Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] Du commerce et de la séduction
 
Felstaf
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Message Posté le: 21/07/2008 à 11:25    Sujet du message : [Récit] Du commerce et de la séduction
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Les ruines d'Ost Forod trônaient sur la brume venue se lover pendant la nuit dans les vallons cernant le promontoire rocheux. Le soleil, levé depuis peu, entreprenait de se hisser au-dessus de la ligne d'horizon, dardant ses rayons comme autant de lances cherchant à transpercer le brouillard pour le mettre à terre. L'assaut cependant était trop récent pour que les feux de camp s'éteignent.

Dans le campement où l'équilibre se maintenait entre les gredins et les hommes justes, l'activité reprenait lentement tandis que Felstaf pliait soigneusement la missive qu'il venait de rédiger. Il y apposa son sceau représentant une flèche passant au travers d'une pièce trouée et se dirigea vers la sortie orientale des ruines.
Là se trouvait un érudit de l'Association breearde qui avait réussi à arracher quelques poteries à la convoitise des pilleurs de tombes et comptait partir dans la journée pour ramener son maigre butin aux Archives des Erudits. Le membre de l'Association avait accepté de profiter de son retour au pays pour remettre le pli à sa destinataire : la demoiselle Ealwyen de la Caravane des Vents.

Felstaf discuta de choses et d'autres avec son émissaire d'un jour, faisant figure affable mais ne se souciant en réalité guère de la conversation. Il ressassait son dernier passage à Bree qui avait été profitable sur bien des plans.
Le contrat avec la Caravane valait à lui seul satisfaction. Le marchand indépendant s'était enlisé dans les négociations avec les Lossoth qui portaient un regard au mieux méfiant sur les étrangers. Il avait fini par obtenir de guère lasse un accord de chasse sur une portion de territoire, mais avait vite déchanté en réalisant que la portion concernée était aux mains des Gauredain. Son contrat avec la Caravane le sortait de l'impasse avec un arrangement finalement profitable aux deux parties.

Cependant c'était de loin les rencontres qu'il avait faites au cours de ces deux semaines à Bree qui avait été les plus plaisantes.
La jeune et fière Sighild, perdue loin de son Rohan natal qu'elle portait si intensément dans son coeur...et qui s'était prise dans le piège d'un amour d'adolescente. Felstaf porta instinctivement la main à son nez. Il n'avait décidément pas de chance avec les Rohirrim. La scène de jalousie cependant montrait l'attachement de la jeune fille, et il comptait bien tenir sa promesse de venir la voir aux Champs des Chevaux. Un amour de jeunesse était tendre autant que précieux, et Felstaf comptait bien le voir doucement éclore entre ses mains.
Il y avait aussi eu cette voyageuse trouble et farouche, qui lui avait tenu tête et qui pourtant l'avait suivi quand il l'avait entraînée sans rien lui dire. Elle préférait l'autorité et l'assurance d'un homme allant droit au but que les attentions et belles paroles d'un courtisan faisant assaut de romantisme. Leurs rencontres étaient plus des affrontements que des discussions.

Et puis il y avait eu les Caravanières. Avec Shyrel Sombreciel le jeu avait commencé au premier regard alors qu'elle le suivait et qu'il l'avait vivement saisie par le bras au détour d'une ruelle. Elle se souvenait de leur première rencontre, où Felstaf n'avait guère été à son avantage. La partie de séduction avait commencé d'emblée entre ces deux personnages au caractère joueur, flirtant avec les interdits et les dangers, provoquant l'autre pour voir jusqu'où la partie pouvait aller. L'un comme l'autre savait qu'il n'y avait rien à espérer ni à attendre, et que leur jeu n'était qu'un amusement par rapport à leurs objectifs véritables. C'est paradoxalement cette absence d'illusion qui avait instauré une confiance réciproque, au coeur même de la manipulation.
Avec la demoiselle Ealwyen Felstaf s'était aventuré sur un terrain qu'il ne maîtrisait pas. Elle était son exact contraire. Elle l'avait pris au dépourvu, et l'espace d'un instant il avait entr'aperçu tout ce qu'une seule femme pouvait lui apporter alors qu'il avait pour habitude de picorer chez chacune. Plus encore que de le prendre au dépourvu, elle l'avait troublé...

