidés. Landryt se sent comme un étranger ici maintenant qu'il s'y trouve, quelque chose de déplacé et de grotesque dans ce décors enivrant. Néanmoins il finit par s'avancer jusqu'aux portes battantes et y introduit la clef qui lui a été remise. Elle tourne sans heurt et les portes s'ouvrent dans un soupir. Le guerrier pénètre en premier dans la demeure, véritable manoir luxueux qu'il a peur d'abimer par sa simple présence, suivi de près par Celairil. Le silence règne, uniquement troublé par leur respiration. Chacun détaille les lieux, impressionné.

'Hmm. Hé bien, fais comme chez toi.'

Ses paroles brisent le charme, lui semble t'il, donnant simplement corps au fait que des intrus sont là où ils ne devraient pas être.

'L'amitié d'un Elfe te donne droit à bien des privilèges...'

La jeune fille déboutonne sa pèlerine, à présent un peu méfiante. Le Rohir, lui, prend la pleine mesure des mots qu'elle vient de prononcer. Il se rend compte, seulement à présent, des avantages dont il jouit, du soutien dont il bénéficie. Il se souvient qu'un jour il a méprisé Ethelhelm parce qu'il délaissait ses devoirs au profit de sa famille. Il se rappelle combien il a pu se moquer de son propre père qui ne voulait que lui garantir une vie de sécurité. Il se remémore de la haine qu'il a pu éprouver contre un homme tellement frappé par le désespoir qu'il voulait en mourir. Alors, soigneusement, il met tout cela de côté, l'enferme dans un coin de son esprit.

'Tu n'as rien à craindre ici. C'est au moins une chose dont je suis sûr.'

Finalement, ils prennent peu à peu possession des lieux, déchargeant les fontes et explorant la demeure. Le tout est bien loin du foyer rustique que Landryt a finalement appris à aimer. Celairil se change à l'étage, dans la chambre, et revêt une des tenues que le Rohir a emporté de Bree. Lorsqu'elle redescend dans sa longue et élégante robe, il ne peut réprimer le frisson qui lui secoue l'échine alors qu'il cligne des yeux, comme hébété, avant de détourner le regard, ravalant au passage les paroles qu'il s'apprête à prononcer.

'Voilà qui change de ta tenue de voyage.'

Un compliment digne de lui, et de circonstance. Mais certains mots doivent demeurer enfouis sous peine d'en faire jaillir d'autres. A son tour, il va se changer, mal à l'aise. Il réajuste son bandage souillé, trop fatigué par le chemin parcouru pour s'occuper de sa blessure maintenant. Plus tard...
Lorsqu'il redescend, la jeune Gondorienne est toujours dans le petit cabinet de travail, dos à lui. Dans l'âtre du salon, les flammes qu'elle a allumées se repaissent des buches. Il s'avance jusqu'au seuil de la porte et, après s'être raclé la gorge pour tenter de se donner, vainement, un peu de contenance, il lâche quelques mots qui pourraient sembler plein de désinvolture s'il n'était pas aussi mal à l'aise.


'Des choses intéressantes ?'

Lorsqu'elle se retourne, ses yeux s'écarquillent comme s'ils allaient jaillir de ses paupières. Landryt tente un sourire qui ressemble plus à un rictus qu'à autre chose. La jeune fille contourne la table qui les sépare et s'approche du guerrier paré d'une somptueuse tenue elfique. Ses mots sont tout juste audible lorsqu'elle les murmure, comme abasourdie.

'Non... rien d'intéressant...'
'C'est.. embarrassant.'
'Embarrassant ? Tu es ... d'une élégance rare, Landryt...'
'Hmm.'

Un instant, il hésite. Après tout, sa tunique de voyage n'est pas si abimée, et en la lavant bien...

'Mais... tu as une mine affreuse.'
'C'est toujours ça de pris.'
'A part la tenue, tu n'as rien d'elfique. J'ai l'impression que ton visage porte les stigmates de milliers d'années vécues...'
'J'aurais peut être dû garder l'autre tenue, ça allait surement mieux ensemble.'
'Non. Elle te va très bien. Et le vert fait très... Rohir, d'une certaine manière.'
'Tu t'enfonces Celairil.'

