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Istiriel
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Message Posté le: 14/12/2008 à 15:03    Sujet du message : [Récit] Conte de la Lune Ambrée
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NOTE du COMPILATEUR : ce conte est tiré d'un recueil diffusé au Gondor au cours du troisième ou quatrième siècle du Quatrième Age. Il reprend une légende plus ancienne aux origines incertaines, mais qui semble s'être inspirée d'une Elfe ayant réellement existé.


Il était une fois une importante forêt située loin au nord. Passées les frontières du Pays des Pierres, il fallait remonter le cours du grand fleuve pendant plusieurs semaines pour la rejoindre. La forêt se nommait Vert-Bois-le-Grand et accueillait en son sein un royaume peuplé d'Elfes et gouverné par le roi Thranduill.
Les sujets de ce dernier aimaient tout autant préparer qu'assister à des festivités où les chants et la musique occupaient une bonne place. Il n'était donc pas rare d'entendre sous la frondaison des arbres des mélodies tantôt douces tantôt entraînantes. Du détail de ces fêtes cependant nous ne savons pas grand chose, car les Elfes avaient alors déjà commencé à rester loin de notre perception.
Il arrivait parfois que les notes et les chants parviennent jusqu'aux oreilles d'un Humain égaré... Mais elles se dérobaient sans cesse chaque fois qu'il essayait de trouver leur source. Si bien qu'il ne distinguait de ces aubades elfiques que les fugitives lumières qui semblaient s'éloigner au fur et à mesure qu'il avançait.

Hors donc il se murmurait que le royaume de Thranduill regorgeait de joyaux, mais de joyaux à la manière des Elfes de la forêt qui faisaient peu de cas des bijoux et artefacts chers à bien d'autres races. Et parmi tous ces trésors, deux parmi les plus enchanteurs appartenaient à une Elfe nommée Istiriel.

Elle était jeune pour son peuple, même si ses parents avaient déjà vu passer un Age. Car les Elfes ne craignent pas le temps qui passe et ils choisissent une période de paix et de confiance pour donner naissance à leurs enfants et les élever. Les parents d'Istiriel avaient échangé leurs anneaux d'or à une époque où la Terre du Milieu était en trouble et c'est pourquoi ils préférèrent laisser passer les siècles plutôt que de donner la vie en une époque incertaine.
Les temps de troubles durèrent bien longtemps. Puis il y eut une grande bataille, la dernière qui vit combattre côte à côte Elfes et Humains. Le père d'Istiriel y participa ainsi que beaucoup de rois et héros de ce temps. Plusieurs d'entre eux connurent un destin funeste à l'image d'Oropher, le père de Thranduill et roi de Vert-Bois-le-Grand. Mais la victoire fut acquise et la Terre du Milieu retrouva la paix pour une longue période.

Ainsi donc Istiriel naquit en cette période. Elle était issue des Nandor, une race d'Elfes joviale et insouciante qui aimait la forêt et les arts, en particulier le chant. Elle partageait avec les siens légèreté et joie de vivre mais possédait en plus un caractère tout entier tourné vers les longues études solitaires. Ce n'était pas tant qu'elle était avide de connaissances, simplement elle était fascinée par les histoires de temps devenus anciens même pour les Elfes. Déjà petite elle pouvait rester des nuits entières à écouter les conteurs et ce trait s'était développé lorsque, devenue adulte, elle fréquentait avec assiduité les bibliothèques du Palais de Thranduill.

Cependant il a été dit qu'elle possédait deux trésors et ceux-là n'étaient pas liés à son érudition même si, pour elle, son bien le plus précieux résidait là.
Istiriel disposait d'une longue chevelure à nulle autre pareille, qu'elle tenait la plupart du temps assemblée en un chignon sophistiqué tranchant avec les habitudes insouciantes des Nandor. Il se murmurait qu'il n'y avait pas de plus beau spectacle que celui de ses longs cheveux châtains qui, quand elle dénouait son chignon, tombaient en une cascade qui prenait tantôt les teintes rousses de l'automne tantôt les tons jaunes éclatants de l'été. Il se disait que le vent joueur se levait toujours dans l'espoir de venir se perdre dans les magnifiques et longues mèches de la jeune elfe.
L'autre trésor détenu par Istiriel venait de son don inné pour la danse. A l'instar de son peuple elle aimait les festivités et si ses journées étaient dévolues aux livres, ses soirées étaient consacrées aux nombreuses fêtes de Vert-Bois-le-Grand. Elle prenait plaisir à écouter les histoires, à se laisser bercer ou entraîner par la musique et les chants, à rester émerveillée devant les numéros des jongleurs. Puis venait le moment où elle se levait et avançait pieds nus sur l'herbe. Tout cessait alors, dans l'attente de son premier pas de danse.