Festaf soupira. Il devait remonter au nord pour les derniers préparatifs concernant l'expédition au Forochel convenue avec la Caravane. Il lui tardait de régler cette affaire, de revoir Shyrel et Ealwyen et, dans la foulée, de revenir au Pays de Bree.


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Message Posté le: 27/07/2008 à 14:01    
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Felstaf tournait en rond dans la yourte aux épaisses parois qui tremblait sous les violents assauts du vent mais n'empêchait pas le froid de venir se glisser à l'intérieur, à peine intimidé par un feu crépitant avec difficulté. Les Lossoth pourtant s'y entendaient en montage de tente, mais il avait fallu dresser celle-là à toute vitesse dans un endroit peu propice.

La tempête s'était abattue sans prévenir, surprenant même la matrone lossoth qui menait le petit groupe et qui connaissait bien les sautes d'humeur du climat de son pays.
Elle n'avait pas manqué de pester contre la vindicte du temps, faisant remarquer que depuis quelques temps le froid se faisait plus mordant, le blizzard plus dense, le vent plus violent et les tempêtes plus fréquentes. Des constatations qui allaient de paire avec l'arrivée massive d'étrangers venus du sud et venant piller leurs richesses.
Ce lien de cause à effet était conforté par une légende bien ancrée au Forochel, légende faisant mention d'un roi venu du sud il y a bien longtemps et qui était resté quelques années avant de disparaître en mer. De violentes tempêtes imprévisibles étaient arrivées et avaient disparu avec lui.

Felstaf se moquait des commérages de sa vieille guide mais se gardait bien de le montrer. Il enrageait d'être ainsi retenu et de perdre plusieurs jours dans la tourmente. Il perdait de l'argent, et estimait déjà qu'il lui faudrait repousser d'une semaine l'expédition prévue avec la Caravane pour enfin rentabiliser ce droit de chasse.
Il pensait aussi aux nombreuses promesses et au jeu de séduction qu'il avait tenus à Bree. Comme en chaque chose il avait témoigné d'un appétit féroce, sans chercher aux conséquences, et risquait de se retrouver à son retour en situation délicate. Ce qui le perturbait le plus cependant était son envie qui s'orientait de plus en plus vers un seul visage alors qu'il avait pour habitude de se complaire à butiner.

"Raaaah !"
Le marchand donna un violent coup de pied à une motte de neige qui n'avait pas encore durci. La matrone lossoth acquiesça, pensant sans doute que Felstaf exprimait physiquement son accord aux récriminations contre les hommes du sud. Les deux chasseurs également coincés sous la tente de fortune interrompirent à peine quelques secondes leur conversation, le temps de jeter un bref coup d'oeil au marchand à la peau mate.


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Message Posté le: 26/08/2008 à 15:52    
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"Il est bien sûr de lui."
Ces propos tenus quelques heures plus tôt par Ealwyen alors qu'elle prenait connaissance d'une missive auraient pu dénoter de l'agacement s'ils n'avaient été accompagnés d'un sourire. La jeune femme était restée ensuite silencieuse, rêvassant devant sa table de cartographe. Délaissant son labeur, la Caravanière donnait libre cours à ses pensées tout en jetant un regard distrait sur le paysage s'étendant au-delà de la fenêtre ouverte. Elle abandonna finalement son office pour gagner sa chambre et y resta une bonne partie de l'après-midi. Seuls s'échappèrent de la pièce les bruits de placards ne cessant de s'ouvrir et de se fermer, la voix étouffée d'Ealwyen et le son de ses pas virevoltant en de nombreux va-et-vient.

