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Gilbrìan
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Message Posté le: 8/12/2008 à 17:06    Sujet du message : [Récit] Mémoires de Gilbrìan - Rencontre sous la Ramée
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« Nos souvenirs sont tels une peinture. Lorsque nous sommes face à la toile peinte, notre regard se porte quelques fois sur des détails qui étaient passés inaperçus jusque là. Et l'on redécouvre alors la magnificence de l'ensemble de la Création, sous un angle nouveau... »



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Rencontre sous la Ramée



Laitirnò Nauringon
Dorthonion - Beleriand
~ An 432 du Premier Âge du Soleil


Son pas léger ne produisait pas le moindre son alors qu'il courait sur les cônes de pins séchés qui jonchaient le sol. Son regard s'arrêtait sur les ombres dansantes que les arbres agités par le vent projetaient. Les rayons du soleil parvenaient à peine à percer la ramée, et les lieux étaient teintés d'une chaude lumière verte. De la même couleur que la veste de Nauringon.

Depuis plusieurs jours maintenant, un lourd silence accompagnait l'Elda dans sa traversée et à mesure que ses pas l'amenaient au pied des Montagnes du Sud, il sentait autour de lui l'air changeant, menaçant, chargé de mystères. Les arbres aux troncs et aux branches torturés se dressaient encore nombreux entre Nauringon et les Ered Gorgoroth, sa destination, mais l'atmosphère pesante de la forêt n'avait pas fait fléchir la volonté du Teler et il continuait d'avancer, le visage fermé.

Ses longs cheveux blonds attachés en demi-tresse complétée d'une fibule d'argent dansaient dans le dos de l'Elfe à la mesure de ses pas. Ses yeux couleur azur parcouraient le sous-bois devant lui au rythme de sa course, à la recherche d'un chemin praticable ou de pièges naturels tels qu'une fosse creusée par la pluie, une pierre recouverte de mousse glissante ou une racine prête à le faire tomber.

Mais soudainement, Nauringon stoppa sa course et plongea sous un couvert. Abrité, genou droit à terre, derrière un tronc d'arbre couché, il dégaigna son long couteau en se redressant, le souffle court. L'éclat de l'acier d'Alqualondë se reflétait dans ses yeux alors qu'il cherchait du regard l'origine du bruit qu'il avait entendu. De ce claquement sinistre qui avait mis ses sens en alerte.

Un claquement. Pas un craquement, un claquement. Et c'était bien cela qui dérangeait l'Elfe : depuis près d'une semaine, il n'avait pas croisé le moindre porcin, rongeur ou volatile. Pas un seul son d'oiseau, pas un seul bruit animal. Et à présent, ce claquement sinistre.

Malgré sa vue perçante, rien dans le paysage n'expliquait ce bruit : les pins torturés tendaient leurs branches vers le ciel, le tronc devant lui était couvert d'une mousse verdâtre, et les seuls animaux qu'il voyait étaient les insectes qui infestaient les arbres et la terre des sous-bois. Pourtant, Nauringon savait que ses sens ne l'avaient pas trompé. Une odeur âcre, étouffante avait remplacé celle de la végétation et emplissait à présent l'Elfe d'un malaise confus. Une seule chose était certaine : il n'était plus seul.




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Message Posté le: 8/12/2008 à 17:09    
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« On entend dire parfois que la douleur est éphémère. Etrangement, pour celui qui la subit, cette fugacité peut paraître aussi longue que l'est l'éternité... »



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Laitirnò Nauringon
Dorthonion - Beleriand
~ An 432 du Premier Âge du Soleil



Un trait fendit l'air et vint perforer l'avant bras de Naurigon. L'Elfe grimaça de douleur et porta sa main à la hauteur de son muscle blessé. Il constata, pâle et déjà souffrant, qu'il ne s'agissait pas d'une flèche mais d'un dard. Un dard ! Il sentait en lui comme la morsure du métal, un poison insidieux qui se répandait en lui, froid et pénétrant...

L'Elda bondit hors de son couvert et se planta sur le tronc couché qui l'abritait, arme au clair, cherchant du regard la créature qui l'avait attaqué.

