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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 19/11/2008 à 22:14    
 

Sighild Ealdorhelm


‘Je suis Sighild, fille du Thane Hildhaeled du clan des Ealdorhelm. C’est à quelques miles de la frontière gondorienne que mon clan a établi l’héritage de ses prouesses guerrières au pied des Ered Nimrais, sur les rives de la Mering, là où elle est la plus torrentueuse et où, non loin, murmurent les Bois de Firien. C’est en ces Terres de l’Eastemnet, façonnées par les vents furieux des plaines, à l’ombre des massives rocailles que je suis née…’

'Voici mon histoire et celle de mon clan, à travers l'Eriador...'

Sighild Eorlhin Ealdorhelm


Description physique
Sighild est une jeune Rohiril de dix-neuf printemps. De taille moyenne, elle possède une certaine carrure athlétique de par sa principale activité physique : l'équitation. Le cheveu cuivré, qu'elle n'attache jamais, les yeux verts, la jeune femme est d'une beauté des plus classiques, sans autre fard qu'un sourire franc ou une moue parfois boudeuse.

De ses rares combats menés - même si elle a suivi l'entraînement de ses compagnons Rohirrim, elle n'est pas une guerrière née - Sighild a déjà récolté une blessure de flèche au niveau de l'épaule gauche et une estafilade sur la joue gauche.


En détails ...
NomSighild Ealdorhelm
Signification du nom :Guerrière victorieuse
Dates :Née en 2999 - 3A au Rohan
Ethnicité :Clan des Ealdorhelm
Culture :Rohiril
Signes particuliers :Cicatrice sur la pomette gauche
En gameplay :Championne




Dernière édition par Sighild Ealdorhelm le 18/02/2009 à 15:11; édité 5 fois
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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 12/02/2009 à 21:11    
 

Le personnage


Sighild est née des secondes noces d’Hildhaeled en 2999. Jumelle de Finhild, la jeune femme possède un fort caractère, loyal et franc. L’entourage masculin incontestable, les hauts faits d’armes des Rohirrim sur les théâtres des divers conflits, son attrait pour les chevaux, mèneront l’enfant à poursuivre la voie des Cavaliers, à s‘initier au maniement des armes au détriment du travail quotidien des femmes du Clan. Son énergie et sa détermination lui attirent souvent les foudres de son père qui ne peut la plier à sa propre volonté : par deux fois, elle refusera la proposition de mariage des prétendants désireux de faire alliance avec les Ealdorhelm. Mais Hildhaeled, un soupir à la fois résigné et fier au coin des lèvres, ne peut s’empêcher d’admirer cette enfant qui aurait pu être le fils farouche et téméraire qu’il n’a pas. Car Finhild, de constitution plus fragile que sa sœur, n’a pas les mêmes desseins en tête.

Après l’attaque des orques de Nan Wathren qui coûta la vie à son oncle Eothgard, Sighild fut recrutée en tant que palefrenière par Eogar, le maître-éleveur de la ferme d’Anstacier. Elle partage ses journées entre son activité parmi les chevaux et les missions de livraison que lui confie Eogar.


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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 18/02/2009 à 15:11    
 

Origines


Après la Bataille du Champ du Celebrant en 2510 du Tiers Age, l’Intendant du Gondor Cirion offrit la province du Calenardhon à ses fidèles alliés éothéod, en remerciement de leur précieux soutien, de leur loyauté et de leur courage contre les incursions des Balchoth. Victoire indubitablement décisive puisque sans la venue d’Eorl et de ses cavaliers, le Gondor aurait probablement été anéanti. Le lendemain de la prestation du serment qui réunit les deux hommes, Eorl prit congé de Cirion. Il regagna les frontières de la Forêt Noire afin d’annoncer la nouvelle à son peuple et d’organiser, dans les délais les plus brefs, leur exode pour un long et téméraire voyage, avec femmes, enfants et vieillards chargés de leurs biens les plus précieux.