L'après-midi était bien avancée quand Egan se présenta au comptoir, descendant prestement de sa monture et entrant comme s'il était un habitué de longue date. Il ne manqua pas d'adresser un sourire narquois à Neamund qui le regardait d'un air sombre et un clin d'oeil facétieux à Meleneth qui l'observait avec suspicion. Ceci fait, il complimenta encore Géode pour l'excellent repas qu'elle avait préparé au Forochel, félicita Dracya sur sa conduite de traineaux et le fait qu'entre ses doigts tout semblait filer droit, puis laissa glisser sa main sur Shyrel en lui murmurant quelques mots à l'oreille. Il s'adressa ensuite à l'assemblée présente avec assurance et grand sourire :
"Chers Caravaniers, je suis venu enlever votre officier et cartographe. Rassurez-vous, pas de force...d'ailleurs, la voilà qui est prête !"
Ealwyen venait en effet d'apparaître munie d'un sac de voyage en haut de l'escalier, entreprenant de descendre les marches sans laisser paraître ce qu'elle pensait du spectacle dans lequel Egan s'amusait à évoluer dès qu'il se trouvait en public. Les Caravaniers eurent à peine le temps d'encaisser l'annonce que déjà les deux voyageurs franchissaient l'entrée du comptoir, Egan ne pouvant s'empêcher de rajouter une réplique au passage :
"Pas d'inquiétude, je vous la ramène entière d'ici une semaine ou deux. Si Clothild revient entre temps, transmettez-lui mes amitiés !"


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Message Posté le: 26/08/2008 à 15:54    
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Felstaf porta la main à son coeur. Est-il possible d'être foudroyé deux fois ?

Sa vision se troubla, et les souvenirs se mirent à divaguer aux confins de sa pensée. Il revoyait les mines offusquées, furibondes ou amusées des Caravaniers tandis qu'il était venu enlever Ealwyen dans un coup d'éclat. Il repensa à tous ces gens qui moquaient sa prétention ou enviaient son assurance. Juste la jalousie de ceux qui n'osaient ni ne tentaient rien quand lui suivait ses instincts et ses envies.
Combien de fois avait-il couru à sa perte pour avoir vécu avec plus de passion que de discernement ? Peu importe : tous les échecs restaient dans l'ombre des succès éclatants que lui avaient octroyés son bagout et son culot. Ainsi en était-il allé avec Ealwyen.

Les souvenirs continuèrent à tourbillonner, s'arrêtant au hasard sur le premier dîner niché sur un rocher au milieu du Brandevin, sur l'étreinte partagée au sommet de la cascade, sur la dispute à l'extérieur de l'auberge de Combe, sur la négociation concernant le commerce des peaux, sur ce premier pas chassé de séduction dans les ruelles de Bree à la nuit tombée...et sur cette semaine hors du temps.
Eryn Vorn aurait dû être la destination de ce périple, mais ils s'étaient perdus en route à trop se regarder, se sourire, se parler, se séduire...c'est à peine s'ils avaient accompli la moitié du trajet, venant s'échouer non loin des rives du Baranduin qu'ils longeaient.

" - Je croyais que nous allions quelque part ?
- Juste l'un vers l'autre."
Elle avait rit. Séduction des mots, effleurement des mains...la cour se poursuivait. Ealwyen se laissait mener par les facéties de Felstaf, se fiant à lui sans jamais s'éloigner de la voie qu'elle avait décidé de suivre. Peut-être avait-il changé finalement tant il paraissait tout entier tourné vers elle et désireux de lui plaire. Le temps s'était arrêté une semaine.

Felstaf plissa les yeux, sa vue se troublant un peu plus. Il ne ressentait plus rien du présent, ses sens occupés à faire revivre les émotions des jours passés. Le son d'une voix et d'un rire de femme qui allait et venait dans sa tête comme un ressac envoûtant, le goût sucré de ses lèvres, le léger parfum qui le grisait tandis qu'il se penchait sur son cou, le regard vibrant qu'elle posait sur lui tandis qu'il la contemplait...
C'est un cri qui le ramena à la réalité. Toujours cette vue qui se troublait de plus en plus, toujours cette douleur lancinante qui lui vrillait le coeur tandis que ses autres sens semblaient endormis. Etait-ce son nom qu'il avait entendu ?

Il lui sembla glisser, prêt à tomber. Une main le retint et un murmure affolé glissa jusqu'à ses oreilles : "le danger est au loin, les lumières sont devant. Tenez encore un peu."


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Message Posté le: 14/10/2008 à 22:15    
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Au sommet des ruines Felstaf ferma les yeux et étendit les bras, écartant les doigts tandis qu'il inspirait longuement. Il retint sa respiration jusqu'à trembler puis expira lentement. Son souffle se mêla au léger vent venant du nord et plongeant en contrebas. Des brins d'herbe aux fleurs des prés, de la ramée des bois au feuillage des arbres solitaires... Une plaine entière s'inclinait devant l'homme à la peau mate. Bien que le spectacle s'offrit à lui le marchand garda les yeux fermés.

