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Hríviel
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Message Posté le: 9/03/2009 à 18:19    Sujet du message : [Récit] Réhabilitation du Relais d'Edoras
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Réhabilitation du Relais d'Edoras

Edoras, 3015-3A



La requête qu'elle avait formulée n'avait trouvé pour toute réponse que la silencieuse réflexion dans laquelle le Roi s'était plongé. Debout au bas des trois marches menant au trône, son conseiller faisait face à cette étrangère. Le silence régnant depuis d'interminables minutes dans la cour du Meduseld lui pesait, mais rien au monde n'aurait pu le décider à interrompre les pensées de son seigneur. Gríma risqua par-dessus son épaule un discret coup d'œil, qui se solda dans une légère grimace. Affaiblie par plusieurs mois de maladie, la pensée du Roi se faisait lente, le silence pourrait bien durer... Faute de mieux, il rongea son frein en portant son attention sur cette femme restée respectueusement à plusieurs mètres du trône. Immuable, elle ne paraissait ne pas avoir bougé d'un iota, ni même cillé une seule fois durant l'attente, offrant à Gríma un contraste déplaisant entre cette contenance et sa propre impatience. Le teint pâle et les traits inexpressifs – du moins à ses yeux – elle avait rivé un regard clair sur le Roi dès son arrivée, et ne l'avait pas détourné un instant, comme indifférente à ce qui l'entourait.
Troublante.
Le mot s'était de lui-même imposé à sa pensée, et il le rejeta aussitôt : la femme lui semblant à la vérité moins troublante que dangereusement captivante. Son arrivée à Edoras en compagnie de deux autres cavaliers avait autant inquiété les gens que décontenancé les gardes, et le fait que son escorte soit clairement composée de deux rohirrim – dont une femme – n'avait guère atténué ce fait, pas plus que son aptitude à parler couramment la langue de la Marche. Au Capitaine de la Garde Royale, elle avait annoncé des noms que Háma n'avait pas reconnu, mais qui furent néanmoins suffisants pour amener le Roi à autoriser l'audience. Gríma retint tant mal que bien un sourire en songeant que – peut-être – son seigneur avait espérer qu'elle serait porteuse d'une aide substantielle, alors qu'au final elle semblait être venue pour demander une faveur.

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« Vous ... », commença lentement le Roi, avant d'être interrompu par une quinte de toux sèche. Celle-ci passée, il reprit d'une voix désormais forte, « Vous parlez de faits qui, s'ils sont véridiques, sont si lointains que leur souvenir est depuis longtemps effacé. »
Le conseiller ne manqua pas de saisir au vol l'occasion d'appuyer les propos de son seigneur.
« Et vous venez, sans plus de réserve que de preuve, femme », ponctua-t'il de sa voix chuintante, « demander que ces terres vous soient cédées ? »

Il se tourna vivement vers le Roi, s'exprimant avec force d'emphase.
« Seigneur, pourquoi devrions-nous donner ce que notre peuple a protégé au prix de son sang ! »
Après avoir eut du mal à cacher la satisfaction que lui apportait la situation alors qu'il se retournait vers elle, son plaisir s'envola rapidement. Là où il avait espéré provoquer un agacement qui aurait pu amener le Roi à écourter l'audience, il n'obtint guère de la part de la femme qu'un regard appuyé et impavide. Leurs yeux restèrent en contact une poignée de secondes qui lui semblèrent étrangement longues, s'écoulant presque douloureusement sous le poids de ce regard et de ces traits sibyllins qu'il ne parvenait définitivement pas à interpréter. Se tournant vers le Roi, la femme le libéra de ce regard lorsque lui-même s'apprêtait à baisser les yeux.
« Théoden Roi », répondit-elle enfin d'un ton serein, « longtemps la bannière Cerf d'Argent n'a plus été portée, et même parmi les Aînés peu en gardent mémoire. Puisses-tu ne pas laisser l'absence de souvenir te troubler. »

Gríma grinça les dents en silence, lorsqu'il réalisa que l'étrangère n'entendait visiblement pas ne serait-ce que rebondir sur l'accusation qu'il avait porté au sujet de l'absence de preuve.
« Théoden Roi », reprit-elle d'un ton égal, sans remarquer – ou soulever – l'agacement du conseiller, « s'il est vrai que je demande une terre où bâtir, ou un édifice, je viens avant tout annoncer et offrir les services des gens du Lond Daer. Qu'un fief ou un bien nous soit - ou non - cédé ne changera rien à cela. »
La femme marqua une pause le temps d'une profonde révérence, avant de reprendre.
« Le ciel s'obscurcit, Théoden Roi. Les Messagers n'ont d'autre dessein que d'aider à réunir les alliés, présents ou d'antan : nul n'est seul face à l'orage qui gronde. »
Ne venant qu'après un moment de réflexion, la réponse ne fut pas porteuse de décision immédiate.
« Je prendrais le temps de la réflexion. Háma ? Escorte dame Aurore aux portes de Meduseld. »
L'interpelé répondit aussitôt d'un « Monseigneur », et s'exécuta. Quant à l'étrangère, elle accueillit la décision en acquiesçant, la ponctuant silencieusement d'une nouvelle révérence. A la vérité, une décision hâtive – à son bénéfice ou non – n'aurait sans doute pas pesé lourd dans son estime...


Une fois à l'extérieur, et après avoir remercié le Capitaine de la Garde, elle alla retrouver son escorte : deux rohirrim qui avaient accepté d'endosser à nouveau les couleurs du Cerf d'Argent, ainsi que leurs aïeux l'avaient fait des siècles plus tôt. La plus jeune des deux, une femme d'armes en cotte de mailles brillantes, qui n'avait probablement pas encore vu ses vingt premiers printemps, s'enquit de l'issue de l'audience.
« L'annonce est faite, quant au reste... », l'émissaire marqua une courte pause, les yeux rivés sur le soleil, un discret sourire naissant aux coins de ses lèvres, « Arien brille de mille feux, le reste importe peu. »
La jeune humaine leva à son tour les yeux vers l'astre, se demandant en quoi la lumière du jour avait un quelconque rapport avec la décision que prendrait le Roi à leur égard. Mais elle n'interrogea pas Aurore. Pour avoir posé d'autres questions similaires au fil des dernières semaines, elle connaissait désormais trop bien la manie de celle-ci ; répondre uniquement d'un peu loquace regard amusé...

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« I Heru envinyatáro feanya, úvan aista ulka. »


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