Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] La chute : destins croisés.
 
Landryt Mandragoran
Compagnie du Roseau Blanc
Compagnon

Messages : 26
Message Posté le: 20/03/2009 à 17:48    Sujet du message : [Récit] La chute : destins croisés.
Évaluer
Citer
 

Chaque heure blesse.

Landryt était furieux. Cette idée lancée d'aller passer la soirée à l'auberge avait été mauvaise, et il aurait du le savoir. Ce sac à bière de Theodeunwulf était invivable quand il avait trop bu, et cette fois-ci, non content de conter ses déboires de manière larmoyante, il avait violemment insulté le Roi.
Le Rohir massif s'était retiré dans une atmosphère tendue, les poings serrés, la mâchoire crispée. Le voyant passer le visage fermé, Prosper l'avait hélé, targuant que si sa bière était si mauvaise, il lui en offrait volontiers une autre de sa cuvée spéciale. La réputation du Roseau Blanc n'était plus à faire ici, grâce à Ghoran, et le gros bonhomme choyait certains clients plus que d'autres.
Et pourquoi pas ?


- Mettez m'en donc quatre, et je vous les paye toutes.

Attablé seul devant ses quatre pintes pleines de Stout des Trolls, il broyait du noir. Ces derniers temps, la raison n'avait de cesse de le fuir, il s'en rendait bien compte, autrement il ne serait pas là, si près de la sortie, en train de goûter cette bière qui, sacrebleu, tapait fortement !
Les voix des trois Eorlingas se firent - enfin - entendre. Il avait alors descendu la moitié de sa pinte, et n'était pas encore sûr de ce qu'il allait faire avec les trois autres. Aussitôt les excuses furent prononcées, mais pas par les bonnes personnes. Les pintes trouvèrent chacune leur propriétaire, et après une séance de musique qui remit en place les idées du Rohir, à moins qu'elle ne les chamboula d'avantage, elles firent rapidement leur office sur ses trois compagnons déjà bien entamés.
Cette soirée se termina pour lui à la ferme d'Eogar, où il laissa Sighild aux bons soins de sa couche, non sans avoir passé un moment agréable en sa compagnie, encore.


Chaque heure blesse.

Le soleil ne s'était pas levé depuis bien longtemps lorsqu'il arriva à la ferme d'Anstancier. Après un bref salut à Eogar qui lui expliqua - lui ordonna presque - qu'il devait faire le tour des champs, il finit par tomber sur la jeune femme. Ou plutôt elle lui tomba dessus, ce qui était aussi bien.
La journée était bien commencée, joyeuse et ponctuée d'éclats de rire, lorsque le cavalier arriva.
Theodeunwulf venait acheter une nouvelle selle. Sa sangle avait été sectionnée la veille et il s'était retrouvé par terre en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Fort bien, Landryt devait lui parler. A mesure que le temps passait, il se le répétait, et le conseil d'Osmund résonnait dans sa tête.
Alors que Sighild alla chercher des rafraichissements - de l'eau pour Theodeunwulf, une chope de bière fraîche pour eux - Landryt le prit à parti, arguant qu'il aimerait visiter sa demeure, n'ayant pas eu l'occasion d'aller à sa petite fête d'inauguration. Il en profiterait pour jeter un oeil à cette sangle qui aurait soit disant été tranchée. Cela l'intriguait car il n'y avait pas touché, à cette sangle.

Comment les choses dérapèrent cette fois là ? Aucune importance. Toujours est-il que Theodeunwulf criait, en larmes, que personne n'avait vécu ce qu'il avait lui même vécu, invectivant la Rohiril. Elle s'était emportée contre lui, à peine quelques secondes avant que Landryt ne le fasse. Il s'était donc bien gardé d'intervenir, réprimant tant bien que mal sa colère. Qu'est-ce qu'il savait des gens et de leur histoire ? Croyait-il donc être le seul au monde à avoir souffert ?
Les deux partirent chacun de leur côté, l'un le dos vouté et les épaules tressautant, l'autre le dos droit et les poings serrés, mais les sanglots au bord des lèvres. Et lui au milieu, encore une fois écartelé entre eux. Cette situation le répugnait. Il n'avait qu'une chose à faire : enfourcher Ednew et quitter les lieux. Au lieu de quoi il suivit les pas de la jeune femme pour la prendre dans ses bras.


Chaque heure blesse.

Theodeunwulf et Landryt quittèrent la ferme, laissant Sighild et Gwenyd entre elles. La route jusqu'aux quartiers résidentiels de Bree fut sans paroles. Les deux hommes étaient conscients de la tension entre eux, et nul doute qu'aucun d'eux n'aimait la situation. Ils arrivèrent finalement à destination. Landryt détacha son arme en entrant et la déposa contre un mur. Il savait exactement ce qu'il allait faire, cette fois-ci, et il s'y tiendrait.
Après quelques compliments sur la décoration des lieux et des banalités fades à leurs oreilles, ils sortirent dans le jardin, sous le prétexte qu'il voulait voir la vue du kiosque.
C'est là bas qu'il le frappa, autant de son poing que de ses mots. Un Fils du Rohan devait endurer et se battre, et non s'apitoyer sur son sort ! Il le provoqua, et le provoqua encore. Il était si furieux que Theodeunwulf ne fasse que se renfermer à chaque fois d'avantage qu'il aurait voulu le frapper encore, et encore, et encore. Mais rien n'y fit.
Avant de repartir, il obtint la promesse qu'il ne mêlerait pas Sighild à sa déchéance. Il n'avait pas le droit d'accuser les autres d'être responsables de ses propres faiblesses.


