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Inzilaphel
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Coursière

Messages : 3
Message Posté le: 14/12/2008 à 12:05    Sujet du message : [Récit] Fleur de lance
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Traque en Ithilien

Nord de Henneth Annûn, 2987-3A



Son talon glissa sur la fine couche de mousse recouvrant le rocher ; manquant de chuter, la femme s'appuya sur la hampe de sa lance. Parvenue à recouvrir son équilibre de justesse, elle reprit sa course après avoir lancé un bref coup d'œil par-dessus son épaule. Lorsque, une poignée de secondes plus tard, les glapissements de ses poursuivants gagnèrent en intensité et se parsemèrent d'insultes, un sourire gouailleur vint se nicher sur son visage. Ces orques traverseraient assurément la rivière, mais leur crainte des cours d'eau ne manquerait pas de les retarder quelques instants. Cependant, au lieu de profiter de cette aubaine pour les distancer, Inzilaphel ralentit progressivement son allure. La femme s'arrêta finalement au sommet d'un monticule situé dans une petite clairière, calme et le souffle régulier, presque étrangère à la traque que lui donnaient les orques. Le sourire moqueur affiché plus tôt s'effaça, laissant place à des traits déterminés tandis qu'elle penchait la tête pour plonger ses yeux vers les étoiles du Menelvagor. Les cris excités de la horde se rapprochèrent de plus belle, allant crescendo, indiquant que les créatures avaient traversé le gué et venaient de l'apercevoir à nouveau. S'arrachant à la vue de Borgil, la femme sauta au pied de la butte et s'en éloigna à pas vifs, reprenant son cheminement vers l'ouest.
Dans un désordre total, les plus vifs – et endurants – précédant les autres d'une centaine de mètres, la quinzaine d'orques s'engouffra dans la clairière qu'elle venait de quitter.

La femme avait croisé les créatures près d'une heure plus tôt. Après que son frère d'armes et elle-même les aient harcelé d'une volée de flèches, la patrouille du Mordor leur avait aussitôt donné la chasse. S'ils n'hésitaient pas à fuir lorsque leur ennemi était supérieur en nombre, ou en force, les orques étaient connus pour leur hargne face à une proie aisée...
Dès les premières minutes de traque, les deux rôdeurs s'étaient séparés ; revêtu d'une armure plus légère que celle de la femme, le Dúnadan avait forcé l'allure, gagnant petit à petit de la distance, jusqu'à avoir complètement disparu du champ de vision des orques. Depuis lors, ceux-ci s'échinaient pour rattraper la rôdeuse...

Inzilaphel fut arrachée à son assurance par une quinte de toux sèche, bientôt suivie par une autre. Désormais accompagnée d'un sifflement clairement audible, sa respiration devint erratique, la forçant à s'arrêter. Dos courbé et mains appuyées sur les genoux, la femme parut vouloir marmonner quelque chose, sans y parvenir ; son souffle resta bloqué dans sa gorge, ne lui arrachant guère que violente toux et crachements. Le claquement d'une corde d'arc dans son dos l'amena à se retourner. La vue troublée par les larmes lui étant montées aux yeux tandis qu'elle luttait pour ne pas s'étouffer, Inzilaphel entendit le trait de flèche, plus qu'elle ne le vit la manquer de plusieurs pouces. S'enfiévrant, son cœur se mit à battre tel un tambour de guerre, résonnant jusque dans ses oreilles. Déjà, l'orque franchissait les derniers mètres les séparant, fauchon en mains, ayant lâché son arc ; elle-même fit un pas de côté et assura ses appuis.
Maintenue d'une poigne ferme, la hampe de la lance ploya sous l'impact, mais ne céda pas ; la femme – quant à elle – avala une goulée d'air, le souffle libéré par la poussée de sang. Toussant à nouveau, elle libéra son arme d'une torsion du poignet et se remit en marche, pressée par les autres orques qui seraient bientôt suffisamment proches pour employer leurs arcs.

D'abord titubante, sa course retrouva de sa vigueur au fur et à mesure que sa respiration se faisait moins sifflante. Le refuge où les mâchoires du piège se refermeraient sur la troupe du Mordor était désormais à moins de deux lieues, mais encore fallait-il y conduire les orques avant que le jour ne vienne faire fondre leur rogne...

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Mine dégoûtée et nez plissé devant l'odeur de la créature, Inzilaphel délogea les flèches fichées dans sa carcasse. Après les avoir glissé dans un carquois, elle fit passer l'un des bras de l'orque sur son épaule, et le souleva avec force de grimaces. L'ayant trainé sur quelques mètres, elle jeta sans ménagement le cadavre sur le charnier, bientôt imitée par un autre rôdeur. Prévenus par l'homme avec qui elle avait rencontré la patrouille orque, leurs compagnons avaient pu soigneusement tendre le guet-apens, auquel aucune des créatures n'avait pu échapper. Contrairement aux troupes quittant fraichement le Mordor, les Dúnedain de l'Ithilien étaient désormais rompus à ces manœuvres de guérilla...
Retirant l'un de ses gants pour se passer la main sur le front, la femme soupira, faisant face à l'aube naissante. Son estomac gronda ; loin de toute profonde considération, elle acquiesça et se prit à songer au repas qui l'attendait. Trouvant l'idée suffisamment plaisante pour l'éloigner de la puanteur des orques, et pour ainsi lui permettre d'afficher un léger sourire, elle renfila son gant et retourna prêter main forte à ses compagnons.

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« Suil Annui, erio thûl lín i faer hen... »


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