Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] Le Fleuve Vert
 
Anarwë
Rind Nestad
Apothicaire

Messages : 6
Message Posté le: 27/02/2009 à 12:17    Sujet du message : [Récit] Le Fleuve Vert
Évaluer
Citer
 

Le soleil dansait en myriades d’éclats lumineux se mouvant au rythme de l’onde. L’eau avait une vie propre, les courants trahissant leurs luttes par les vaguelettes qu’ils engendraient en se heurtant les uns les autres, ou dans quelque tourbillon éphémère révélé par le tournoiement d’une feuille ou d’une brindille capturée un instant avant d’être relâchée plus loin et de reprendre le cours de son voyage vers la mer.

Au fond, le lit rocailleux du fleuve pouvait être aperçu à travers l’eau claire, entre les herbes aquatiques ondulant au rythme du courant. Les pierres couvertes de mousse étaient picorées par les poissons en quête de nourriture qui aurait pu se cacher dans les interstices. Des petits poissons d’argent filant comme des flèches entre les doigts inquisiteurs, jusqu’aux grosses truites arc-en-ciel aux reflets qui leur donnaient leur nom, le cours d’eau grouillait de vie.

En élevant le regard, les berges vertes s’offraient à la vue. Elles descendaient en pente douce jusqu’à l’eau, couvertes d’herbe haute et grasse et de fins roseaux encore verts. Les touches de couleur des fleurs, comme des coups de pinceau d’un artiste sur une toile, étaient entr’aperçues entre les brins d’herbe frissonnants au gré d’une brise légère.

Des araignées d’eau dessinaient des ridules sur l’onde en se déplaçant par à-coups. Quelques libellules aux couleurs moirées voletaient, d’autres restaient immobiles, posées sur une tige de roseau se balançant au dessus de l’eau. Un bruit de plongeon trahissait la présence d’une grenouille qui s’était tenue dissimulée près de la rive, invisible aux yeux non exercés.

De grands arbres s’accrochaient en rangs serrés sur la berge, laissant pour certains ployer leurs rameaux jusqu’à la surface de l’eau. Leurs branches se rejoignaient parfois même d’une rive à l’autre, formant comme un toit de verdure qui filtrait les rayons lumineux et leur donnait une douce nuance verte.

Image


Le Fleuve Vert. C’est ainsi qu’il avait appelé ce lieu lorsqu’il l’avait découvert quelques mois auparavant. Il savait que ce n’était pas le nom de ce fleuve, que ce soit dans la langue des Eldar ou celle des Edain, mais à cet endroit précis, c’était son nom, son vrai nom.

Il replaça une mèche sombre derrière son oreille. Il était assis depuis longtemps sur cette berge, immobile, ses yeux gris grands ouverts comme pour graver en lui chaque détail de la scène. Son jeune visage était tendu, concentré. Si son immobilité et son regard n’avaient pas trahi sa race, on aurait pu le prendre pour un enfant des Hommes.

A chaque fois qu’il venait ici, il se contentait de s’asseoir, de regarder, d’écouter et de sentir. Ecouter le murmure du vent dans les feuilles, le chant de l’eau sur les cailloux, le bruit d’un poisson venant troubler la surface, le vrombissement léger des ailes des libellules… Sentir la douceur de la brise sur sa joue, la texture de l’herbe sous ses pieds, sous ses mains, l’odeur de verdure, l’odeur de l’eau… Troubler ce sanctuaire par un son ou un geste brusque lui semblait aussi impensable que de commettre un crime.

Au bout d’un temps – quelques instants ou quelques heures, comment savoir en un lieu où l’eau s’écoule plus sûrement que le temps – le jeune Elfe se releva et s’éclipsa aussi silencieusement qu’il était apparu.


Revenir en haut de page
Profil
Tribune
MP
www
 
    Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer Sujet précédent :: sujet suivant