Chaque heure blesse.

Le dos droit, les poings serrés si fort sur ses rênes que ses jointures lui faisaient mal, Landryt traversa Bree au pas. Il allait ressortir par la porte ouest lorsque le gamin arriva en courant, haletant, à bout de souffle, tirant sa cape pour le retenir, n'arrivant pas à parler tellement il avait couru à perdre haleine. Il lui tendit finalement un petit parchemin enroulé avant de s'adosser au muret de pierre pour reprendre son souffle.

A mon ami,
J'ai décidé d'en finir une fois pour toutes avec la souffrance.
Merci d'avoir été un ami honnête jusqu'au bout.
Je ne t'en veux pas...

Theodeunwulf

Il froissa le parchemin dans son poing avant de le jeter d'un geste rageur. Alors il talonna durement sa monture qui parti au grand galop avec un hennissement indigné pour le traitement inhabituel qu'il subissait. Autant pour la récompense au gamin.

Il n'avait probablement jamais parcouru la distance de Bree aux champs d'Eogar aussi rapidement. L'un des fils de l'éleveur lui indiqua le champ sud avec un sourire enjôleur. Il s'y rendit d'un pas décidé, et s'immobilisa à la vue de Gwenyd. Avec un grommellement, il s'adossa à la cloture, et fit marcher ses petites cellules grises qui le servaient si bien.
Son alcoolique d'ami se rendait souvent dans les collines de Brande, dans ces ruines, sur l'a pic. Un endroit sans conteste magnifique, mais d'une tristesse mélancolique qui ne jouerait probablement pas un rôle réparateur sur son comportement. Landryt prit son mal en patience. Il se doutait de la conversation qu'avaient les deux jeune-femmes, même s'il n'en connaissait pas tous les tenants et aboutissants. Mais il n'avait pas toute la journée non plus, aussi finit-il par quitter la clôture pour les rejoindre.

La discussion était bien celle qu'il avait prévue, mais il n'allait pas entrer dans les détails pour le moment. Il leur exposa la situation, expliquant que dans sa lettre, Theodeunwulf avait écrit qu'il allait mourir héroïquement au château dans les collines de Brande. C'est tout ce qu'il avait trouvé pour préserver le peu de dignité qu'il restait à celui qui était, somme toute, un ami et un frère.


Chaque heure blesse.

Theodeunwulf était face à l'abîme. Les trois Eorlingas se séparèrent pour le contourner et le prendre en tenaille, Gwenyd et Sighild sur la gauche, Landryt sur la droit. La rage battait, sourde, aux tempes du Rohir, et il se dominait difficilement. Il redoutait ce que risquait de dire Theodeunwulf. Faisant le premier pas vers lui, il l'appela, lui demandant des explications. Les deux jeune-femmes avancèrent à leur tour, mais c'était peine perdue. S'en suivi une discussion, sur l'amitié, le devoir, mais rien ne parvenait à l'apaiser. Et il fit ce que le devoir lui interdisait. Il dit à Sighild qu'il l'aimait, qu'il l'avait toujours aimé, et qu'à présent, il allait mourir, car il était dépossédé de tout.

- Hé bien soit ! Sautes ! Si tu veux mourir, meurs donc, de toute façon si nous t'en empêchons aujourd'hui, rien ne t'empêchera de le faire plus tard !

La dernière tue.

Les mots avaient jaillis de la bouche de Landryt. Il n'y tenait plus. Il était dégouté de cette attitude. A ce stade il aurait pu aussi bien le pousser lui même dans le vide. Mais il n'eut pas à le faire.

Theodeunwulf sauta.

Le coeur du Rohir manqua un battement alors qu'il voyait, comme dans un rêve, son ami tomber lentement, inexorablement, vers le bas. Puis il le perdit de vue.


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
Sighild Ealdorhelm
Visiteur

Messages : 9
Message Posté le: 21/03/2009 à 01:17    
Évaluer
Citer
 

Le soleil s’assoupissait, disque d’or et de pourpre au-dessus des ruines. Assise sous un pommier, au milieu du verger qui jouxtait l’un des manèges, Sighild pinçait distraitement les cordes de son luth. Ce vieil instrument dont elle ne se séparait jamais et à qui elle soutirait, au gré de ses humeurs, des notes enjouées ou mélancoliques, tel un confident secret. A la seule différence… ce soir, son vieil ami resterait muet par manque d’inspiration… ou de motivation !

La Rohiril ne saisissait pas tout à fait les changements qui s’opéraient en elle depuis quelques jours. Que lui avait dit une amie, une fois ? ‘Ce que l’on ressent est à la fois délicieux et douloureux… c’est comme une nuée de papillons dont les ailes chatouilleraient ton cœur…’ Des papillons ! Quelle grotesque comparaison ! Point de papillons aux douces ailes dans cette histoire, mais un marteau qui broyait ses chairs ou un étau d’acier qui étreignait sa gorge et l’empêchait de respirer !