Un sourire étire le coin des lèvres de Landryt alors que la belle éclate de rire. Son sourire s'élargit. Un instant, il semble retrouver cette insouciance passée.

'Landryt...'

Le silence retombe, chape de plomb aussi lourde que le toit du monde, avant qu'elle ne reprenne la parole.

'Ne restons pas plantés là. Sinon nous allons nous transformer en statues...'

L'instant passe et disparait tout à fait. Pourtant quelque chose demeure, douloureusement. Comme pour le nier, il lui propose de boire un verre, mais le garde-manger, comme le lui avait dit Faerhorn, est vide. Il faudrait se rendre jusqu'à Duillond et, il le sait, il n'en aura pas la force.

'Ecoute, Landryt... Je n'ai pas vraiment soif.'

Il hoche simplement la tête, ne trouvant rien à répondre à cette échappatoire.

'La chambre à l'étage est pour toi.'
'Et toi... ?'
'Je me débrouillerai. Je pourrais dormir n'importe où.'

Elle se détourne pour s'approcher de la cheminée qui crépite, cachant son visage au Rohir.

'Dans ton état... ce ne serait pas raisonnable.'
'Je ne compte pas te faire dormir par terre.'
'Ces tapis ont l'air moelleux... pourtant.'
'Non, le lit est pour toi.'
'Sois raisonnable, Landryt. N'insiste pas.'
'C'est très raisonnable, ce n'est pas parce que je suis plus fatigué que je ne peux pas dormir par terre.'

Pitié, encore. Il s'en veut alors d'avoir été aussi négligeant, cette nuit de violences. Mais alors elle fait volte face, dardant son regard sur lui.

'En plus d'être un piètre menteur, tu es un piètre ravisseur ! Crois-tu que tu pourras poursuivre ainsi, blessé, fatigué et affamé comme tu es ?'
'Hmm.'

Il évite ses yeux emplis d'un feu farouche, plongeant son regard dans les flammes qui à cet instant semblent moins cruelles.

'Je suis arrivé à destination.'
'Peut-être. Mais à quel prix ?'

La question vole dans son esprit et se cogne aux parois de son crâne : A quel prix ?

'Ce n'est qu'une égratignure.'
'Une égratignure ?'

Elle avance sur lui d'un pas décidé et tend la main vers son flanc.

'Si j'appuie ma main ici... ?'

Il lève la sienne pour couper court au geste qui, il le sait, n'aurait pas atteint son flanc. Il tique, piqué dans son amour propre.

'Ce n'est toujours qu'une égratignure ?'
'Quoi qu'il en soit le prix à payer ne concerne que moi.'
'Qui t'as infligé ça ? Ou quoi ?'

La réponse fait jour dans son esprit, crue et brutale : le protecteur d'une prostituée du quartier des boues que j'ai faillit tuer.

'Quelle importance ?'
'N'oublie pas que ma vie repose entre tes mains ! Si tu attrapes une mauvaise fièvre parce que ta plaie se sera infectée malgré tes soins ou si tu... meurs sous mes yeux sans que je puisse réagir... je serais bien attrapée, perdue dans cette région ! Alors ne joue pas avec les mots !'

Pour un peu il en aurait sourit. Il ne doutait pas qu'elle parviendrait à se débrouiller sans lui.

'Allons, les Elfes ne te laisseraient pas ainsi.'
'Ils seraient surement ravis de découvrir ta carcasse moisissant sur leur sol... Oh... fais ce que bon te semble, après tout ! Tu m'ennuies !'

A nouveau, elle se détourne pour faire face à la cheminée. Faire demi tour, gravir les marches et s'étendre sur le lit. La résolution est judicieuse et pleine de bon sens. Autant la laisser sur sa colère que sur une pitié qui l'écoeure. Pourtant... pourtant, vicieusement, les mots s'insinuent dans sa gorge et jaillissent. Chassez le naturel et il revient au galop.

'Inutile de te fâcher. Si je refuse le lit, c'est parce que j'ai peur de ne pouvoir me relever. Voilà, tu sais tout.'