Il finit par l'apercevoir, gigantesque araignée cachée dans les fourrés. Elle l'observait avec intensité de ses huit yeux noirs, et faisait claquer ses mandibules, un mince filet de salive dégoulinant de sa gueule aussi grande que l'Elfe. Ses pattes velues se déplièrent et l'araignée sortit de sa cachette, s'approchant de Nauringon avec lenteur.

Ce dernier était tétanisé face à elle. La peur n'y était pour rien : petit à petit, le venin de la créature avait paralysé ses muscles et il voyait, impuissant, le gigantesque monstre progressant vers lui, son claquement sinistre résonnant dans l'air.

Intérieurement, Nauringon bouillonnait malgré la douleur. Il était venu jusqu'aux Ered Gorgoroth pour trouver la Reine des Ténèbres, la terrible Ungoliant. Plusieurs chasseurs Noldor avaient rapporté avoir vu la Fille de l'Obscurité dans les Ered Gorgoroth, et Nauringon avait été chargé par les siens de vérifier ces rumeurs. S'il pouvait localiser l'antre de la Dévoreuse de Lumière dans ces Montagnes, les forces Elfiques pouvaient s'unir pour venir la détruire : séparée de son Maître Morgoth, elle devait s'en trouver affaiblie et l'occasion de la combattre devait être saisie pendant que le Noir Ennemi était assiégé en Angband... Mais avant même d'apercevoir les Montagnes du Sud, il tombait face à l'un de ses rejetons...

Alors que le venin noyait son esprit sous les brumes de la déraison et que la créature, arrivée à sa hauteur, le recouvrait d'une toile de soie gluante, Nauringon espérait que les autres éclaireurs auraient plus de chances que lui....




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Message Posté le: 8/12/2008 à 17:41    
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« Certains d'entre nous ont pu voir la bienheureuse Lumière d'Aman, et la grâce leur a été accordée. Mais pour celui qui avance dans les ténèbres, toute lumière, si faible soit-elle, est salvatrice. »



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Laitirnò Nauringon
Dorthonion - Beleriand
~ An 432 du Premier Âge du Soleil



Une lueur. Une très faible lueur dans l'obscurité qui l'entourait. Son corps était-il mort ? Son esprit rejoignait-il les siens en Valinor ? Non, il sentait encore la douleur de son corps, cette cage dont il était prisonnier depuis des jours, des semaines, depuis une éternité.

Il s'était refusé à sacrifier ce corps que l'Unique lui avait donné, comme si ce geste avait quelque chose d'impie, de noir. Ou plutôt, comme si c'était précisément cela qu'attendait son ravisseur et cela, il refusait de le lui donner.

Depuis des semaines qu'il était là, dans une prison de ténèbres aux parois étroites et visqueuses, le corps affaibli par quelque poison qui circulait dans ses veines, il s'était souvent questionné sur l'identité de son ravisseur. Quelle sombre créature avait-elle pu asservir un rejeton de la terrible Ungoliant ?

Nauringon avait été pénétré du dard d'une gigantesque araignée, et le brûlant venin lui avait fait perdre conscience. Lorsque, le corps souffrant et l'esprit fiévreux, il avait repris connaissance, l'Elfe s'était trouvé dans une obscurité que ses yeux n'avaient pas pu percée. Une chaleur humide l'entourait , chargée d'une odeur nauséeuse, et les parois poisseuses avaient résisté à ses coups, le laissant prisonnier de sa propre faim.

Son corps s'était affaibli encore, le venin et le manque de nourriture faisant des ravages au fil des jours, mais l'esprit de l'Elda était encore clair malgré les sombres brumes de la raison qui le menaçaient.

Et après une éternité d'attente et d'angoisse, après tant de doutes et de certitudes, une lueur.
Les parois gluantes semblèrent résonner, comme si des coups leur étaient portés. Un goût de sang monta dans la bouche de Nauringon alors qu'il plissait les yeux sous la douleur, aveuglé par cette lumière éclatante qui approchait. Un grand fracas parvint à ses oreilles alors qu'il se sentait happer par la lumière. Son corps mourrait-il enfin ? Affaibli, souffrant et mourant, il ne sentit qu'à peine les mains sur sa peau qui le extirpaient du ventre de la monstruosité, de cette chose qui avait sucé l'essence de son être. Il ne sentit pas ces mains qui, littéralement, l'accouchait de cette gigantesque araignée, de cette fille d'Ungoliant. Perdu dans le brouillard de son esprit malade, sombrant une fois de plus dans les ténèbres, il ne vit pas le visage de son sauveur. Il ne sentait, alors que l'obscurité l'enveloppait, que ce goût de sang dans sa bouche. Le goût de son propre sang.