Le sanglier d’Everholt soit maudit ! Qu’elle s’était sentie niaise face à lui ! Pourtant… ce soir-là, à l’Epouvantail Ivre, l’inattendu s’était produit… Quoi ?! Jamais elle ne s’était sentie aussi troublée et vulnérable… à part peut-être pour…. Non ! Celui-là n’avait récolté pour récompense de ses efforts que l’empreinte de son poing sur le nez… Sighild bondit sur ses pieds et piétina le sol de colère. Se sentant soudain ridicule, elle se força au calme, fouillant d’un œil fébrile le sentier de terre battue qui sinuait jusqu’à la vaste cour de la ferme. Une étrange lueur vibra dans ses yeux clairs…

Il viendrait…


-oOo-


Le soleil s’élevait, disque d’ambre au-dessus des collines. Sa ronde autour de la ferme d’Anstacier touchant à sa fin, Sighild trottait vers la vaste cour de terre battue lorsque la silhouette d’un cavalier s’éloignant vers le nord attira son attention. Son cœur manquant un battement, reconnaissant la carrure massive et le fier maintien de Landryt, la jeune femme lança la vieille monture vers ce dernier tout en le hélant d’une voix claire.

Il était venu…

-oOo-

L’autre aussi… Theodeunwulf.

Comme si le Rohir à la face blême surveillait leurs faits et gestes. Il l’exaspérait au plus haut point. Et non content de s’en tenir à une discussion amicale et posée, il en avait mené le fil vers un tournant des plus sinistres. De quelle façon jugeait-il la souffrance ? Comment osait-il proclamer qu’il était le seul à avoir enduré la perte d’êtres chers ? Certes, elle s’était emportée, excédée par l’indifférence de cet homme qui ne pensait qu’à lui… Ah non ! Même blessée par les paroles insensées de ce frère, elle ne lui aurait pas fait le plaisir de verser une seule larme devant lui. Elle s’était détournée, le menton levé et les poings serrés… se cachant aux yeux des deux Rohirrim pour donner libre cours à son chagrin.

Il était venu… et dans le berceau de ses bras, ses pleurs avaient cessé.

Malgré le poinçon de la colère, elle avait tenu à s’excuser auprès de Theodeunwulf. Le regard fixe et rougi par l’amertume de ses larmes, aussi droite qu’un piquet, elle avait pris la parole.

- Je tiens à te présenter mes excuses. Je n’aurais pas dû m’emporter. Voilà.
- Tu n’as pas à t’excuser, c’est moi qui ai empoisonné la discussion. Tu as raison, je ne suis pas le seul à avoir souffert…
- Alors… à l’avenir, ne viens pas avec ton poison. Laisse-le enfermé dans un coffre.
- Je suis… désolé.


Le sujet était clos. Pour combien de temps… ?

Gwenyd était venue…
et une autre conversation, aux accents emplis de gravité, fut entamée entre les deux jeunes femmes de l’Ost. Tandis que Landryt avait tenu à raccompagner Theodeunwulf, plus misérable que jamais, jusque chez lui.

-oOo-


Talonnant sa monture à intervalles réguliers, Sighild suivait Landryt et Gwenyd à travers les collines piquetées de rares bosquets. Que faisaient-ils sur ces terres désertées, ponctuées de-ci de-là de ruines antiques, dont les moignons de pierre s’élevaient vers les cieux limpides ainsi qu’un doigt accusateur ? Theodeunwulf voulait mettre fin à ses jours…

Le terrain étant devenu glissant et dangereux, les trois compagnons avaient abandonné leur monture au bas des ruines. Ost Baranor. Les marches d’un escalier de pierre. Quelques pas entre des colonnes aux têtes effritées. Ils le trouvèrent enfin. Theodeunwulf. Dressé au bord du précipice.

- Idiot ! Et lâche de surcroit ! Que comptes-tu faire ?
- En finir avec la folie de la vie…
- C'est ainsi que tu penses soutenir tes frères ? En leur offrant une mort inutile et égoïste ? Alors que ton épée pourrait encore servir notre pays ?
- Je sais… mais je ne suis qu'un homme, et pas des meilleurs je le crains…

La suite ne fut qu’un tourbillon discontinu de paroles aussi folles les unes que les autres. Une déclaration désespérée, la promesse d’un ami… Cependant aucun mot n’atteignit la conscience anesthésiée du Rohir désemparé. Dialogue de sourds… Aussi exaspérant fut-il, Sighild se sentait impuissante à ramener l’homme à la raison… ou à de meilleures dispositions. Ses compagnons échouèrent tout autant dans leur démarche. Car l’impensable se produisit.

Theodeunwulf sauta. Son corps atterrit sur la roche, roula… puis disparut dans les eaux de la rivière qui chantait en contrebas.


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
 
Theodeunwulf Ealdormund
L'Ost des Rohirrim
Cavalier

Messages : 96
Message Posté le: 21/03/2009 à 12:39    
Évaluer
Citer
 

Suicide...
Ivre! Il avait subi cet état deux fois en quelques jours!
Lui qui avait toujours connu ses limites, qui avait toujours arrêté de boire à temps.
Déjà à l'Epouvantail Ivre, ses doutes semblaient monter un escalier vers l'horrible vérité. Et à chaque marche venait s'ajouter une bière, et chaque bière embrumait sa vision, sa compréhension. L'embrumait... ou lui offrait enfin une image nette de l'horreur?
Plutôt que de tomber, les doutes étaient montés plus vite. Mais comment se faire à cette idée?
Non, décidément, il devait noyer ces doutes qui l'assaillaient dans la bière. Mais sublime moquerie de l'alcool, chaque verre l'avait encore rapproché du haut, de la chute, et sa langue se déliait de plus en plus.
Cette simple phrase murmurée à l'oreille de la femme avait tout fait basculer.

