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Hríviel
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Message Posté le: 14/12/2008 à 12:48    Sujet du message : [Récit] Naissance d'un Rohir
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Note de l'archiviste :
Transcription de l'un des innombrables poèmes transportant oralement la mémoire du Rohan, le texte qui suit témoigne de faits datant de l'année du Long Hiver. Selon les indications laissées dans le récit, les vers originels auraient était composés une trentaine d'années après cette période.


Traduit, et adapté en prose en l'an 2803-3A, pour les Archives du Gondor
Copié en l'an 2943 du Tiers Age, pour la bibliothèque des Erudits de Bree






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Naissance d'un Rohir



Edoras meurt !
Cette pensée inondait mon coeur et l'étouffait dans un violent sanglot, m'obligeant à cesser ma course effrénée pour m'appuyer à un mur. Chaudes, des larmes débordèrent de mes yeux, désireuses de laver ceux-ci de la vision de mon prince, tué par Wulf sur le seuil même du Meduseld. Le fils renégat assouvissant sa vengeance en tuant le fils de celui ayant abattu Freca, quatre ans plus tôt... Et moi, pourtant soldat de la garde, j'avais couru, fuyant loin de ceux piétinant le corps de l'héritier du Rohan tandis qu'ils pénétraient dans les Halls d'Or. La honte m'étreignant me fit délirer, m'amenant à croire entendre les cris de la princesse, restée dans le palais. Impossible ! répétai-je à chaque plainte résonnant dans mon crâne, désespérant de me convaincre tout en me remettant à détaler. J'errais sans but plus que je ne fuyais pour survivre, tant vision et coeur embrumés rendaient hasardeuse et erratique ma course... Jusqu'à ce que mes jambes flanchent et que je m'effondre en voyant une silhouette armée se dessiner devant moi au détour d'une traverse. L'esprit aussi vide que ne l'était mon fourreau, mon épée accompagnant sur les marches du Meduseld les lambeaux de mon honneur, j'interpellais cette personne, lui enjoignant de me tuer. Ami ou ennemi, je ne parvenais à le distinguer, et peu m'importait ; je clamais ma faute, exposant ma lâcheté dans l'espoir que même un Rohir décide d'abattre le traître que j'étais.

Grande et élancée, la silhouette s'approcha d'un pas vif et je soupirais de soulagement, voyant ma sentence dans son silence. Une molle surprise s'exprima en moi en réalisant ses formes féminines alors que, parvenue à ma hauteur et m'ayant saisi le cou d'une main, elle pencha sa tête vers moi.
Un éclair de douleur rugit dans mon crâne lorsque son front heurta brutalement le mien... Le cri montant dans ma gorge y mourut l'instant d'après, étouffé par la force avec laquelle sa voix s'envola.
- « Vain et insensé larmoiement. Espoir, fils de Fram ! »
La surprise et le coup ayant mis un terme à mes larmes, je la découvris Elfe. Belle et majestueuse comme sont chantées les reines du lointain Gondor, mais intimidante ; de longs cheveux noirs parcheminés d'éclats roux, des traits fins surplombés d'un regard gris abritant une flamme vive, une peau d'albâtre qu'assombrissait une grande colère. Relâchant son emprise sur ma nuque, elle se saisit de l'un de mes bras et m'obligea fermement à me relever en même temps qu'elle.
- « Tu as trahi ton prince ? Vis pour mériter le pardon de ton Roi ! »
Était-ce pour ses mots, me révélant une possible issue ? Ou pour l'intensité et la ferveur avec lesquelles ils furent prononcés, me volant toute capacité à y répondre ? Ou encore pour cette vigoureuse poigne refermée sur mon bras, soutenant résolument ma vacillante volonté ? Je suivis l'Elfe, me laissant guider par sa main étrangement chaude ; laissant mon coeur être transporté par le torrent de son opiniâtreté.

Par trois fois, notre fugue se heurta à des dunlendings, et par trois fois, elle leur cria des mots aux accents chantants. Bien que ne connaissant pas le langage qu'elle employait, le sens de ces paroles s'imposa chaque fois à moi ; les nommant haladin, les conjurant de nous laisser en paix. Comprirent-ils seulement ces mots, avant de nous assaillir ? Trois fois, sa main quitta mon bras tandis qu'elle embrassait un inégal combat auquel je ne faisais qu'assister, désarmé et craintif ; trois fois, sa main revint se saisir de mon bras afin de m'obliger à aller de l'avant.
Et de l'avant nous allâmes, jusqu'à parvenir aux écuries, jusqu'à y trouver deux montures.
- « Helm-Roi et ton peuple chevaucheront vers Fort le Cor. »
Sur ces mots, elle me désigna l'un des chevaux, rivant sur moi un regard ne laissant planer aucun doute quant aux conséquences d'un refus. Cette silencieuse promesse clamant que je rejoindrai mon Roi – de gré ou de force – porta le coup de grâce à mon abattement.
J'y répondais d'un faible sourire.
- « Les plaines devraient encore être claires. », reprit-elle aussitôt, « Et si d'aventure elles ne le sont pas... »
Stupéfait, je la vis essuyer sa lame sur l'étoffe de sa tunique avant de la rengainer, de libérer son fourreau et de me le plaquer contre la poitrine. Incapable de refuser, sans trouver que dire, j'obéis et – bientôt – chevauchais à bride rabattue vers les miens.

Ne chercha-t'elle pas à retrouver l'enfant rencontré ? Désira-t'elle se garder de l'orgueil qui aurait été mien, si je l'avais rencontré à nouveau au fil des ans ? Ou revint-elle, un jour, m'observer sans se dévoiler à moi ?
Jamais je ne la revis.

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J'ai rejoins mon Roi, et j'ai essuyé sa juste colère. Au cours des famines et des cruels froids du Long Hiver ; au fil des batailles ponctuant le siège où périt le prince Háma ; j'ai lentement remboursé le prix de la clémence de Helm Poingmarteau et regagné la considération de mes pairs. Certains, tels Osric, Eofuld et Ecgwald, pardonnèrent suffisamment ma faute pour m'accorder leur amitié.
Si le Roi m'ayant gracié n'a pas survécu à cet hiver, l'usurpateur souillant Meduseld périt de la main même de Fréaláf, fils-soeur de Helm, dixième Seigneur de la Marche, le Roi que je sers depuis, non pas en enfant, mais en Rohir.

Trente et une années se sont écoulées depuis, et aujourd'hui mon fils aîné a l'age de ne plus être enfant.
Il rentrera bientôt, et, bientôt, je lui tendrai cette épée. Je la mettrai entre ses mains et accrocherai ce fourreau à son côté, en lui disant :
- « Voici Ælfswiþ, Force de l'Elfe, désormais tienne, par laquelle un enfant devint ton père. Maintenant, pars. »

Aujourd'hui, mon garçon rentrera, mais je lui dirais de partir. De partir, puis de revenir à sa mère une fois Homme.

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« I Heru envinyatáro feanya, úvan aista ulka. »


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