Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] La Complainte de Nîn-in-Eilph
 
Eren de Baranduin
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Message Posté le: 3/02/2009 à 15:29    Sujet du message : [Récit] La Complainte de Nîn-in-Eilph
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Eren de Baranduin, Eregion, 3014 3A.


La douce voix de Lindel faisait vibrer les coeurs de son auditoire, et les flammes du feu autour duquel il était rassemblé semblaient danser au son du chant de l'Elfe. Les pèlerins étaient confortablement assis sur un tapis d'herbes hautes, et si quelques uns, les plus fourbus par la longue marche de la journée, dormaient déjà, les autres écoutaient avec attention et plaisir le poème de la Sinda.

L'Elfe avait entonné le Conte du Noire Epée tel qu'on appelait Tùrin Turambar et à mesure que le poème avançait, on découvrait le fils d'Hùrin le Maudit et ses pérégrinations en Dor-lómin après la Chute de Nargothrond.

Moreressë et son petit fils Daerandhir écoutaient attentivement le conte de Lindel, notant des différences évidentes avec le Conte des Enfants de Hùrin qu'ils connaissaient. Galadas Eleredh, lui, connaissait bien le Conte du Noire Epée que chantait Lindel. Il l'avait maintes fois entendu en Vertbois-le-Grand lorsqu'il était plus jeune et se désolait sans cesse du destin gâché de Tùrin et des siens.

Alors que dans la bouche de Lindel, le poème avançait, les ténèbres autour des voyageurs s'épaississaient et la lune fut bientôt couverte de nuages obscurs. Le feu de camp illuminait toujours les pèlerins mais sa flamme semblait avoir perdu de sa chaleur, et les elfes se blotissaient les uns contre les autres au plus profond de la nuit.

A quelques dizaines de mètre de là, Eren de Baranduin veillait. Lui et d'autres Rôdeurs, ainsi que des Elfes archers guidé par le Nando Aedhras Celevon, montaient la garde aux environs. La plupart des Hommes étaient venus d'Esteldin, la Cité Cachée des Rôdeurs du Nord, ayant fait serment de protéger le pèlerinage elfique vers le lac secret de Merethlin. En effet, depuis plusieurs années, les Rôdeurs avaient constaté des mouvements orques en Eregion et craignant que le pacifique pèlerinage ne tombe entre leurs griffes, Aragorn avait ordonné aux siens d'accompagner les Elfes vers le lac de Merethlin, renforçant les rangs des peu nombreuses sentinelles Sindar habituées à ce voyage.

Réprimant avec peine un baillement de fatigue, le vieux Dûradan s'approcha d'Eren et lâcha : " L'aube vient, Baranduin. Va, prends ton tour et repose-toi. Une longue marche nous attend dès que le soleil sera levé. " Le jeune homme observa la nuit noire que les premiers rayons de l'astre solaire ne parvenaient à percer, cachés par la colline qui surplombait le camp elfique. " Avez-vous vu Elensar, Dûradan ? " demanda Eren en se levant. Le vieil homme secoua la tête et haussa les épaules : " Encore à traîner dans les environs, le connaissant " répondit-il. " Je crois qu'un jour, l'un de ses elfes finira par lui trouer la peau s'il ne prend pas garde. Il les inquiète, à rôder ainsi, et il pourrait bien être confondu avec un chevreuil et terminer à la broche un soir prochain... " Le vieux Dûradan partit d'une quinte de toux, ce qui se rapprochait le plus, chez lui, du rire, et continua sa ronde vers les marais.


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Message Posté le: 17/03/2009 à 20:20    
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Lindel chantait, et sa voix mélodieuse, aux accents mélancoliques, s’élevait vers le trône étoilé de Varda. Les notes cristallines, poignantes, s’envolaient, virevoltaient autour des spectateurs émerveillés et conquis, titillant leur ouïe ou leur mémoire… pour ceux qui, parmi les Elfes et les rares humains présents, connaissaient l’épilogue tragique de l’histoire de Tùrin…

Moreressë tourna le masque impassible de son pâle visage vers son petit-fils qui, immobile sur une petite butte surplombant les eaux luminescentes de l’étang, considérait les pèlerins rassemblés autour de feux de camp discrets. La longue et mince silhouette de Daerandhir, vêtue d’une tunique ivoirine, se découpait sur la toile nocturne et étincelante du vaste empyrée. Un voyageur égaré aurait pu le confondre avec une statue de marbre, si ce n’était l’éclat incisif de son regard étréci. Etrange et paisible nuit où la Veilleuse, emmitouflée dans ses atours de ténèbres soyeuses, allumait des feux d’argent sur les berges brumeuses et silencieuses… Silencieuses.

Le chant de Lindel s’était tu…

Moreressë perçut la sourde tension puis l’inquiétude émaner en ondes erratiques autour du corps figé de son petit-fils. La sensation fut si puissante que sa gorge se serra et que son cœur se figea, comme frappé par une dague de glace…

Bien avant de distinguer les vagues d’ombres piquetées d’éclats d’acier sur les pentes des collines, telles des écumes de mort.
Bien avant d’entendre les cris gutturaux et les vociférations guerrières.

Le chant de Lindel s’était tu…


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