"Si tu ne veux pas être la rose de l'Ost, alors sois ma rose à moi!"

Elle avait rougi, mais plus par gêne devant les divagations d'un ivrogne, croyait-elle assurément. Et il s'était retrouvé dans un tourbillon d'ivresse, les chopes se suivant de plus en plus vite, comme les cercles d'un tourbillon s'amenuisant jusqu'à leur disparition totale. Osmund avait été témoin de sa déchéance. Elle était sortie de la taverne avec lui, Landryt. En étant chassé à la fermeture, il les avait vus, à l'écart, discutant entre eux, à voix basse.
Dès cette soirée il avait compris... même si eux deux n'en étaient pas encore tout à fait conscients...
____________________________________________________________________________________


Un autre soirée en taverne lui avait valu la certitude. Il s'était à nouveau enivré, avait cette fois-ci déballé son coeur sous les yeux de ses compagnons. Il avait déversé toute la souffrance qu'il avait vécu, fortement raccourcie, mais toujours aussi douloureuse. Et il avait dénoncé la faiblsse du roi.
Landryt était parti, furieux, pour s'enivrer à une autre table.
Image
La musique de la douce rohiril avait adouci les humeurs, mais le lion ne faisait que dormir.
____________________________________________________________________________________


C'est la force de ceux qui n'en ont plus,

Sectionner la sangle de sa selle... Qui avait osé lui jouer un tel tour après la soirée en taverne? En tombant il s'était même déboîté l'épaule. Et quelle douleur de devoir la redresser soi-même. Mais il avait connu pire, et son seul souci était de trouver une nouvelle selle.

Et où trouver une selle? Le seul spécialiste dans la région était Eogar. Alors il était parti le trouver. Et Eogar avait effectivement quelques selles à vendre. Mais le sage rohir ne lui aurait pas donné sa selle comme ça. Bien sûr, il fallait s'assurer que le cheval la supporte, que la sangle ne le blesse pas, qu'elle soit comfortable, tant pour le cheval que pour le cavalier. Alors il l'avait envoyé faire un tour dans les champs. Et il était parti. La ballade lui avait fait du bien, les rayons du soleil réchauffaient son coeur meurtri.
Mais son coeur s'était glacé à la vue de Landryt avec l'élue de son coeur...
Comme si le malfrat qui avait sectionné sa sangle avait tout prévu.
La suite fut pour lui banalité. Discussions creuses, boissons...

Et puis tout avait basculé. Elle s'était retrouvé au bord des larmes, à l'invectiver, alors que c'était lui qui était ici la victime mutilée. Elle était partie, suivie de Landryt. Theodeunwulf ne l'avait pas suivi, trop occupé par ses propres larmes, ses propres sanglots, son propre désespoir. Et comme par un cruel hasard, c'est le moment que choisit Gwenyd pour arriver à la ferme. Il ne la vît pas arriver, ne put cacher ses larmes.
Et cette jeune fille, jusqu'ici si simple, si naïve, l'avait confronté à la dure réalité. Chacun avait ses souffrances, et les siennes n'étaient pas si uniques que cela.
Et pourtant, qu'en savaient-ils? Perdre quelqu'un est dur, maisqu'en est-il d'être responsable de la mort de ses amis les plus proches. Theodeunwulf, qui avait réussi à refouler sa souffrance au fond de lui-même depuis des années, s'était effondré intérieurement. Il s'agissait bien de cela, c'était lui-même le seul responsable du sang versé, des maison incendiées, des bannières piétinées. Il avait toujours été seul, et pas même capable de défendre ses gens, ses camarades à l'armée, sa terre. C'est lui qui les avait tués. Il était glacé pr cette pensée quand son ami revint avec elle. Et il dut cacher sa honte pour préserver son honneur. Mais quel honneur lui restait-il?

Des excuses... et une longue chevauchée silencieuse aux côtés de son ami, de ce presque-frère qui l'avait trahi. La visite de sa demeure n'était qu'un prétexte, ils le savaient tous deux, et la tension était palpable. La visite avait d'ailleurs été banale au possible, des compliments sur les trophées de chasse, sur la décoration.
Landryt voulait voir de plus près le belvédère du jardin. Et c'st là, accoudés à ce frêle squelette de bois que tomba la sentence.

c'est l'espoir de ceux qui ne croient plus,
"Je dois te dire quelque chose: il y a quelque chose entre elle et moi..."
Il lui avait avoué ce qu'il savait déjà... Theodeunwulf était préparé depuis longtemps.
Image
Il n'avait pas même envie de le frapper. Qui mieux que lui pouvait comprendre?
Son regard se perdit dans ls étoiles. Et il mourut... même si son corps était encore en vie, il était mort. Que lui restait-il? Il avait tout perdu, même ce qu'il n'avait jamais pu obtenir. Landryt l'avait pris pour inoffensif. Le rohir, d'habitude si perspicace n'avait pas su percer à jour le coeur de Theodeunwulf.
Image
Et il était parti, laissant l'homme blond seul avec soi-même.
Image
Et Theodeunwulf pleura...
De rage de n'avoir pas su protéger ceux qu'il aimait, de tristesse pour ceux et ce qu'il avait perdu, et de désespoir pour ce qu'il n'aurait jamais. Il avait rejeté son âme vers les étoiles.
Il était prêt... le voyage pouvait commencer.
____________________________________________________________________________________