Derrière lui attendaient des caisses marquées de son emblème : flèche perçant une pièce d'or trouée. Les affaires marchaient bien en ce moment. La vente de ses produits lors des Cotonnades lui avait apporté un bénéfice substantiel en plus d'une joute des plus plaisantes avec Clothild sous les yeux d'Ealwyen.
Le sourire narquois que Felstaf esquissa n'avait pourtant rien à voir avec ses récents et fructueux coups commerciaux. Il avait d'autres affaires en cours qui ne concernaient pas l'argent et qui se portaient tout aussi bien.

Le sourire de l'homme grandit et ses doigts se mirent à osciller, bientôt suivis par ses poignets. Ses mains jouant avec le vent en des caresses invisibles, Felstaf alla puiser dans sa mémoire pour faire revenir des souvenirs récents qui vinrent se projeter sur la paroi de ses paupières closes.

Des mains glissant sur une peau frémissante, des lèvres qui se cherchent et s'entremêlent, des doigts qui courent et d'autres qui s'agrippent, des cheveux qui retombent, une nuque qui s'offre, des attaches libérées et le froissements du tissu qui tombe au sol, des cœurs qui s'emballent, des souffles qui se cherchent. Et le contact dur et froid de la pierre.
"Prête ?"
C'était ici, c'était il y a peu. Le ciel pour témoin et le soleil déclinant laissant bientôt la place à une lune ronde et pleine accompagnée de son cortège d'étoiles. La nuit s'était étirée au rythme de la passion unissant les deux amants. Ils avaient fini par céder et leurs vêtements épars étaient restés les témoins impuissants de leur chute tandis que de fougueuse leur étreinte se faisait douce puis endormie.


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Des doigts s'attardant sur le discret tracé d'une cicatrice, un bras soutenant une jambe, des caresses venant épouser galbes et courbes, des mouvements longs et continus, des yeux s'ouvrant le temps d'un regard profond, des mouvements vifs et énergiques, des yeux se fermant le temps d'un gémissement qui s'échappe. Des soupirs et des sourires qui se suivent, qui s'emmêlent. Des murmures qui s'étiolent.
C'était ici, c'était il y a peu. Des lueurs dans la voûte céleste et d'autres dans les regards. Un simple dîner obtenu par clause dans la négociation d'un contrat. Juste un jeu et des paroles échangées sur un rocher environné du clapotis de la rivière. Une lettre qui aurait dû tout arrêter en posant des limites qui ne pouvaient qu'être franchies. Les limites pourtant avaient été acceptées, la fougue canalisée. Le jeu était devenu séduction.


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Felstaf inspira de nouveau longuement, retenant sa respiration jusqu'à trembler, puis ouvra brusquement les yeux et poussa un cri tonitruant et interminable. Vivre avec passion, toujours, plonger à corps perdu, ne jamais penser aux conséquences, bouger, se ruer même, enrager, hurler, rire, prendre des risques, agir avec panache, perdre parfois, se relever, foncer, oser, avoir peur et l'oublier, respirer, vivre, vivre, vivre... Et aimer. Sans pudeur, sans limites, sans retenue. Tout donner, prendre tout ce qui est offert, surprendre, amuser, intriguer, épuiser, désirer et le montrer. Plonger avec délice et intensité. Le marchand porta son regard en direction de Bree, trop loin pour apercevoir la ville.

Des caresses qui sont tantôt de fines et improbables arabesques tracées du bout des doigts tantôt d'amples mouvements de la paume. Des mains qui divaguent et qui s'entrecroisent. Des lèvres qui se cherchent, qui s'égarent, qui se retrouvent, qui se délaissent mais qui jamais ne s'arrêtent. La moiteur qui s'étend sur la peau, un rythme qui s'accélère et s'amplifie, des corps qui plongent et se retrouvent, des mouvements qui s'harmonisent, des sourires qui se dessinent, des regards qui se perdent tandis que les yeux se ferment et les bouches s'ouvrent. Des têtes qui basculent en arrière et des étaux qui se resserrent.
C'était là-bas, c'était il y a peu. Une promenade dans le jardin des projets et entre les murs de l'avenir. Des inquiétudes au sujet d'une rambarde qui ne les avait pas empêchés de sombrer un peu plus tard dans d'autres abîmes. Une cascade et des dents de loup, entre fierté et amusement. Peut-être, un jour, arriveraient-ils jusqu'au lit.