Elle soupire de lassitude en réponse.

'Tu n'auras qu'à m'appeler. Je viens t'en déloger à coups de pied...'
'Trop aimable. Dors donc avec moi.'

Quelque chose se bouscule en lui mais la machine est en marche, impossible de faire marche arrière. Bizarrement, il se sent moins fatigué, plus lucide. Elle serre un instant les poings avant de croiser ses bras sur sa poitrine.

'Qu'as tu à craindre de toute façon ?'

Elle s'est à présent retournée pour lui faire face.

'Rien. Et tout à la fois... Je n'ai pas sommeil.'
'Soit. Fais comme tu veux, de toute façon ce n'est pas moi qui vais te forcer.'
'Tu n'as qu'à profiter du lit le temps pour toi de te reposer et...'
'Laisse. A plus tard.'

Alors qu'il monte les marches en s'appuyant au mur, il se morigène intérieurement. Tout ceci n'est qu'une mascarade grotesque à laquelle il mettra fin demain. Sans prendre la peine de se déshabiller, il s'étend sur le grand lit à baldaquin. Et, alors, il ferme les yeux et s'endort vraiment.

Ce n'est pas la douleur qui l'éveille, bien qu'il soit crispé. Sa vision brouillée met un peu de temps à s'accommoder à la pénombre de la chambre elfique. Sans un mot, il contemple le visage endormi de Celairil tout prêt du sien. Sa belle résolution vole en éclats, une fois encore, et il se tourne vers elle pour l'imiter, passant son bras autour de sa taille pour l'étreindre avec douceur. Alors seulement il referme les yeux et, en l'espace de quelques secondes, replonge dans le sommeil.


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Message Posté le: 1/06/2009 à 16:44    
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Une nuit à Duillond.

La journée est passée à toute allure, accaparée par les soins de Celairil. Cette fois, Landryt n'a pu résister à l'entêtement de la jeune fille. Il a même faillit lui tomber dans les bras. C'était une erreur de ne pas s'être occupé de la plaie la veille en arrivant, car l'infection a un peu plus gagné, appuyant douloureusement sur ses côtes.
Pour autant, il ne le regrette pas. Malgré la douleur le temps s'est écoulé agréablement, d'une certaine manière. Qu'importe donc le prix à payer ?

Le trajet jusqu'à Duillond fut moins pénible qu'escompté et, à présent, il mène Celairil par les édifices de la ville elfique, bras dessus bras dessous. Les étoiles illuminent peu à peu la voûte céleste qui est magnifique lorsqu'ils se présentent devant Noreth. Sur les étals installés exprès pour la fête du printemps, tous les mets semblent délicieux, ce soir.
Le couple repart finalement avec un petit plateau d'argent sur lequel reposent des mets simples ainsi qu'une bonbonne de vin. Celairil porte leur repas, le Rohir marchant à ses côtés. En cet instant, alors que les Elfes qu'ils croisent leur adressent des sourires et de brefs salut, sans se sentir à sa place, il ne sent plus déplacé dans ce paysage bucolique.

Ils s'arrêtent finalement sur un petit promontoire dont le centre est occupé par une sorte de tour entourée de statues et surplombant la région, offrant une vue imprenable et vertigineuse. Ils échangent peu de mots lors de ce frugal repas, promenant leurs regards sur les environs et les édifices de la ville, se croisant parfois. Depuis un moment maintenant, le Rohir est attiré par cette imposante statue qui borde le fleuve, tout en bas, comme protégée de tout par la bute qui la surplombe et qui empêche les voyageurs de la voir lorsqu'ils remontent le chemin. D'ici elle semble pleine de majesté, régnant sur son petit carré de nature qui lui est dédié.


'Viens... je vais te réciter ce poème...'
'Pas tout de suite.'

Il lui désigne alors la statue dans son bosquet.

'J'aimerais t'emmener là bas avant.'
'Et si nous finissions ce repas... avant.'
'Très bonne idée. Inutile de trimballer le plateau partout.'