Ost Baranor.
Témoin de ses faiblesses, de ses hésitations, depuis son arrivée dans ces terres. Le vieux fort trônait dans les collines, surplombant le pays de Bree.
Image
Les pas de son cheval dans les plaines désertes était calme. Pourquoi se presser?
L'éternité était à lui désormais. Il approchait lentement du terme ultime de son voyage.
Image
Il gravit une fois encore les marches de pierre, franchit les arches en ruine. Et il se mit à regarder ce monde qu'il allait quitter, ce paysage qui serait témoin de son envol. Jusqu'à la nuit, il ne bougea pas, contemplant les rares mouvements du paysage, percevant jusqu'au souffle du vent dans l'herbe, tout en bas, dans la plaine.
La nuit était tombée. Sa dernière nuit. Les étoiles apparaissaient une à une. Il voulait encore contempler les étoiles. Il avait le temps, l'aube était encore lointaine.
Image
Sa décision était prise, la sentence irrévocable. Il prendrait son envol pour aller rejoindre les étoiles, et voler avec elles pour toujours. Seul avec les étoiles, le peu de raison qui lui restait s'envola à son tour.

c'est le sublime courage des vaincus.
Une voix sur sa gauche le sortit de sa rêverie. Landryt... Il connaissait finalement Theodeunwulf mieux qu'il ne l'aurait cru. Il l'avait trouvé, mais cela serait en vain. Car aucune parole du rohir ne pouvait faire changer quoi que ce soit.
Mais une autre voix le pouvait.
Elle était là, et Gwenyd aussi. Mais leurs paroles était pleines d'amertume, de dégoût et de reproche.
Cela ne menait nulle part.

"Je... je t'aime..."

Theodeunwul avait prononcé ces paroles malgré lui, comme mu par une étrange magie. Elle avait rougi, l'avait frappé. Elle ne voulait pas être mélée à sa déchéance. Il étreignit Landryt, qui était resté son ami jusqu'au bout. Celui-ci resta neutre. Un dernier regard pour elle.

"Je... pardonne-moi..."
Image

Et Theodeunwulf sauta...

Le temps fut comme ralenti. Le corps de Theodeunwulf chuta lourdement contre laparoi rocheuse, brisant ses os, et transformant son corps en plaie.

Il revit le doux sourire de sa grand-mère Cynediernwyn...
__Il revit ce poulain, et la jument morte, et comment il l'avait élevé.
____Il revit ces terres qu'il avait aimées, pour lesquelles il avait travailé et lutté.
______Il revit l'incendie, entendit les cris, les pleurs, les hennissemens, sentant la fumée de mort.
_______Il revit son ami, monté en croupe derrière lui chuter lourdement, une flèche dans le dos.
_________Il revit sa vie, ses souffrances, ses espoirs.

Le sol approchait.
Image
Il écarquilla les yeux. Un dernier murmure. "NON, ce chemin mène vers la honte, non vers les étoiles..."
Il pleura...

Cest la honte...

"Sighild..."
Son corps finit sa couse dans la rivière. Et ce fut la nuit.

C'est la mort.

Image




Dernière édition par Theodeunwulf Ealdormund le 26/04/2009 à 20:03; édité 2 fois
Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
Gwenyd
L'Ost des Rohirrim
Cavalière

Messages : 24
Message Posté le: 24/03/2009 à 21:13    
Évaluer
Citer
 

Gwenyd lâcha un juron bien senti après avoir vérifié que son frère ne se trouvait pas dans la pièce. Elle reprit ensuite sa position initiale, regardant d'un œil sombre son pantalon et sa chemise qui séchaient au coin de la cheminée. Pour éviter que le tissu ne perde de sa souplesse, elle l'avait soigneusement étiré après un lavage énergique. L'eau du fleuve cependant n'avait rien de propre et les traces de boue et d'herbe qui s’étaient rajoutées ensuite n'avaient rien arrangé à l'affaire... Cela lui avait pris des heures. Tout ça à cause de Theodeunwulf.

Déjà l’autre jour au Poney Fringant, l’ambiance s’était retrouvée entamée par le Rohir. Heureusement Sighild s’était mise à jouer du luth et l’agacement de Gwenyd s’était évanoui. La jeune fille en avait profité pour chanter quelques chansons à moitié improvisées. Sautant sur le banc pour mimer les facéties du poulain d'une des chansons, Gwenyd avait détendu l'atmosphère. Sighild riait, Landryt restait perplexe et Theodeunwulf boudait, le nez dans sa chope. La soirée s’était plutôt bien terminée au bout du compte. Et la bière était bonne, quand même.