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Felstaf ouvrit les yeux et ricana. Il jouait un jeu suave et plaisant mais dangereux. Les Caravanières se méfiaient de lui, Clothild la première et Ealwyen guère en reste. Troublées par le jeu qu'il produisait pour diverses raisons elles se demandaient ce qu'il cherchait et le laissaient placer ses pions. Il aurait pu cueillir Shyrel : leurs pas s'étaient accordés instinctivement et elle s'était blottie contre lui les yeux fermés quand bien même il la maintenait près du précipice. Shyrel était une femme à son goût : vibrante, passionnée, fougueuse mais trop sentimentale. Felstaf avait préféré amener Ealwyen dans sa couche. Non pas qu'il l'aimât plus : le caractère de celle-ci lui convenait moins que le tempérament de celle-là. Mais il voulait voir jusqu'où il pouvait l'emmener. Joueur, toujours.
Il avait joué avec Clothild tandis qu'elle essayait de le spolier alors qu'il avait pris toutes les précautions pour que l'argent des Cotonnades lui soit restitué. Il l'avait laissée s'engluer dans sa mauvaise foi avant de changer de ton. L'intendante de la Caravane y avait gagné des bleus aux poignets et perdu un baiser pris de force et une reconnaissance de dettes aux conditions iniques.

Il avait joué avec Shyrel en se présentant dans tous les domaines sous des dehors avenants et prévoyants tout en glissant des allusions visant à susciter la discorde entre la conseillère de Gedh et Clothild. La chose n'était pas aisée en plus d'être osée : le double-jeu avec des femmes, qui plus est marchandes, n'était pas simple à tenir.
Il avait joué avec Ealwyen surtout. Felstaf menait en sa présence une partition parfaite d'amant pétri de bons sentiments et d'attentions. Projets, promesses, présents, mots doux... Tout y passait. Ealwyen n'était pas dupe et elle ne manquait pas de le rabrouer et de le tester, de lui montrer ses hésitations et sa suspicion. Mais Felstaf était habile et il avait évité jusqu'à aujourd'hui tous les pièges : à chaque fois qu'ils se voyaient, quel que soit le ton de la discussion, elle finissait par l'accueillir en elle.

Felstaf ricana de plus belle et referma les yeux. Il était resté sage jusqu'à présent : seul le fatras tombé à terre de la table trônant dans l'entrée du comptoir de Brombourg avait témoigné un matin de leurs étreintes. Ealwyen avait oublié de le remettre en place et Felstaf s'était gardé de le faire. Le marchand indépendant se demandait jusqu'où la Caravanière accepterait de le suivre. S'il la perdait en route, qu'importe, il avait déjà semé la première graine de son plan.


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Au sommet des ruines Felstaf ferma les yeux et étendit les bras, écartant les doigts tandis qu'il inspirait longuement. Il retint sa respiration jusqu'à trembler puis expira lentement. Son souffle se mêla au léger vent venant du nord et plongeant en contrebas. Des brins d'herbe aux fleurs des prés, de la ramée des bois au feuillage des arbres solitaires... Une plaine entière s'inclinait devant l'homme à la peau mate. Bien que le spectacle s'offrit à lui le marchand garda les yeux fermés.
Ce soir il humerait une nouvelle fois le parfum d'Ealwyen, goûterait sa peau, jouerait avec les mèches de ses cheveux, jetterait ses vêtements au loin, embrasserait chaque partie du corps débarrassée de son carcan de tissu, plongerait à l'intérieur de ses cuisses. Ce soir encore les mots s'effaceraient devant les caresses, les caresses devant les gémissements accompagnant l'étreinte qui les laisserait tous deux exsangues. Ce soir encore ils n'atteindraient pas le lit.

