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Hríviel
Messagers du Lond Daer
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Message Posté le: 14/12/2008 à 12:56    Sujet du message : [Récit] Le Cavalier du Dernier Espoir
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Note de l'archiviste :
Le manuscrit suivant rapporte l'une des versions du Rohon Methestel, ce conte honorant la mémoire d'un messager Gondoréen parvenu à rejoindre les Éothéod lorsque Gondor avait de leur secours un besoin vital.


Composé en l'an 2510-3A, pour les Archives du Gondor





Rohon Methestel

Val d'Anduin, 2510-3A





Lorsque, durant l'hiver de l'année 2509, les éclaireurs de Cirion lui apprirent qu'une vaste armée de mauvais hommes se rassemblait au sud de Vertbois-le-Grand, il est dit que l'Intendant du Gondor tourna son dernier espoir vers les Éothéod. Bien que mal équipés et ayant seulement des armes rudimentaires, ces hommes compensaient leur faiblesse militaire par leur grand nombre et représentaient une grave menace pour le Pays des Pierres, devenu exsangue après des décennies de guerre.
Cirion dépêcha donc six messagers à la rencontre des Hommes du Nord, autrefois amis du Gondor. Tous volontaires, braves et excellents cavaliers, ces coursiers s'engagèrent sur leur périple. Deux partirent les premiers, puis – un jour plus tard – Cirion envoya les deux suivants ; puis, après une autre journée, les deux derniers s'en allèrent. Il est conté que bien que l'appelant de ses voeux, l'Intendant ne croyait guère en leur réussite ; car avant de pouvoir livrer leur message, ces messagers devraient traverser le Calenardhon – que l'on nomme désormais Rohan – qui était alors gardé par les Balchoth, puis endurer l'Ombre de Dol Guldur avant de pouvoir s'engager dans le Val d'Anduin... Même s'ils accomplissaient l'exploit de parvenir jusqu'à Eorl le Jeune, seigneur des Éothéod, l'Intendant Cirion ne pouvait guère qu'espérer que les Hommes du Nord ne soient pas eux-mêmes accablés par orques ou Orientaux...





Du sort que connurent ces six messagers, seule l'histoire contant le périple de Borondir Udalraph et de son compagnon nous est entièrement parvenue.
Tous deux parcoururent le Calenardhon sans tomber dans le piège des nombreuses patrouilles d'Orientaux y circulant. Rare et sporadique fut le repos dont eux et leurs montures jouirent au cours de ces journées, en dehors de cette nuit où, ayant fait halte dans une masure, ils y avaient reçu l'inattendue hospitalité du vieil homme y vivant. Aux deux messagers Gondoréens, il avait conté l'histoire d'un ordre ancien auquel appartenait la masure ; masure que sa famille entretenait depuis des générations, toujours en y conservant une monture, attendant le jour où une bannière au Cerf d'Argent serait de nouveau portée. Après leur nuit de repos, courte mais délassante, le vieil homme leur avait offert de la nourriture venant suppléer leurs rations déjà bien entamés ; il est dit qu'il aurait tout aussi volontiers proposé à l'un d'eux de changer de monture, si seulement les chevaux des Gondoréens n'avaient pas été de sang bien plus noble que celui qu'il aurait pu leur offrir...

Ce fut leur dernière éclaircie avant le Val d'Anduin, car, quittant peu après les plaines du Calenardhon, tous deux s'engagèrent vers les terres rendues sinistres par l'Ombre grandissant à Dol Guldur. Par un artifice que même Borondir ne sut expliquer lorsque, deux semaines plus tard, il contait son périple à Eorl le Jeune, les deux Gondoréens s'étaient alors bien trop enfoncés sous les frondaisons de la forêt de Vertbois-le-Grand, et ainsi s'étaient rapprochés des maléfices de la tour... Par cette faute, ils étaient tombés dans une embuscade coûtant la vie à son camarade, et le laissant blessé à l'épaule ; seules sa chance et la célérité de son cheval avaient su le sauver, là où il serait autrement tombé.

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Par la suite poursuivi sans relâche par orques et ouargues, Borondir parvint finalement à suffisamment les semer pour pouvoir rejoindre l'abri improvisé d'un bocage et y offrir une once de repos à sa monture écumante d'épuisement.