Elle était passée le lendemain dans la matinée à la ferme d’Eogar. Elle allait enfin pouvoir s’acheter le cheval pour lequel elle avait économisé soigneusement la moindre petite piécette qu’elle avait gagnée. Elle espérait y trouver Sighild pour la conseiller, mais n’était tombée que sur un Theodeunwulf en pleurs au milieu de la cour. Elle avait regardé à droite et à gauche : il ne semblait pas y avoir de cause évidente à la détresse du Rohir, pas même de gros caillou dans lequel il aurait pu donner un coup de pied inopportun. Gwenyd questionna Theodeunwulf avec insistance mais le jeune homme ne voulut d’abord pas lui révéler les raisons de sa tristesse.
Elle était donc partie vers Eogar pour lui parler de ses chevaux. Le Rohir sanglotant l’avait suivie, ayant finalement envie de discuter tout en continuant à lui dire qu’il ne pouvait pas en parler, que c’était trop dur... Bla bla bla... Gwenyd lui tournait le dos et avait retenu un soupir agacé, mais la grimace qu’elle aurait aimé lui faire en face avait surgi et presque effrayé le cheval devant elle. Theodeunwulf était reparti à se lamenter sur ce qu’il avait perdu et sur le fait que personne ne le comprenait. Comme la dernière fois, comme la fois d’avant...

Il ne se rendait même pas compte qu’il n’était pas le seul à avoir perdu des choses et des êtres chers avant de quitter le Rohan. Cela faisait longtemps qu’elle-même avait compris que les pleurs ne servaient à rien. Il valait bien mieux profiter de ce que la vie pouvait apporter de bon que s’apitoyer sur son sort. Quelques images avaient alors surgi dans l’esprit de la jeune fille mais elle les avait aussitôt chassées. Elle ne voulait pas y repenser.
Une volée de mots bien sentis avait eu pour effet de couper Theodeunwulf dans son élan larmoyant et il était parti avec Landryt, lui faire visiter sa maison. Gwenyd avait trouvé tout ça un peu étrange étant donné que Monsieur Landryt et Theodeunwulf semblaient se détester cordialement mais, après tout, les hommes étaient bizarres.

Après avoir prononcé quelques bêtises pour remonter le moral de Sighild qui avait visiblement pleuré, elles avaient abordé des sujets de conversation autrement plus sérieux et embarrassants. Landryt était revenu les interrompre pour leur raconter que Theodeunwulf avait décidé de mourir héroïquement dans les collines de Brande.
Mourir héroïquement dans les collines de Brande ? Mais qu’est-ce qu’il y avait dans ces collines qui puisse permettre à qui que ce soit de mourir avec héroïsme ? Gwenyd y avait bien vu quelques sangliers mais à part ça... Landryt insistait toutefois pour qu’ils se rendent tous là bas afin d’essayer de convaincre Theodeunwulf de changer d’avis. Après tout, pourquoi pas. Surtout qu’elle allait pouvoir emprunter un des chevaux d’Eogar pour y aller !

Ils avaient retrouvé Theodeunwulf au château en ruines surplombant les collines, au bord du précipice. Des paroles avaient été échangées, des révélations. Dans l’ensemble Gwenyd gardait un sentiment de dégoût de ce moment. Elle n’avait même pas envie de s’attarder dessus. Quand il avait sauté elle en avait presque été soulagée. Se tuer par dépit amoureux, elle n’avait encore jamais entendu quelque chose d’aussi stupide.

Après quelques instants de silence à considérer l’abime dans lequel était tombé le cavalier, Gwenyd avait fini par émettre l’idée qu’il faudrait chercher le corps pour être sûr du décès de Theodeunwulf. Elle avait tout sauf envie de le faire, mais après tout il avait bêtement choisi une falaise en contrebas de laquelle coulait une rivière. Il avait très bien pu survivre à la chute.
Et finalement c’était là qu’elle avait le plus maudit le Rohir. On ne voyait rien depuis le haut de la falaise et la rive opposée n’offrait pas de meilleure vision. Il avait fallu redescendre jusqu’au gué pour ensuite nager afin d’arriver en aval de l’endroit où il avait sauté. Ils l’avaient retrouvé, vivant évidemment. Et en mauvais état. Au moins s’il était mort ils auraient pu le laisser là. Mais non, il avait fallu le transporter jusque chez Puyduchar.

Elle s’était vite éclipsée après ça. Elle était fatiguée, elle avait mal aux bras, aux jambes, à la tête, elle avait froid et elle était bien décidée à ne plus jamais se retrouver embarquée dans de telles histoires.


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
Landryt Mandragoran
Compagnie du Roseau Blanc
Compagnon

Messages : 26
Message Posté le: 27/03/2009 à 05:33    
Évaluer
Citer
 

Cette journée avait été épuisante, éprouvante même. Alors qu'ils chevauchaient au petit galop vers Combe, Landryt avait l'impression de lentement s'envoler. Tout était très lointain, le bruit des sabots martelant le sol, les conversations des gens qu'ils croisaient en chemin. Il était dans un monde teinté d'un blanc opaque, sans pourtant être oppressant. Au delà de la douleur ou de la fatigue, il ne restait plus qu'un corps qui se vide peu à peu de sa substance.

Le Rohir secoua la tête, provoquant au passage quelques vertiges désagréables. Il sentait dans sa main les rênes du cheval de Theodeunwulf, sans en avoir réellement conscience. Puis le corps meurtris fut détaché, et porté dans la maison du guérisseur. Quelques paroles après, Sighild, Gwenyd et Landryt repartaient de Combe.

Le trajet vers la ferme d'Anstancier aux côtés de la jeune femme rousse fut fait sans guère de paroles échangées. Gwenyd les avait laissés au sortir de Combe pour aller de son propre chemin. Le soir était déjà là, et la nuit étendrait sous peu son manteau pour les recouvrir. Accoudés à une stalle, leurs chevaux occupés à brouter, les deux enfants d'Eorl se jetaient des coups d'oeil par intermittence.