Le repas se termine en silence. Puis ils retournent voir Noreth pour lui rendre le plateau vidé, demandant par la même occasion la permission de lui emprunter les deux verres pour terminer la bonbonne. Puis ils redescendent, échangeant quelques paroles espiègles. Mais c'est le silence, encore une fois, qui ponctue le plus le trajet jusqu'au bosquet. Ce silence qu'il s'oblige à garder, sagement, pour ne rien provoquer et pouvoir simplement profiter de sa présence, un peu plus longtemps.
Enfin, ils contournent la bute, descendent un petit chemin en pente douce et débouchent devant le monument.


'Oh... Ça semblait moins... en ruines d'en haut.'

Vestiges d'un héros de l'ancien temps, brisé et oublié. La nature reprend peu à peu ses droits sur les lieux oubliés de ses créateurs. Les colonnes sont érodées, émiettées, des pierres jonchent le sol. Un moment, Landryt a envie de s'enfuir face à cette vision qui provoque un malaise en lui, comme si elle lui renvoyait sa propre image.
Puis, finalement, il s'approche pour frôler des doigts la pierre froide, pour détailler avec plus d'attention ce qu'il reste du visage sculpté, la tenue émiettée, le bouclier toujours majestueux, et le regard de Celairil braqué sur lui. Le temps s'arrête un instant, puis il se détourne pour remplir les deux verres de vin.


'Tiens..'

Elle ne le quitte pas des yeux, penchant la tête sur le côté en prenant délicatement le verre qui lui ait offert.

'Merci...'
'Je serais ravi d'entendre ton poème à présent.'
'Oh... Oui.'

Le guerrier se détourne à nouveau pour regarder courir les eaux limpides du fleuve, comme tiraillé par le désir de lui demander, finalement, de n'en rien faire. Puis il reporte son attention sur la belle sans prononcer un mot.

'Gondor !
Gondor, entre les Monts et la Mer !
Le vent d'Ouest soufflait là…
La lumière sur l'Arbre d'Argent tombait
Comme la brillante pluie aux jardins des Rois de jadis !
Ô fières murailles !
Tours blanches !
Ô Couronne ailée et Trône d'or !
Ô Gondor, Gondor !
Les Hommes verront-ils l'Arbre d'Argent,
ou le Vent d'Ouest soufflera-t-il encore…
… entre les Monts et la Mer ?'

Durant la déclamation, il ne l'a pas lâchée du regard, laissant voguer son imagination au gré des mots prononcés. A présent elle sirote son verre, le silence retombé entre eux, et le considère par dessus son verre. Un sourire, il boit une gorgée.

'Merci.'
'Tu me pardonneras la mélancolie de ce poème... même s'il se prête étrangement à ce lieu.'
'Il donne de fières couleurs à ton Pays, et incite à y aller. Je ne le trouve pas si mélancolique.'

Elle répond à son sourire avant de se détourner à son tour pour fixer les eaux du fleuve. Lui détaille sa silhouette fine qui se découpe dans la pâle lueur des étoiles. Il hésite un long moment, restant silencieux, étouffant et repoussant tout ce qui remonte en lui en cet instant. Finalement il se résigne à mettre fin à cette attente à la fois pesante et agréable.

'L'homme vit dans le noir, hésitant, hébété.
J'avais une lanterne ; elle a été soufflée.
Je tends la main vers toi, j'espère sentir tes doigts.
Je veux seulement vivre dans le noir avec toi.'

De nouveau le silence retombe, apaisant cette fois, comme si un poids l'avait quitté. Il a envie de soupirer de soulagement mais n'en fait rien, se contentant d'exposer un simple fait, pragmatique, simple.

'Voilà qui est mélancolique.'
'Entre l'ombre et la lumière...'

D'autres paroles sont échangées, il passe sa main sur sa joue, elle veut en entendre d'avantage, mais le guerrier se rétracte et se referme sur lui même, conscient que cela ne mènerait à rien d'autre que d'avantage de souffrance. Il comprend finalement avant même qu'elle ne prononce les mots. La situation en est presque ironique, juste retour des choses alors que les rôles s'inversent dans un caléidoscope étourdissant.