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[HRP crédits
- musique : Nakagawa Rou - Ninpou Okami Ran (Basilisk O.S.T.)
- images : SDAO]


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Message Posté le: 19/03/2009 à 18:19    
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Un visage figé dans une grimace fixant tout autant une expression de douleur qu'un air moqueur. Les traits s'étaient estompés, passage du temps ou de trop de caresses, mais restaient discernables tandis que nulle ride, nulle imperfection ne venait parcheminer la peau.
Une surface lisse et polie portant jadis des inscriptions dont l'existence n'était à présent révélée que par quelques reliefs émoussés retenant à peine l'attention de l'épiderme d'un doigt glissant dessus. Une surface qui n'avait plus rien à dire et pourtant bien des choses à raconter.
Visage, surface. Surface, visage. Les deux alternaient, arborant la même teinte sans doute brillante à une époque mais aujourd'hui juste jaunie et terne. Par intermittence s'intercalait dans cette rapide alternance la façade d'un bâtiment portant l'enseigne de la Corporation marchande de Thorond.

Felstaf rattrapa la pièce et la lança une nouvelle fois, machinalement. Il s'était vu interdire provisoirement l'accès aux marchés de Lamenuir mais la chance continuait de lui sourire : deux affaires prometteuses s'étaient présentées à lui et l'une d'entre elles avait pris les courbes et le visage de la superbe Celairil.
Que s'est-il passé à Minas Tirith ?
Le négociant indépendant se retrouvait en possession d'un document laissant apparaître le patriarche Thorond avec un tempérament plus proche de celui du fourbe Egan que de l'honnête Calanthir. Vendre sa petite fille – car c'était bien de cela qu'il s'agissait – pour ensuite récupérer la fortune d'un riche armateur en utilisant la voie de l'assassinat... Felstaf esquissa un rictus narquois. Il devinait plus qu'il ne savait ce qui s'était passé à Minas Tirith. Un stratagème tellement proche des siens que l'évidence s'était immédiatement insinuée dans son esprit à la découverte du parchemin.

Felstaf rattrapa la pièce et la lança une nouvelle fois, machinalement. Il avait le parchemin. Il avait Celairil. Il comptait bien profiter du premier pour ses finances et de la seconde pour son plaisir. La Gondoréenne, amnésique, ne pouvait savoir où se situait son père sur l'échiquier. Felstaf quant à lui imaginait mal le noble Calanthir tremper dans un tel coup tordu ni même simplement être au courant : peu de chose à craindre d'un père sincèrement inquiet du sort de sa fille. Thorond en revanche risquait de proposer un défi autrement plus dangereux : le patriarche ne se laisserait pas impressionner par un simple chantage et disposait forcément de moyens plus nombreux et tout aussi sournois que ceux d'Egan.
Vous... vous assurerez de sa bonne foi... ? En quelque sorte ?
Pauvre Celairil. Felstaf avait presque de la peine à la voir comme ça. Celle qui était partie pour Minas Tirith était d'une autre trempe. Fière, libre, provocante, farouche. Il ne restait pas grand chose de tout cela, à peine une lueur intermittente dans son regard. Elle y avait perdu de sa saveur mais restait toujours aussi belle.

Felstaf rattrapa la pièce et la lança une nouvelle fois, machinalement. Mettant un instant ses plans de côté il laissa dériver ses souvenirs vers la Celairil qui s'était offerte à lui dans des étreintes presque furieuses tant elles étaient fougueuses. La lueur dans ses yeux confinait alors plus à la folie qu'à la passion et la jeune femme était si avide que son appétit dépassait même celui d'Egan. Il se rappela la tête renversée, la main remontant le long des cuisses, les vêtements arrachés dans un rire à la fois offusqué et ravi, les paroles acérées et les regards impérieux. Entre fureur et voracité ils s'étaient trouvés.

Felstaf rattrapa la pièce et la rangea dans sa poche. Il fixa la porte d'entrée de la halle et afficha un sourire narquois. Fini de jouer.


[HRP crédits
- les événements de Minas Tirith auxquels fait allusion ce texte se rapportent au Cycle du Gondor de Celairil (et en particulier ce passage où apparaît le parchemin que possède à présent Egan)
- la même histoire vue par Celairil se trouve dans le Cycle d'Eriador.
- musique : Eric Serra / Feel the Breath (Léon O.S.T.)]


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