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Message Posté le: 9/12/2008 à 00:55    
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« Une pierre.
Quelle force possède une pierre ? Aucune, en elle-même mais ajoutez là à des centaines d'autres et vous verrez l'avalanche emportant tout sur son passage. »



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Pethrotîr
Dorthonion - Beleriand
~ An 432 du Premier Âge du Soleil



Etait-ce le hasard ? Je n'osais y croire. Seule la volonté d'Erù avait pu mener mes pas vers Nauringon. La forêt était sombre et profonde, et l'endroit très dangereux. Au Nord, les rumeurs de la guerre se faisait entendre, et jamais je n'aurai imaginé pénétrer si loin sous la ramée de ce bois noir. Les Ered Gorgoroth étaient le dernier endroit d'Arda - Angband mis à part - où un sage et pacifique érudit devaient se trouver, et pourtant je me trouvais là, face à ces Montagnes du Sud.
Ou plus précisément, je me trouvais là, face à l'un des plus monstrueux rejetons d'Ungoliant qu'il m'ait été donné d'observer. Car le doute ne subsistait pas : j'avais bien affaire à l'une des créatures du Noir Morgoth, et pour seule arme, la dague que m'avait offerte ma femme Faerael.

Je n'avais jamais été doué dans le maniement des lames, et cette dague était plus un symbole qu'une arme. Je crois que ma vie en aurait été bien plus courte si, quand j'ai rencontré cette créature sortie des noirs rêves du monde, elle n'avait pas été déjà morte.

Ce n'est pas le genre de détail que l'on remarque lorsqu'on fait telle rencontre. Nos yeux s'arrêtent sur les poils qui recouvrent ce corps difforme, sur ses gigantesques pattes à crochets et sur ses dizaines d'yeux noirs comme la nuit qui vous regardent. Nos mains se crispent sur nos armes (même si l'on en maîtrise mal le maniement), et notre sang s'échauffe, bouillonne et nous rend prêt pour un dernier combat.

Mais la créature ne frémit même pas lorsqu'elle me vit prendre la posture de garde que j'avais apprise des maîtres épéistes de Menegroth. Elle ne trembla pas lorsque je me jetais à son assaut, certain d'y trouver mort et souffrance. Elle ne recula pas lorsque je lançai, d'une voix que j'espérai assurée, le cri de guerre de mon peuple. Elle ne broncha pas lorsque ma lame entailla son cuir dur comme l'acier des nains, lorsque d'un geste je perçais sa grotesque panse.

C'est à ce moment là que je réalisai que si elle n'avait pas daigné réagir à mon assaut, c'était sans doute parce qu'un tronc de pin la perçait de part en part, et qu'elle baignait dans son propre sang depuis quelques jours au moins. Abaissant ma garde devant cet ennemi déjà défait, je contemplai la chose sans en comprendre le sens. Comment avait-elle pu s'empâler seule sur un tronc ? Marchait-elle à la cime des arbres et, par mégarde, avait glissé jusqu'à son funeste destin ?

J'en étais là, précisément, de mes interrogations lorsque de sa panse perçée j'entendis s'échapper un souffle rauque. Je me remis aussitôt en garde, pensant que j'avais été naïf de croire mon adversaire déjà vaincu, mais la créature ne bougea pas plus. Tendant l'oreille, toujours en alerte, je réalisais que le souffle sortait de la créature par son ventre et non par sa gorge ce qui, même pour un rejeton de la Fille de l'Obscurité, me paraissait étrange. La lame prête, le sang chaud et concentré sur cette fuite, je m'approchais... et découvrais dans les lambeaux de chair de son ventre grotesque le corps d'un Elda englué et mourant.

Vraiment, comme croire ensuite que ma rencontre avec Nauringon ne fut pas le fait de la volonté seule d'Erù ?


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