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Message Posté le: 14/12/2008 à 15:03    
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La danse d'Istiriel n'avait rien de commun. Elle était chaque fois différente et chaque fois aboutie comme si l'elfe avait passé des semaines entières à en peaufiner et répéter la chorégraphie. Pourtant il n'en était rien : au moment où la Nando s'avançait sur l'herbe, elle n'avait pas la moindre idée de la danse qu'elle allait proposer. Elle n'en ressentait aucune hésitation ou inquiétude. Certains disaient qu'elle perdait conscience et que son esprit brûlait tant que son corps abandonnait toute existence propre et que c'est la volonté pure qui virevoltait au coeur des bois.
Les musiciens saisissaient alors leurs instruments et les notes venaient s'accorder aux pas car le flamboiement de l'esprit était tel qu'il n'inspirait pas seulement Istiriel mais la musique elle-même. Ceux qui assistaient silencieux à ce spectacle prétendaient après avoir entr'aperçu la musique du monde. L'Elfe dansait longtemps et jamais elle ne montrait de signes de faiblesse. Puis soudain elle s'effondrait en riant, heureuse et épuisée. Tous les jeunes gens se précipitaient alors et c'était au premier qui la rejoindrait, la soulèverait du sol et viendrait la déposer dans un lit de verdure.

Car l'esprit d'Istiriel avait tant brûlé, et avec tellement d'intensité, qu'il laissait un corps exsangue et la jeune femme ne tardait pas à sombrer dans une transe au repos réparateur. L'usage voulait qu'elle soit veillée par celui qui l'avait déposée dans le lit d'herbe jusqu'à ce qu'elle quitte sa transe. Il pouvait ensuite l'accompagner toute la journée suivante. C'était un privilège recherché car Istiriel était le reste du temps absorbée par l'étude des livres et renvoyait les nombreux prétendants venus la solliciter.
L'Elfe ne pouvait guère aller en paix, car quiconque assistait à une de ses danses voyait son coeur pris à moins qu'il ne le soit déjà. Istiriel était affable et joyeuse : elle ne renvoyait pas méchamment ceux qui lui faisait la cour, les gratifiant d'un mot gentil ou d'un sourire, et ainsi jamais ils ne désespéraient et revenaient toujours. Aussi, pour gagner un peu de tranquillité, elle déclara un jour avec désinvolture que quiconque discernerait le moment où elle faiblissait pour venir la rattraper avant qu'elle ne tombe au sol à la fin de sa danse, celui-là gagnerait son coeur.

L'annonce ne tarda pas à faire le tour de tout le royaume et les festivités qui rassemblaient déjà beaucoup de monde connurent un plus grand succès encore : chacun voulait soit tenter sa chance, soit assister au moment où quelqu'un viendrait à prendre le coeur de la belle. Mais il en était ainsi que personne ne discernait l'épuisement annonciateur de la fin de la danse. Tous guettaient les muscles qui se relâchent, ou la respiration qui se fait irrégulière, ou de discrètes gouttes de sueur... Et tous se trompaient. Car si le corps s'épuisait, c'est l'esprit qui brûlait plus encore et c'est lui qu'il fallait distinguer et connaître au plus près pour discerner le moment où il flanchait. Ceux qui ne connaissaient d'Istiriel que sa magnifique chevelure et sa danse envoûtante ne savaient finalement rien d'elle.
Le coeur de la jeune Elfe aurait pu rester ainsi longtemps libre et inconnu de tous. Pourtant, un soir, alors que sa danse prenait fin, Istiriel se laissa tomber mais ne trouva jamais le sol. Quelqu'un l'avait retenue au dernier moment. Son esprit consumé, elle sombra sans distinguer le visage de celui qui la portait. Et pour la première fois sa transe fut troublée et dura plusieurs jours.