'J'ai quelque chose pour toi, avant que tu ne t'en retournes.'

Elle secoue la tête, comme désemparée, ou bien est-ce de la pitié qui se reflète dans ses prunelles ?

'Ne crois-tu pas avoir déjà assez fait... ?'
'Tu n'as qu'à considérer cela comme un cadeau d'adieu.'

La pitié cède au désarroi, elle ne semble pas comprendre.

'Un cadeau d'adieu ?'
'Hmm hmm.'
'C'est ainsi que se termine ce... voyage ?'
'Comment voudrais-tu qu'il se finisse ?'

Elle semble comme figée, haussant les épaules d'impuissance. Lui se détourne déjà en lâchant dans le noir :

'Rentrons alors.'


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Landryt Mandragoran
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Message Posté le: 1/06/2009 à 18:08    
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Adieux.

Landryt est assis au bord du lit, le visage enfoui dans ses mains. Finalement, tout s'est déroulé avec une rapidité presque déconcertante. Dans quelques minutes, il aura donné son paquet à Celairil. Et dans quelques heures elle sera déjà loin, galopant à bride abattue pour traverser en sens inverse la Comté. Chassant ses pensées obscures, il se relève, tâte prudemment son flanc et s'empare enfin du paquet avant de redescendre vers le salon où attend la belle devant l'âtre. Lorsqu'elle se retourne, ses yeux sont humides. Lui reste de marbre.

'Voici.'

Le regard de la Gondorienne descend sur le paquet, mais elle ne fait aucun mouvement pour s'approcher. Un moment passe durant lequel le Rohir refuse de s'avancer à sa rencontre.

'Veux tu que je te l'ouvre ?'
'Oui... s'il te plaît.'

Il se détourne alors et dépose le présent sur la table, l'effleurant du bout des doigts avant de le déballer avec lenteur et précaution. Il écarte complètement l'emballage avant de se reculer.

'Viens.'

Celairil s'avance alors en écarquillant les yeux. Elle avance une main tremblante vers l'arc vieux de quelques millénaires, aux courbes parfaites. Vénérable et pourtant comme neuf, comme si le temps n'avait aucune prise sur le bois dans lequel il a été sculpté. La main de la jeune fille n'effleure même pas l'arme ancestrale qu'elle la ramène vers ses lèvres. Il aimerait sourire alors, mais il n'y parvient pas.

'L'amitié des Elfes donne droit à bien des avantages. Je crois que tels étaient à peu près tes mots.'
'Comment... comment as-tu su... ?'
'Je n'étais pas certain, à vrai dire.'

Elle se retourne, des larmes roulant sur la peau satinée de ses joues pâles, les lèvres tremblantes vainement cachée derrière ses doigts hésitants.

'Merci, Landryt... merci...'

Il se contente de hocher la tête, caparaçonné aussi surement que dans son armure. Elle fait un pas en avant. Un instant, il hésite à se reculer, mais trop tard. Elle s'élance sur lui dans une étreinte confinant au désespoir, sans égard pour sa blessure.
Landryt se raidit en grimaçant, et reste immobile. Rien à voir avec la douleur qui lui tiraille les côtes, cette fois. Il veut la repousser, lui mettre l'arc dans les bras et la chasser. Au lieu de quoi il referme ses bras musculeux autour d'elle et la serre contre lui.
Dans la cheminée le bois crépite et seuls les sanglots de la jeune fille troublent ce calme serein.
Landryt garde la tête haute fixée sur les portes d'entrée. Il refuse obstinément de baisser le regard pour la contempler. Pourtant il n'arrive pas à briser cette étreinte, ni ce moment d'intimité en élevant la voix. Alors il murmure.


'Si tu veux te reposer, tu peux rester.'
'Ne me laisse pas... reste... reste...'


L'étreinte se ressert alors qu'elle s'accroche à lui. Une vague de sentiments assaillent le guerrier aussi surement que s'il avait baissé le regard, et des frissons le font trembler de la tête aux pieds. Il est paralysé, comme cloué au sol, et ne parvient pas à répondre.

'Reste... et demain... je te ferai mes adieux comme tu le souhaites... mes adieux...'
'Bien...'