C'est là qu'elle lui était apparue une heure plus tard, alors que la nuit était jeune.
Alarmé par le bruit trahissant l'approche d'un cavalier, il avait aussitôt porté la main à son arme, se préparant à reprendre sa chevauchée, ou – au pire – à devoir lutter. Cependant, une fois qu'elle fut parvenue à sa hauteur, désormais suffisamment proche pour que ses traits soient discernables, l'inquiétude de l'homme avait fait place à la surprise. Vêtue d'une armure de mailles argentées, à la surface desquelles l'éclat de la moindre étoile se voyait reflété, et les épaules couvertes d'un long manteau bleu et or, l'Elfe avait aussitôt mis pied à terre et murmuré quelques mots à l'oreille de sa monture avant de s'avancer vers lui.
- « Chevaucher aussi près d'Amon Lanc était malavisé, fils du Gondor. »
Il est dit que, prononcée avant tout autre parole, la réprimande enflamma le coeur de Borondir ; mais aussi que – tremblant de colère – l'homme n'y répondit pas et s'assit, considérant sa faute avec lucidité. Alors, elle vint s'agenouiller à côté de lui, observant la flèche logée dans son épaule, et, alors, l'homme remarqua les fines perles de sueur couvrant son front et témoignant des efforts qu'elle-même avait récemment fournis.
Tous deux échangèrent un regard de silencieux accord au sujet de la blessure de l'homme. Le trait n'ayant pas entièrement transpercé son épaule, il n'avait pu l'en déloger de lui-même. Borondir resta stoïquement silencieux, serrant les mâchoires à s'en briser les dents tandis que la femme extrayait la flèche plantée dans son épaule en s'aidant de la lame de sa dague. Quelques vivaces élans de douleur plus tard, la flèche était délogée. Entreprenant un pansement de fortune, la femme affirma alors qu'à force de sang, ses mains étaient devenues inaptes aux soins ; mais blême de douleur, l'homme ne s'offrit pas le luxe de chercher un sens à ces mots. Tenant désormais entre ses mains l'objet de son tourment, il l'observa : tâchée de son propre sang, barbelée d'acier et empennée de plumes noires. Borondir décida de conserver la flèche, y voyant un vif témoignage de la situation critique dans laquelle Gondor se trouvait.

La femme, l'homme, et leurs montures, purent ensuite profiter d'un repos, ainsi que de l'échange de quelques paroles. Elle lui apprit être porteuse d'un message confié par les Elfes Verts du peuple de Thranduil, les dangers de la Forêt Noire justifiant qu'elle soit en armes et armure. Quant à leur rencontre, elle lui affirma s'être mise à sa recherche après avoir senti le sombre orage animant brusquement l'ouest d'Amon Lanc. Lui-même ne lui révéla rien de la mission reposant sur ses épaules, et l'Elfe ne l'interrogea pas. Néanmoins, elle lui prouva en avoir deviné tant la nature que l'importance.

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Déchirant la nuit depuis le nord, un long cri, strident et lugubre, mit un terme à leur halte une heure plus tard. Bien que sentant son propre sang se figer dans ses veines, Borondir se leva d'un bond pour aller calmer sa monture, ruant avec une frayeur presque palpable. Loin de cette agitation, mais tout autant épeuré, le cheval de l'Elfe s'était rapproché d'elle pour placer son museau au creux du cou de la femme. Il est dit que, la regardant à son tour, le Gondoréen se heurta à la rigueur implacable de ses yeux gris, et se surprit à trouver paradoxalement rassurant cet air assombri. Flattant l'encolure de son cheval, l'Elfe se releva et sauta en selle, bientôt imitée par l'homme, qui venait de parvenir à calmer sa monture.
La femme le dévisagea un instant, puis sourit légèrement, apparemment satisfaite.
- « En route. », lança-t'elle, « Ou bientôt, je ne serais pas seule à t'avoir trouvé. »
- « Gondor connaît ce hurlement, », lâcha-t'il à voix basse, après s'être forcé à retrouver la parole, « c'est celui du Roi-Morgul et de ses spectres ! »
A peine visible sous le ciel étoilé, une ombre d'abattement glissa sur le visage de l'homme.
Plus tard, Borondir conta que l'Elfe était alors restée silencieuse et immuable, et que de longs instants s'étaient écoulés avant qu'elle ne réponde.
- « Alors Gondor sait aussi que ces spectres fuyaient devant Boromir, fils de Denethor et père de ton seigneur ; alors Gondor sait leur impotence face à ceux ne les craignant pas. Et si Gondor l'a oublié, apprends que dans la droiture les coeurs peuvent être inexorables au-delà de tout pouvoir. Je t'accompagnerai jusqu'à cette rencontre, fils des Hommes, et, alors, peut-être réaliseras-tu comment je chevauchais librement sous le feuillage de Taur-e-Ndaedelos. »