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C’est en ces lointaines heures de fierté, de gloire et de joies, alors que le long convoi des Eothéod sinuait vers les terres du Calenardhon, qu’Ealdorhelm l’Ancien, ancêtre de Sighild, demanda à être reçu par son souverain Eorl. Le vieux cavalier avait entendu bien des récits lors des veillées autour des grands feux rougeoyants. Des bardes itinérants s’étaient joints à leurs troupes pour leur conter, contre un morceau de viande et une place près d’un foyer chaleureux, les exploits des Hommes aux Chevaux. Le luth ou la harpe se mêlait à leur voix claire et harmonieuse, et les silhouettes d’Eorl et de Cirion, unis dans un serment, se reflétaient comme des songes inaccessibles au-dessus des flammes chantantes. Ealdorhelm, l’esprit superstitieux baigné de ces refrains héroïques, avait alors demandé à son roi l’autorisation de bénéficier d’une parcelle des terres qui s’étendaient sur les bords de la Mering, à la frontière du Gondor. Cela représenterait pour lui un honneur incontestable que de veiller sur cette colline qui avait vu l’avènement d’une amitié renouvelée entre les Eothéod et le Gondor. Eorl le Jeune accepta, récompensant par ce geste les hauts faits d’armes du vieux Rohir et de sa tribu nomade.

Dès lors qu’Ealdorhelm et son clan atteignirent leur nouveau territoire, après un périple de plusieurs mois, leur existence se transforma. Après avoir consciencieusement exploré les lieux, ils trouvèrent un haut plateau aux ressources abondantes, entouré de bosquets giboyeux et de pâturages pour leurs inestimables chevaux. La plate-forme naturelle, piquetée de rocaille, dominait les vastes plaines aux collines sculptées par les vents. Leur vie de nomades s’achèverait sur ces paisibles contreforts, et le ronflement de la rivière torrentueuse, mêlé aux murmures de la brise, les accompagnerait dans leurs premiers travaux de construction.

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Bientôt s’éleva la majestueuse halle d’Ealdorhelm, entourée de petits groupes d’habitations de bois et de torchis, d’une écurie, d’une étable, d’un bâtiment artisanal où menuisiers, forgerons et peaussiers travaillaient de concert, rivalisant dans la bonne humeur afin d’améliorer le quotidien de leur clan dans tous les domaines.

Lorsqu’Ealdorhelm mourut, son fils Helmeod lui succéda et attribua au clan le nom de son père. Ainsi passèrent les années, les siècles… le Clan des Ealdorhelm prospéra au sein d’une paix relative : le Rohan dut repousser les assauts répétés des Hommes du Pays de Dùn. Puis le Rude Hiver sévit, provoquant famine et désolation sur le peuple déjà affaibli.

Aux prémices de la Guerre de l’Anneau, les Ealdorhelm étaient représentés par Hildhaeled, guerrier chevronné et valeureux qui avait fait ses preuves au combat et qui avait repris le flambeau après la mort de son père Hildaewulf. Il dirigeait une éored et recevait ses ordres du quartier général d’Aldburg dont la place-forte était située dans le Folde.

De sa première épouse morte en couches, Hildhaeled eut une fille : Eachna. Plusieurs années plus tard, il prit pour secondes noces Wineora du clan des Deorferhd. Wineora lui donna des jumeaux : Finhild et Sighild.




Dernière édition par Sighild Ealdorhelm le 5/03/2009 à 08:46; édité 2 fois
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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 23/02/2009 à 19:51    
 

Festivités


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Les majestueuses Montagnes Blanches, au corps sombre et rugueux, tels des géants de pierre terrassés par une malédiction, se paraient encore d’une mante d’un blanc immaculé malgré les prémices de l’été. A leurs pieds s’étendait le domaine des Ealdorhelm, un clan de Rohirrim dont la lignée ancienne remontait jusqu’aux exploits d’Eorl le Jeune et de ses cavaliers. Non loin coulait la Mering et son chant furieux résonnait sur le plateau d’herbe grasse, de rocaille et de bosquets où vivait le clan, à l’abri de ses palissades de bois.

En cette soirée, au sein de la halle du Thane Hildhaeled Ealdorhelm, éclats de rires, voix rudes et chansons égayaient les lieux plongés dans une obscurité que seule une lune gibbeuse affrontait de ses clairs rayons argentés.