La main tremblante de Celairil effleure sa joue, contact aussi glacé que la mort elle même. Le guerrier réprime tant bien que mal un nouveau frisson, demeurant droit, crispé.

'Landryt... regarde-moi. Je t'en prie... regarde-moi...'
'Non.. non.. c'est déjà intenable.'

Elle abandonne enfin pour enfouir son visage larmoyant contre son torse. Il n'en ressent pourtant aucun soulagement.

'Calme toi.. Je vais te mener en haut.'

Elle est aussi légère qu'une plume dans ses bras et, alors qu'elle enroule les siens autour de son cou pour se retenir à lui, il comprend bien trop tard qu'il s'est lui même jeté dans le piège.
L'escalier est long et interminable. Il en gravit la première marche alors que la chaleur du corps de la jeune fille se diffuse tout autour de lui. A la seconde c'est son odeur qui lui emplit les narines. Il grimpe encore, en se disant qu'il devrait faire demi-tour. A mi chemin il voudrait la lâcher là et dévaler l'escalier en courant. Mais il continue de monter, toujours plus haut, s'enfonçant toujours plus profondément dans les ténèbres.

Lorsqu'il l'allonge sur le lit, il n'est pas sûr de savoir s'il veut qu'elle le lâche ou qu'elle le garde prisonnier. Mais sa volonté est déjà brisée et au fond, elle n'importe plus.
Les bras de Celairil le retiennent aussi surement qu'un étau passé autour de son cou. Leurs regards se croisent dans la pénombre de la nuit.


'Reste...'

Leurs lèvres se cherchent... se trouvent... et leurs sens s'embrasent.

La matinée s'écoule dans un climat de gêne. Les rares mots échangés reflètent cette ambiance pesante entre eux. Cherchant à s'occuper l'esprit, le Rohir a préparé quelques tartines en bas. Celairil en mange une en silence.


'Je peux t'accompagner jusqu'à Chas-de-l'Aiguille si tu le souhaites. Tu pourras louer une monture là bas...'
'C'est gentil, Landryt... mais... plus tu resteras à mes côtés, moins cela facilitera les adieux... ces adieux que tu souhaitais et que je t'ai promis...'

Elle déglutit. Peut être est-ce la tartine qui passe mal ? Lui détourne simplement son regard. Maintenant qu'il y est il souhaite la retenir et se maudit pour cela.

'As-tu de l'argent ?'
'Non... je n'ai pas l'habitude de me promener avec une escarcelle remplie...'
'Je vais te chercher cela.'

Il est comme un lion en cage, il pourrait tourner en rond alors il prend le moindre prétexte pour s'activer. Son flanc ne lui fait plus mal, en fait il ne le sent même plus, et il sait que cela n'augure rien de bon. Une fois de retour dans la chambre, il remplit une bourse d'assez d'argent pour faire l'aller retour deux ou trois fois. Lorsqu'il redescend, il glisse la somme dans l'escarcelle de Celairil.

'Je te rembourserai...'
'Bien inutile.'
'Je te rembourserai tout de même. Je connais ton adresse à Bainbourg.'
'Je ne pense pas y retourner.'
'Où comptes-tu aller en ce cas ?'
'Je ne sais pas encore.'
'Fais attention à toi.'
'Toi aussi.'
'Il est temps...'
'N'oublies pas ton arc.'

L'arme n'a pas bougé depuis la veille. Pour la première fois, la Gondorienne s'en saisit délicatement. Puis elle prend sa besace de l'autre main, fin prête.

'Comptes tu aller grand train ?'
'Tu as dit que je pouvais trouver un cheval au Chas de l'Aiguille ?'
'Oui.'
'D'ici à là-bas, je compte marcher... donc, non.'
'Veux tu que je fasse prévenir ton père ?'
'Oui. En espérant que ton messager arrive avant moi...'
'Bien.'

Elle accroche la besace à sa ceinture, un sourire triste sur les lèvres, et passe son arc en bandoulière.

'Bien. Adieu, Landryt.'
'Oui, adieu.'
'Que les Valar te protègent...'