Dernière édition par Istiriel le 7/05/2009 à 19:50; édité 1 fois
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Message Posté le: 14/12/2008 à 15:04    
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Le soleil accomplit ainsi plusieurs fois sa course dans le ciel avant qu'Istiriel ne sorte de sa transe. La première chose qu'elle entendit alors fut le chant des rossignols fêtant son retour, sautillant et trillant de branches en branches. Et la première chose qu'elle vit fut le visage de sa mère, où se dessina un sourire amusé en réponse au soupir d'Istiriel.
Cette dernière espérait au sortir de son rêve troublé découvrir celui qui l'avait déposée dans son lit d'herbe, l'usage voulant qu'il reste à la veiller. Elle questionna longuement sa mère, qui ne pouvait malheureusement en dire plus : tout ce qu'elle savait de l'inconnu c'est qu'il était de passage, qu'il était venu d'Imladris où il avait dû repartir car sa mission auprès de Thranduill s'était achevée. Le désappointement naquit de la frustration et, au lieu de s'apaiser, le trouble grandit dans le coeur de la Nando.

Le visage d'Istiriel se ferma et elle retourna lire les nombreux manuscrits qui l'attendaient dans les bibliothèques. Elle y passa de longues heures, qui devinrent des jours puis des saisons. Elle restait ainsi, espérant secrètement le retour du mystérieux messager. Non pas qu'elle fut prête à lui donner son coeur comme sa promesse l'obligeait, mais elle souhaitait en apprendre plus sur celui qui l'avait aussi facilement percée à jour.
La Nando ne vint dès lors plus aux festivités sylvestres. Elle aimait toujours autant y assister, mais l'inspiration pour ses danses l'avait désertée et elle ne voulait pas se retrouver au milieu d'une foule qui attendait avec impatience ses premiers pas. C'est ainsi que par tout le royaume il fut dit que la gaieté avait quitté Istiriel et de nombreuses rumeurs folles et infondées se mirent à circuler pour en expliquer la raison.


Hors il advint quelques années plus tard qu'une nouvelle ambassade en provenance d'Imladris se présenta au Palais de Thranduill. Une grande fête devait avoir lieu à cette occasion sous la frondaison des arbres et, tant à la surprise qu'à la joie de tous, il fut annoncé que pour la première fois depuis bien longtemps Istiriel viendrait danser.
C'était une demande du roi Thranduill mais, tout souverain qu'il fut, il aurait sans doute essuyé un refus si la Nando n'avait pas secrètement espéré que son mystérieux inconnu fasse partie de l'ambassade. Car Istiriel ne dansait sur ordre, mais toujours prise par l'ambiance et la magie de la fête.

Et le jour vint où, oubliant tout ce qui lui encombrait l'esprit, elle avança à nouveau pieds nus dans la clairière. La musique se tut. Et dès le premier pas de danse esquissé, chacun sut qu'un instant à nul autre pareil était sur le point de se produire.


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Message Posté le: 9/05/2009 à 18:31    
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Lorsque le pied d'Istiriel effleura l'herbe, la nature entière frissonna et le silence se fit.

Tant les souvenirs que les récits ne tarissaient pas d'éloge sur les talents de la Nando. Il s'était cependant écoulé bien des saisons depuis sa dernière danse et chacun se demandait si son don était à la hauteur de la légende. Les plus sceptiques pensaient qu'il était à jamais perdu de ne pas avoir été entretenu...

Il n'y eut aucune hésitation. Dès la première seconde, comme s'il avait été bridé trop longtemps et n'aspirait qu'à s'exprimer, l'esprit d'Istiriel s'embrasa. Les pas se succédèrent avec harmonie en une chorégraphie nouvelle, surprenante, sublime. Ceux qui, plus tôt, se demandaient si l'elfe serait à la hauteur de sa réputation espéraient à présent simplement réussir à saisir toute la subtilité et la grâce des gestes. Ce n'était plus une danse, pas même une leçon : c'était un défi.
Istiriel ne se préoccupait pas de l'assemblée. Il n'était plus question pour elle d'espérer la présence de son mystérieux cavalier : elle avait décidé qu'il était là et dansait pour lui.