Était-ce la fatigue ou la spontanéité, toujours est-il que les mots jaillirent en flot continue de la bouche du Rohir. Il lui exposa la discussion qu'il avait eu avec Theodeunwulf, lorsqu'il lui avait expliqué que oui, il avait immédiatement perçu ses sentiments pour Sighild à l'Épouvantail Ivre, et il s'en était servit comme d'un prétexte pour aborder cette dernière. Non, ça ne l'avait pas empêché de continuer à la voir par la suite. Et oui, il y avait quelque chose entre eux. Tout cela dans le but de le provoquer, pour qu'il réagisse comme un homme, un guerrier du Rohan.

Était-ce dans ce seul but là ? Oui... et non, lui avoua t'il. Car au fond il avait été sincère.

Cette nuit là, ses lèvres se posèrent sur celles de Sighild pour la première fois. Le bonheur des uns fait parfois le malheur des autres.


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
Valaraukar
Copiste

Messages : 936
Message Posté le: 27/03/2009 à 15:47    Sujet du message : survie...
Évaluer
Citer
 

Les rochers avaient rompu son corps. La rivière l'avait sauvé. Le courant l'avait emporté.
Tout cela fut come un rêve pour Theodeunwulf, ou plutôt un cauchemar. Il s'était évanoui en heurtant l'eau, et ce fut le noir. Seul subsistait le bruit de l'eau qui coule, inconsciemment perçu, comme rêvé, et des couleurs qui n'étaient pas même censées exister. Aucune douleur... il était comme anesthésié.
Par chance il ne portait qu'une armure légère, et le corps fut emporté par le courant.
Image
Image
Tout était noir, les bruits s'étaient évanouis, le couleurs avaient disparu. Theodeunwulf, bien qu'inconscient, ressentait quelque part que c'était la fin...


Mais c'est alors que revinrent des sensations, des sentiments, de la vie. Tout ce qu'il pnsait avoir perdu à jamais revint peu à peu, le laissant dans un état étrange, conscient et inconscient à a fois.
Et puis ce fut le bruit de l'eau, des voix qui semblaient s'approcher. Theodeunwulf ne mit pas longtemps à comprendre. Landryt, Gwenyd et... Sighild...
Il ne comprenait pas ce qu'ils disaient, mais il savait qu'ils parlaient, et qu'ils parlaient de lui. Soudain, les voix se turent, et un silence oppressant se fit.
Theodeunwulf ouvrit lentement les yeux, la lumière du soleil matinal était pour lui comme un coup de poignard. Lorsqu'il se fut peu à peu habitué à la lumière, il regarda lentement autour de lui. Un buison, quelques pierres, de l'herbe, Sighild...
Ses yeux s'écarquillèrent, avant qu'il ne les referme un peu, mu par la douleur.

"Sig...hild"

Image.

C'était venu comme ça. La jeune femme avait sursauté et l'avait regardéElle semblait sincèrement inquiète pour lui. Tenir bon... c'est tout ce qu'il avait compris. Il avait levé sa main gauche à grand peine, gémissant et grimaçant de douleur.
Et elle avait pris sa main dans la sienne, et l'avait serrée.
Un immense bonheur le traversa.
Mais son corps s'était réveillé, et la douleur avec. Et elle était si forte qu'il perdit à mouveau connaissance. Et tout devint noir à nouveau...

______________________________________________

Castor, Membre du Second Cercle Vie de Quartier




Dernière édition par Valaraukar le 29/03/2009 à 22:50; édité 2 fois
Revenir en haut de page
Profil
MP
 
Sighild Ealdorhelm
Visiteur

Messages : 9
Message Posté le: 27/03/2009 à 17:02    
Évaluer
Citer
 

Image


Ils n’auraient pas eu le courage de quitter les ruines d’Ost Baranor. Pas avant de s’acquitter d’une dernière mission. Après tout, il était leur frère… et peut-être existait-il un espoir que la Mort l’ait renié, comme on renie un fils indigne… Mais rester là, au bord du précipice, ne leur aurait apporté aucune réponse !

Ils avaient contourné les ruines et les falaises, jusqu’à une bande étroite de sable où ils se délestèrent de leurs affaires… avant de pénétrer l’eau froide et de se lancer dans une épuisante série de brasses, le courant de la rivière s’amusant d’eux comme de vulgaires brins de paille.

Ils le trouvèrent. Malgré tout. Theodeunwulf.

Son corps inerte et ensanglanté avait été rejeté par le courant tumultueux sur les berges sablonneuses. Gwenyd et Landryt s’étaient approchés, Sighild préférant demeurer en retrait, la gorge nouée par une sourde appréhension.

- Quoi ?!
- Quoi ? Il est mort ?
- Mais il est encore vivant, le bougre ! Saleté, va ! Si tu n’étais pas dans un état si lamentable, je te giflerais…


Nerfs à fleur de peau. Eclats de rire où l’angoisse cède le pas à un sincère soulagement. Aussi rapidement que leurs jambes fatiguées le leur permirent, Gwenyd et Landryt remontèrent la pente abrupte de la colline en quête des chevaux. Réticente, Sighild n’avait pas eu d’autre choix que de surveiller le Rohir qui s’agitait et gémissait. Des doigts tremblants qui se tendent et des mains qui s’étreignent, des larmes qui roulent sur un visage exsangue.

