Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] Après-midi auprès d'un cairn
 
Lihene Balsamine
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Saute-Ruisseau

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Message Posté le: 9/03/2009 à 18:19    Sujet du message : [Récit] Après-midi auprès d'un cairn
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Après-midi auprès d'un cairn
Pays de Bree, Juin 3018-3A




La réputation de la région n'était plus à faire, ayant même réussi l'exploit de percer au travers des frontières hermétiques de la Comté : tous, jusqu'aux Hobbits, savaient que les Galgals étaient hantés. Cette seule notoriété était suffisante pour que les voyageurs arpentant la Route de l'Est prennent soigneusement garde à ne pas franchir par inadvertance les frontières indistinctes des Galgals.
Néanmoins, auprès de certains esprits peu farouches, pareils contes n'avaient guère pour effet que de réveiller la curiosité... Non contente d'être curieuse de tout, la jeune femme était aussi d'une insouciance insensée. Elle avait donc décidé d'aller parcourir ces fameux Hauts, chantonnant et sifflotant tout en laissant ses pas la guider là où le hasard voudrait bien d'elle. Quelques heures plus tard, assise adossée à un cairn, la ménestrelle demeurait pensive, les yeux rivés sur le spectre la dévisageant en silence. Présence brumeuse drapée d'une riche étoffe parée d'or et de bijoux, l'être spectral l'avait surprise en début d'après-midi alors qu'elle avalait quelques baies en guise de déjeuner, et tous deux n'avaient pas bougé depuis. La colère de l'esprit était nette au point de pouvoir être ressentie physiquement, donnant à la ménestrelle des sueurs froides lui arrachant une chair de poule, bien qu'il ne l'ait, pourtant, ni approchée ni attaquée. Puisqu'il ne faisait guère que la toiser, la jeune femme avait tout naturellement tenté de converser avec le spectre ; lui demandant ce qu'avait été son nom ; s'inquiétant de ce qui pouvait le troubler, au point de le maintenir éveillé. Mais ne récoltant en retour que la rudesse d'un silence, elle s'était finalement résolue à vaquer à ses usuelles rêveries, chants folâtres aux lèvres.

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Un frisson la ramena au contact dur de la pierre contre son dos. La nuit tombant, une épaisse brume commençait à se former, portée sur le tertre vert par un vent glacial. Au milieu de cette pénombre, elle entendit une voix indistincte provenant du spectre dont elle ne distinguait plus que deux yeux, froids bien qu'éclairés d'une lueur pâle. Les paupières devenant lourdes à l'écoute de ce chant, la jeune femme les laissa voiler son regard, mais se redressa lentement. Debout, elle inspira profondément l'air nocturne, à plusieurs reprises, jusqu'à ce que ce que celui-ci ne lui semble plus glacial, mais simplement frais. Avec un improbable sourire, la ménestrelle fouilla dans sa besace et en tira une fleur ramassée plus tôt dans la journée ; une banale herbe amère utilisée dans le traitement du cuir, mais néanmoins belle au regard. Main tendue vers l'Ombre, elle lui présenta la fleur en guise de naïve offrande. Un étau de glace enserra son cœur tandis que la voix de l'être du Galgal poursuivait son cours, plus empreinte de rancoeur que précédemment.
« Huun... Jolie pourtant... », lâcha-t'elle enfin, se rasseyant à même le sol après une expiration longue et saccadée.
Refermant les yeux, elle entonna une complainte dédiée au Cardolan. Bien que suivant fidèlement l'air authentique, elle improvisa à sa guise les paroles afin d'obtenir une sérénade ensoleillée et - parfois - sans queue ni tête, s'éloignant à bien des lieux du chant original. Portée par un timbre reflétant le sourire radieux qu'elle affichait, sa voix ne retomba qu'une fois celle du spectre évanouie dans le lointain.
Lihene frissonna alors, et – ouvrant à nouveau les yeux – se frotta vigoureusement les bras pour tenter de se réchauffer. La nuit était encore jeune, retourner en ville pour en profiter était donc encore possible... Puisque la route n'était pas bien loin au nord, elle décida de couper au plus court et se mit à trottiner afin de quitter les lieux au plus tôt.


A une centaine de mètres de là, voilée tant par les brumes des Hauts que par l'obscurité naissante, une silhouette aux formes féminines flatta d'une main l'encolure de sa monture avant de s'éloigner du cairn à son tour.

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« Nous empoisonnons notre vie par des détails. Simplifions, simplifions. »


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