Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] Au point du jour
 
Isobel
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Message Posté le: 12/03/2009 à 22:51    Sujet du message : [Récit] Au point du jour
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Le soleil se levait enfin. Derrière les collines, l’horizon rougeoyait. Il ferma les yeux un court instant. Il lui avait finalement donné l’anneau, et elle l’avait pris, ronchonnant, comme toujours. Un sourire distrait naquit sur ses lèvres. Elle n’était pas vraiment la femme idéale. Entre son caractère de cochon et son franc-parler de charretière, elle n’avait rien de réellement attirant pour un homme qui cherchait à se marier. C’était probablement pour cela qu’il était tombé amoureux d’elle.
Ils se connaissaient depuis qu’ils étaient gosses. Ils avaient grandi ensemble à Combe, sous le regard attentif de leurs parents. Peut-être à cause du nombre de garçons avec lesquels elle jouait, elle avait fini par devenir une jeune femme forte. Il sourit de nouveau. Ça, oui, elle était forte. Elle était capable de déplacer des montagnes, quand elle voulait faire un effort. Roncenoire n’y avait pas été indifférent. Les femmes au Guet se comptaient sur les doigts d’une main, mais elle, elle avait su faire ses preuves. Elle était robuste. Elle était belle. Il ferma les yeux, de nouveau, pour se mieux se souvenir de son visage, de ses cheveux couleur des blés en été à la ferme de Pierson, de ses yeux couleur de l’herbe au printemps, sur les collines de Champs de Bree. Il vit, derrière ses paupières closes, les fossettes creusées par son sourire franc et joyeux. Il vit ses mains fines, rendues un peu trop calleuses par le maniement de la hallebarde. Il vit son corps, ce corps qu’il avait vu grandir et se façonner peu à peu, pour devenir celui d’une ravissante jeune femme.

À quel moment s’était-il rendu compte qu’il l’aimait ? Il n’en avait pas la moindre idée. Peut-être l’avait-il simplement toujours su. Il redoutait de connaître sa réponse. Un non l’aurait abattu, un oui l’aurait terrifié. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’une femme telle qu’elle pouvait bien espérer. Il n’était pas riche, ne le serait probablement jamais. La Garde Itinérante était sous payée pour le travail qu’elle faisait. Il ne serait quasiment jamais à la maison…
Ah, la maison. Nouveau sourire, accompagné d’un rire qui se tut rapidement, comme incongru dans le silence matinal. Il l’avait bâtie de ses propres mains, pour elle. De la toute première pierre au toit d’ardoises grossières. Il avait fait deux chambres – une pour leurs futurs enfants, bien entendu, et une vaste pièce principale. Elle décorerait le tout comme elle le voudrait. Cette maison était pour elle. Tout était pour elle. Son moindre souffle, ses moindres gestes. Toutes ses paroles, toutes ses pensées, tous ses actes. Tout était toujours pour elle.

Le soleil montait toujours. La journée allait être belle. Il ferait chaud. À Bree, on étendrait le linge, on sortirait dans les rues, à la recherche d’une nouvelle rumeur ou d’un nouveau ragot. Le Guet crèverait de chaud sous son casque. Elle pesterait, comme toujours. Elle passerait sa mauvaise sur humeur sur son partenaire de garde. Aurait-elle à son doigt l’anneau qu’il lui avait offert ? Ah, si seulement… Si seulement il avait pu connaître sa réponse avant de partir. Mais ça n’aurait finalement pas changé grand-chose.
Car il ne reviendrait pas à Bree. Malgré tout l’amour qu’il éprouvait pour elle, il ne reviendrait pas. L’herbe caressait sa peau et le soleil montait devant ses yeux, mais son corps ne parvenait plus à se réchauffer. Il commençait à avoir froid. Il faisait si beau. Les larmes lui montèrent aux yeux. Non, il ne la reverrait pas. Il n’entendrait jamais sa réponse et ne lui montrerait jamais la maison qu’il avait construite pour elle. Ils n’auraient jamais d’enfants. Il ne pourrait jamais lui poser une couronne de fleurs sur la tête, le jour de leur mariage ; il ne la verrait jamais danser dans une belle robe blanche au col de dentelle. Il trembla, non parce qu’il avait froid, mais parce qu’il avait peur.
Les renforts n’étaient pas venus. Il n’y avait guère de survivants. Il n’en faisait pas partie. C’était ainsi. Les larmes qui coulaient sur ses joues n’étaient pas pour la vie qu’il n’aurait jamais, mais pour celle qu’il refusait à la femme qu’il aimait. Il n’entendrait jamais sa réponse. Jamais. Et alors qu’un dernier soupir s’échappait de ses lèvres, un seul mot fut murmuré dans l’air matinal.

« Isobel… »

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Musique : Epilogue - Final Fantasy IV


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