Jamais plus beau spectacle ne fut vu par la suite sous la frondaison de Vertbois-le-Grand. La première à se libérer de la stupeur qui s'était abattue sur tous fut la nature : le vent lui-même s'égara dans la clairière et vint jouer dans les longs cheveux laissés libres. Une rumeur à peine discernable se faufila parmi les troncs, comme si les arbres tirés de leur léthargie accompagnaient de leurs murmures lancinant les mouvements de la Nando. De temps à autres des trilles d'oiseaux venaient ponctuer des figures...
Alors les doigts des musiciens trouvèrent le chemin des cordes et leurs bouches celui des becs d'instruments à vent. La musique s'éleva et s'harmonisa en une improvisation talentueuse au rythme de la danseuse et aux variations qu'elle décidait.

Pour certains elfes présents un spectacle d'une telle beauté en devenait douloureux. Tous les amoureux de la jeune elfe soupirèrent car ils découvraient de manière éclatante que le coeur et l'esprit qu'ils convoitaient demeuraient au-delà de leur portée. Istiriel ne dansait pour aucun d'eux et aucun d'eux n'aurait pu danser avec elle.
Aucune jalousie ni rancoeur ne vint troubler leur âme. S'ils se laissèrent aller à une mélancolie passagère ils gardaient aussi la reconnaissance de celui qui découvre à temps que le chemin qu'il s'apprêtait à emprunter l'aurait épuisé sans le mener à destination. Beaucoup se demandait même s'il existait quelqu'un capable d'accorder ses pas à celui d'Istiriel. Aucun ne le pensait : parmi les anciens prétendants il y eut plus de tristesse et de compassion pour la Nando que pour eux-mêmes.

Pourtant, alors que le crépuscule avançait et que les intendants rechignaient à allumer les lampions pour ne pas tourner le dos un seul instant à la danse d'Istiriel, un elfe se leva parmi l'assemblée et avança d'un pas sûr vers la danseuse.


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Message Posté le: 4/08/2010 à 17:01    
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Chacun retint son souffle. Istiriel continua à virevolter sans pour autant se tourner vers l'elfe qui s'était avancé : ressentant sa présence elle ne voulait pas modifier le mouvement qui la portait et ne souhaitait pas montrer son émoi par un empressement brouillon. Elle effectua encore quelques pas de danse, se tournant progressivement et ralentissant son rythme. Puis elle s'arrêta, déroulant son bras et ouvrant sa main en une invitation.

Le danseur ignora les nombreux regards posés sur lui, fixant les yeux d'Istiriel qui le narguaient, amusés. Il ignora aussi la main tendue, faisant un pas, puis un autre, et encore un autre, dessinant une chorégraphie sobre devant la Nando immobile.
Le style du danseur était tout en puissance et maîtrise, esquissé avec autorité et assurance, exécuté avec économie et précision sans pour autant devenir froid. Des mouvements amples et fastes dépourvus de fioritures mais façonnés avec élégance et tranquillité. Les pas de danse s'enchaînant avec facilité laissaient croire à un oeil non averti qu'ils s'effectuaient sans effort ni technique.

La démonstration tout en aisance laissa l'assemblée pantoise mais elle n'eut pas le temps de reprendre ses esprits : au terme de la chorégraphie la main du danseur vint saisir celle d'Istiriel et tout deux se saluèrent.
Alors débuta sur l'herbe un ballet féérique où les improvisations gracieuses et inspirées d'Istiriel s'harmonisèrent autour du socle élégant et sûr des pas du danseur. De battement en arabesque, de saut félin en cabriole, la Nando retrouvait toujours son compagnon à moins que ce ne soit lui qui devinât à chaque fois où la récupérer.

Ce jour-là la danse dura plus longtemps qu'elle ne l'avait jamais fait et s'arrêta pourtant avant qu'Istiriel ne perde connaissance : la Nando avait atteint son équilibre et chacun sut que le coeur de la jeune elfe n'était désormais plus à prendre.


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