- Theodeunwulf… tiens bon !
- Sig… hild…
- Oui. Je suis là. Economise tes forces, tais-toi.
- Le… le ciel. Elles… sont parties sans… moi. Les… étoiles…
- Theodeunwulf… ressaisis-toi. Tiens bon !


L’homme perdit connaissance. Peut-être était-ce préférable ainsi ? Les silhouettes de Gwenyd et Landryt précédant les quatre montures surgirent enfin au sommet de la pente d’herbe et de rocaille.

- Il s’est évanoui.
- Je vois ça. Décidé à ne pas nous aider jusqu’au bout.


Après maintes précautions, entre deux ahans et grommellements, le corps de Theodeunwulf fut bientôt hissé en selle puis fermement ligoté. Puis, alors que le ciel s’empourprait ainsi qu’un champ de fleurs célestes, ils entamèrent le retour au petit galop vers le bourg de Combe où Gwenyd les guida jusqu’à un guérisseur du nom de Sancilion Puyduchar. Sans rentrer dans des détails qui ne concernaient en rien le rebouteux, et détournant quelque peu la réalité, Sighild se contenta d’expliquer la chute malheureuse du Rohir agonisant. Sancilion ne promit rien. La jeune Rohiril perçut la voix de Theodeunwulf qui l’appelait dans son délire. Elle se détourna, tête basse, et quitta l’officine du guérisseur qui s’affairait déjà autour du moribond, sans plus s’occuper d’eux…

-oOo-


Le crépuscule étirait ses étendards de ténèbres. L’esprit embrouillé, silencieuse, Sighild galopait vers la ferme d’Anstacier, suivi par un Landryt tout aussi taciturne. Epuisée, Gwenyd était partie de son côté. Eprouvante journée. Elle avait appris la cruauté des sentiments, la douleur du remords, l’aiguille du repentir… Les relations entre Theodeunwulf et ses compagnons seraient sans doute changées à jamais. D’ailleurs, comment réagirait Eothred, leur capitaine, lorsqu’il apprendrait, parce qu’il l’apprendrait tôt ou tard, l’acte désespéré du Rohir ?

-oOo-


Une voix. Un visage qui se découpe sur la toile scintillante du vaste empyrée. Des paroles qui s’envolent et viennent heurter leur conscience agitée… De murmures en confidences. Des sourires gênés qui se dessinent parfois. Des rires qui fusent dans la quiétude vespérale.

Une insolite évidence. Le premier pas.


-oOo-


Sighild se redressa d’un bond, le cœur affolé et des larmes inondant son visage crispé. Reprenant son souffle, tentant de vider son esprit des visions effroyables de son cauchemar, elle baissa un regard confondu sur les couvertures qui pesaient sur ses jambes, sur les montants du lit, sur la pièce meublée avec simplicité. L’air perdu, elle cligna des paupières. Puis elle se souvint…

La veille, s’étant acquittée de ses tâches à la ferme, Sighild s’était rendue au chevet de Theodeunwulf, accompagné par un Landryt qui ne manifestait pas la même compassion ou la même patience que celle de la jeune femme. Le Rohir blessé était toujours entre les mains du guérisseur Puyduchar. La fièvre et une infection maligne qui avait gagné sa jambe brisée le retenaient prisonnier de l’officine. Aurait-il voulu jouer les fortes têtes, tentant de s’enfuir par quelque fierté mal placée, qu’il n’aurait pu esquisser un mouvement, tant il était affaibli. Et pâle comme un moribond.


Image


Image



Ils avaient parlé. Longuement. Une discussion qui avait troublé Sighild, plus qu’elle ne l’aurait imaginé… ou souhaité. Mais Theodeunwulf, de façon consciente ou non, avait l’art du drame et, ses larmes coulant, ses cris de douleur exhalés par des lèvres blanches, touchaient le cœur de la Rohiril et lui retournaient l’estomac. C’est à la suite d’un étrange tête-à-tête, malgré les réticences de Landryt, que la jeune femme finit par s’enfuir en courant, se ruant sur le premier buisson pour vomir.

‘Sancilion ne m'a rien dit... mais je le lis dans ses yeux... la gangrène a gagné ma jambe... ou une infection... je ne suis pas médecin. Je le vois… il ose à peine croiser mon regard... si ma jambe ne se rétablit pas... je.. je ne passerai pas la nuit...’

Theodeunwulf était resté seul. Landryt n’avait pas permis qu’elle retourne dans l’officine silencieuse où la mort rôdait sûrement, patiente. Il avait emmené la jeune femme blême et anéantie entre des murs plus chaleureux. Chez lui.



Image



Sighild cligna des paupières et chassa les ombres de son esprit en même temps qu’elle éloigna les couvertures pour s’extirper du lit. L’aube pointait et Eogar fulminerait une fois de plus ! Lorsqu’elle émergea de la chambre, elle découvrit Landryt, allongé sur la peau d’ours près de l’âtre désormais sans vie, à part des braises rougeoyantes. La cape dont il s’était drapé le torse dénudé avait glissé… révélant une partie de son dos ainsi que les zébrures d’une multitude de cicatrices. Elle eut un hoquet de frayeur rapidement réprimé puis, le cœur frappant comme un tambour, fit demi-tour pour récupérer une couverture. S’approchant à pas de loup pour ne pas le réveiller, elle le couvrit et se détourna. Un triste sourire sur les lèvres, elle s’en fut.


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
 
    Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer Sujet précédent :: sujet suivant