Le Rohir ne peut s'empêcher d'esquisser un bref sourire à ces derniers mots. La voyageuse ouvre les portes de la maison et en franchit le seuil. Il la suit et s'arrête sur la devanture pour aller s'appuyer contre un arbre, le regard fixé sur la jeune fille qui suit le tracé sinueux du chemin qui traverse les résidences de Falathlorn. Et finalement elle disparait au loin.


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Message Posté le: 1/06/2009 à 19:23    
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Troisième Page.

Les jours, les semaines s'égrènent paisiblement chez les Elfes, hors du temps. Landryt fait tourner entre ses doigts la lettre qu'il a reçue, la relisant une énième fois.

Parchemin :
Sir Landryt,

Duillond est depuis quelque temps fréquenté par de nombreuses personnes de passage. On y voit, même parfois, des nains venant du chas de l'aiguille.
Vous devriez donc vous y faire accepter tant que vous y respectez les règles.

Mais je pourrais intervenir en votre faveur si besoin.

J'ose espérer que votre retraite, et vos propres préoccupations, ne vous feront pas oublier celles concernant l'avancée de l'ennemi.

Nulle retraite, même pacifique ne sera possible dans l'avenir.

Amicalement.

Gladmallen Faerhorn.


Il la replie soigneusement et la glisse dans son carnet. Adossé à un arbre, il reprend la plume.

Parchemin :
Personne n'est venu. Pourtant, ils savaient où me chercher, mais personne n'est venu. J'ai attendu et espéré. J'ignore quoi exactement. Je me suis acquitté de mes dettes, plus ou moins bien. J'ignore toujours où je serais si je n'avais pas demandé l'aide de Faerhorn. Peut être mort dans un faussé. Bien qu'ils me mettent mal à l'aise, j'aurais éternellement une dette envers les Elfes de Duillond.

Grâce à eux, il semble que ma blessure soit totalement guérie. Ils demeurent toujours courtois, ils inclinent le front et sont souriant. Pourtant, parfois, je descelle comme de la pitié dans leur regard, une profonde tristesse, une douleur sourde, comme s'ils partageaient la mienne. Ma place n'est pas ici, j'ai fini par le comprendre, et je dois m'en aller.

Nous alimentons nous même nos rêves et nos cauchemars pour ensuite rejeter la faute sur les autres. Mais personne ne nous oblige à faire nos propres choix, bien qu'ils soient parfois restreints. Aujourd'hui le choix m'est à nouveau offert et je ne reviendrai pas en arrière. Je ne suis plus celui que j'étais. S'il a respecté sa part du marché, Landil a rapporté mon uniforme à Eren et mon nom a été rayé du cadastre du Roseau Blanc. Déserteur ou ancien Compagnon, cela n'a guère plus d'importance.

J'ai assez vécu sans attaches en faisant bonne figure pour ne plus vouloir le refaire. Mener un combat pour qui ? Pour quoi ? La plupart des gens se soucient comme d'une guigne de ce qu'il se passe autour d'eux, vivant leur vie au jour le jour et prenant les choses comme elles viennent. Un bras de moins ne fera guère de différence, finalement.

Mellon nìn, je ne saurais jamais assez vous remercier pour l'aide que vous m'avez apportée. Je vous laisse mon armure en gage de mon amitié qui vous sera toujours acquise et pour effacer un tant soit peu les ennuis que j'aurais pu vous attirer, je n'en aurai plus besoin. Je m'en vais vers le nord, j'ignore si nous nous reverrons et espère qu'un jour vous mènerez votre lutte à son terme.

Landryt.


Le Rohir se redresse et marche en direction de la maison. Une fois entré, il dépose le carnet sur la table du salon. Il s'assure une dernière fois que tout est bien en ordre puis passe la sacoche sur son épaule et son épée en bandoulière avant de ressortir de la demeure. En quittant les résidences, il laisse la clef à l'Elfe qui l'avait accueilli à son arrivée et s'en va d'un bon pas. Une dernière fois, il salue les Elfes de Duillond, flatte l'encolure de la jument qui demeure à l'écurie et disparait pour de bon.


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