Il est certain que le sang-froid et l'assurance de l'Elfe parvinrent à convaincre Borondir, car tous deux se mirent en route, menant leurs chevaux vers le nord. Il est aussi dit qu'ils continuèrent leur conversation, car l'homme s'était enhardi au fil du temps passé à agir et non pas à ressasser la menace planant sur eux... Lui parlant du Bois d'Or et de sa Dame, desquels l'homme ignorait encore tout, la femme s'engagea à y porter ce qu'elle avait deviné du message de Cirion.
Borondir ne parla jamais de leur rencontre avec le spectre ; peut-être désirait-il seulement en oublier la mémoire ; peut-être échappèrent-ils simplement à cette épreuve. Il conta juste que lui et l'Elfe se quittèrent après plusieurs heures de chevauchée, après que l'aube ait repoussé tant la nuit que les horreurs y régnant... A la venue du jour, la femme, dont il ignorait le nom, lui avait souhaité bonne route avant de mener sa monture vers le sud-ouest et la Lórien.
Le dernier souvenir que l'homme conserva d'elle fut cette bannière, représentant un Cerf d'Argent, qu'elle avait ostensiblement dépliée alors qu'elle s'éloignait de lui...


Jours et semaines passèrent, et Borondir Udalraph, que l'on nommerait ensuite Rohon Methestel, Cavalier du Dernier Espoir, parvint à rejoindre les Éothéod. A leur Seigneur, il délivra son message, lui présentant les preuves de son identité, mais aussi une flèche noire à la tête rougie par son sang.
Eorl le Jeune honora l'ancienne amitié unissant son Peuple et le Gondor.
Lorsque Borondir fit à nouveau route vers le sud, il chevauchait désormais à la droite d'Eorl, lequel menait sept mille cavaliers lourdement armés... Ensemble, ils traversèrent le Val d'Anduin, mais y rencontrèrent la terreur de Dol Guldur, de laquelle un nuage sombre et sinistre émanait, couvrant le ciel et grandissant dans leur direction. Il est dit que Eorl mena alors les Éothéod vers l'ouest afin d'échapper à l'Ombre, et qu'ils arrivèrent ainsi sur les rives de l'Anduin, les trouvant nimbées d'une brume dorée. Bien que braves, nombreux furent les cavaliers redoutant de s'y hasarder, mais Eorl les encouragea, clamant qu'un brouillard ne devait pas les faire reculer face à la guerre s'annonçant.
Fuyant ainsi les maléfices de Dol Guldur, ils allèrent de l'avant jusqu'à chevaucher au coeur de murs de brume lumineuse. Là, tous, hommes comme montures sentirent leur lassitude s'envoler, et leur coeur être allégé ; se souvenant de la promesse qui lui avait été faite, Borondir se réjouit, disant que les faveurs de la Dame Blanche étaient sur eux...

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Près de trois jours durant, Eorl le Jeune guida ses cavaliers au travers des halls blancs les enveloppant. Lorsqu'ils quittèrent l'abri de ces brumes, ils avaient parcouru près de 600 lieues en neuf jours afin de voler au secours du Gondor... Au quinzième jour de Víressë, ils franchirent les Méandres, puis la Limeclaire, et le cor d'Eorl annonça furieusement leur charge, bientôt reprit par ceux de l'ensemble de ses cavaliers, surprenant tant les Gondoréens que les Balchoth et les orques.
Ce qui devait être une tragique défaite du Gondor se transforma en une victoire éclatante, et, au Don de Cirion, le Serment d'Eorl répondit...

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« I Heru envinyatáro feanya, úvan aista ulka. »


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