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Lihene Balsamine
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Saute-Ruisseau

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Message Posté le: 14/12/2008 à 12:32    Sujet du message : [Récit] La Compagnie aux Portes d'Angmar
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Texte remontant à l'époque se faisant lointaine où Lihene était écuyère du Roseau, et faisant allusion à de récents échanges mordants entre les Viveslames et Eleane de Baranduin.




Allongé sur l'unique lit de la petite chambre, le torse confortablement redressé par les deux coussins qu'il avait logé au niveau de ses reins, les yeux mi-clos, l'homme l'observait. Indistincte et effrontée silhouette voilée par le contre-jour, son amante d'une nuit se tenait, nue, dans la lumière trouble filtrant dans la pièce depuis qu'elle avait entrouvert les volets. L'épaule droite négligemment appuyée sur le mur adjacent à la fenêtre, la tête penchée et un étrange sourire aux lèvres, elle observait sans un mot l'activité animant l'une des rues de Combe. La brume du sommeil quittant peu à peu l'esprit du jeune homme, il réalisa qu'elle tenait déjà une bouteille en main. Plissant les yeux, il s'efforça à lire l'étiquette tandis qu'elle portait le goulot à ses lèvres, dans un mouvement mêlant geste gracieux et habitude vulgaire. Ne réalisant pas être observée, elle absorba une gorgée de ce qu'il découvrit être un cidre doux, sans quitter du regard les gens vaquant dans la rue en contrebas.
Il se passa la main sur le visage, étirant la peau pour se réveiller et tenter de dissiper les excès de la veille ; l'une des nuits les plus arrosées que l'apprenti forgeron avait connu au fil de ses approximatifs dix-neuf printemps. Désormais occupé à tenter de remettre, à l'aveuglette, un peu d'ordre dans sa tignasse, voir cette femme à nouveau occupée à boire arracha un léger pincement de honte à sa fierté masculine : elle semblait si fraîche là où lui-même avait la nuque raide et le front douloureux...
Le vieux bois du lit grinça lorsqu'il tendit la main pour se gratter une omoplate. Délaissant la fenêtre, la femme détourna son regard vers lui, constata qu'il s'était réveillé, et lui fit face sans se soucier de se dévoiler. Le sang monta rageusement à ses joues lorsqu'il réalisa, après un moment, qu'il ne la regardait pas vraiment dans les yeux ; rassurant son ego en songeant qu'elle ne l'aurait pas remarqué dans la pénombre de la chambre, il la dévisagea enfin. N'ayant pas quitté la fenêtre, à côté de laquelle elle était désormais adossée, la femme avait désormais sur les lèvres l'une de ses – innombrables – chansons à boire.
Ta bonté, ô cidre beau,
De te boire me convie ;
Mais, pour le moins, je te prie,
Ne me trouble le cerveau.
...

L'artisan dont il était l'apprenti lui avait parlé la veille de l'appel aux armes de la Compagnie du Roseau Blanc, qui avait provoqué un flot de réactions aussi variées que possible, et qui était un auspice des plus favorables pour la corporation des forgerons. Lui-même n'entendait pas grand chose à toute cette affaire, mais était néanmoins surpris d'avoir découvert que cette femme, entre toutes, avait rejoint ces Roseaux Blancs. Tandis qu'il la regardait, plus qu'il ne l'écoutait, chantonner, il réalisa que cette découverte dévoilait à quel point il ne comprenait celle se tenant devant lui. Non pas que cela fut une surprise renversante ; il était bien conscient de ne pas savoir grand chose d'elle. Tout au plus qu'elle était de quelques années son aînée, ce qui – même sans en connaître le nombre exact – lui semblait fichtrement flatteur pour lui-même, qu'elle vivait une vie faite de tavernes et de voyages. Et qu'elle était d'une désarmante impudeur dans l'expression d'émotions qu'elle ne faisait approximativement jamais rien pour cacher, qu'elles soient larmes ou rires. Au final, il ne parvenait décidément pas à l'imaginer épée en mains, faisant front à une quelconque horde dans un combat aux obscurs enjeux.
- « Ça devient vinaigre ces histoires de guerre. »
Entendant ceci, la femme s'arrêta de fredonner pour l'interroger du regard.
- « Oui », reprit-il, « Cette annonce de la garde au sujet de Dangmar. C'vrai au moins ? »
- « Hu~un, ça ! », répondit-elle, sans même corriger l'erreur, « Probablement, ce que j'en dis. »
Il se passa à nouveau la main dans les cheveux, regard tourné vers le fourreau de l'épée appartenant à la femme, trônant à même le sol et à moitié recouvert de leurs habits.
- « Tu vas aller combattre Lihene ? »
Moue amusée de l'intéressée.
- « Hun hun. Sais pas m'battre. »
- « Mais t'es de cette compagnie des Roseaux, non ? »
- « Hun hun. M'ont charmé. », interjection prononcée de la même façon qu'un instant plus tôt, bien que signifiant paradoxalement l'inverse exact.
Moment de silence durant lequel le jeune homme tenta de tirer de celui un fil logique, tandis que la femme se rapprochait du lit.
- « Je comprends pas. »
- « Hun ? »
Arrivée aux pieds du lit, elle le regardait fixement, les yeux trahissant sans mal l'amusement que la situation lui inspirait.
- « Ceux de cette Compagnie doivent combattre, non ? Et je crois qu'ils ont les Caravaniers sur le dos aussi. »
- « Ah ? Personne à dos, moi, ah ça, non. »
- « Justement tu de... hmgf ! »
Son élan fut coupé ; s'étant saisi de l'édredon situé aux pieds du lit, la femme venait de lui lancer en pleine figure. Peut-être s'en serait-il d'ailleurs offusqué si elle n'avait pas immédiatement plongé dans un éclat de rire.
- « Tu penses trop, c'que j'en dis c'que ça rend malheureux. »
Cela clôtura leur échange. Tout en la regardant s'étirer languissamment, il se mit à penser – peut-être avec une pointe de morgue – qu'elle ne semblait effectivement pas se perdre bien souvent en d'intenses réflexions... Quelques silencieuses minutes plus tard, elle avait terminé de se rhabiller, et raccrochait à sa ceinture le harnais maintenant le fourreau de son épée. Se tournant juste après vers lui, elle pencha légèrement la tête de côté, sourcils légèrement froncés.
- « J'aime pas diviser. », lâcha-t'elle finalement.
La regardant s'éloigner et quitter la chambre après un léger signe de la main jeune homme se demanda ce qu'elle avait bien pu vouloir dire par là.



Une fois dehors, après avoir payé son ardoise tant pour la soirée que pour la chambre, Lihene jeta un oeil au soleil matinal lui offrant ses rayons. Déjà bien haut dans le ciel, l'astre lui apprit que le jour n'avait plus que quelques heures de lumière avant la nuit. Elle porta de nouveau à ses lèvres sa bouteille – celle-la même qu'elle avait emporté hors de la chambre – et se dirigea vers Bree d'un pas paisible, chanson à boire aux lèvres...

Hélas que fait un pauvre ivrogne
Il se couche et n'occit personne
Ou bien il dit propos joyeux
Il ne songe point en usure
Et ne fait à personne injure
...


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__________

« Nous empoisonnons notre vie par des détails. Simplifions, simplifions. »


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