Trois longues tables, jonchées de plats aux riches saveurs et de boissons qui allumaient des flammes dans les yeux des festoyeurs et coloraient leurs joues, s’étiraient en arc de cercle au milieu de la grande salle commune. Derrière cet hémicycle aux colonnes de chair et de sang, un imposant foyer de pierre fournissait la chaleur de ses hautes flammes qui montaient vers le plafond ajouré aux lourdes charpentes de bois.
Sur les larges poutres sculptées par endroits de fières têtes d’équidés pendaient des arcs et leur carquois, des épées courtes ou longues dans leur fourreau de cuir et de bronze ciselé. Aux murs de bois et de torchis, quelques boucliers entourés de lances et de haches croisées affichaient leur face bosselée sous les luisances du feu ronflant. Aux pieds de ces ombres rassurantes d’acier et de cuir travaillés, discutaient ou dormaient certains membres du clan, assis ou allongés sur les banquettes recouvertes de fourrure qui longeaient une grande partie des murs de la salle. L’alcool déliait les langues ou assommait les esprits…

Sighild battait des mains au rythme de la musique dont les notes joyeuses virevoltaient autour des convives qui tenaient un gobelet d’hydromel ou un morceau de gibier à la main. Des rumeurs de conversations et de rires accompagnaient le concert animé où le tambourin, la flûte et le luth rivalisaient gaiement. La jeune femme avisa sa sœur aînée, assise à la droite de leur père Hildhaeled. Leurs regards clairs se croisèrent et un sourire franc et radieux anima leurs lèvres.

‘Sept longues années…’ La douce Eachna était de retour. Sa soif de savoir, son désir d’apprendre les rudiments de l’écriture, la diversité des langues, le secret de leurs runes et autres mystères insoupçonnés l’avaient poussée à quitter le toit familial pour se rapprocher d’un grand oncle maternel, sage érudit au sein de la Cité Blanche du Gondor, Minas Tirith. La fille aînée de Hildhaeled en avait-elle terminé de ses études ou la nostalgie du Rohan et de ses pères l’avait-elle incitée à emprunter à nouveau la Grande Route de l’Ouest ? Qu’importait. Eachna, cette sœur aimante et aimée, était là. Et Sighild s’en réjouissait. D’autant plus qu’aux derniers feux de l’été, avant le départ de l’éored de leur père dans des expéditions de surveillance à travers les vastes plaines du Folde, celui-ci devrait s’acquitter d’une livraison de chevaux à un ami rohir qui vivait près de Bree : Eogar, fils d’Hardogar. Et pour cette délicate mission vers les territoires d’Eriador, Hildhaeled avait engagé, au côté de son propre frère Eothgard, ses derniers nés, les jumeaux Finhild et Sighild, pour ce dernier voyage commercial avant l’automne.

Ramenant une mèche de cheveux cuivrés derrière son oreille, Sighild soupira et se pressa contre le bras de son frère qui portait son gobelet à ses lèvres pour y boire une gorgée. Ce dernier sourit, attendri par les manières de sa jumelle.

- Tu es lasse, ma sœur ! Quitte cette assemblée de ripailleurs avant de tomber la tête la première dans l’écuelle !

La jeune femme rit doucement et, les paupières closes, posa sa tête sur l’épaule de Finhild.

- Lasse… oui ! Cependant, je tarde à abandonner ces lieux car j’ai peur de m’éveiller demain et de constater que la vision d’Eachna parmi nous n’était qu’un songe… Notre sœur m’a tant manqué ! Te rends-tu compte qu’elle a failli ne pas me reconnaître ? fit-elle, fronçant du nez, la moue contrariée. Et nous n’avons guère eu le temps d’échanger la moindre parole depuis son arrivée… Hmpf !
- J’ai espéré, tout comme toi, le retour d’Eachna parmi nous !
répondit-il en grattant son menton ombré d’une barbe naissante. Mais sois assurée que tu auras tout loisir de discuter avec elle dès le lever du soleil. Pars te reposer, à présent. Ta tête est encore plus lourde qu’un vieux bouclier…
- Rhaaa !
s’indigna-t-elle faussement avant de se redresser, les yeux larmoyants de fatigue.

Elle embrassa son frère sur la joue, adressa un sourire entendu à ses parents et à Eachna puis se leva et quitta la chaleur festive de la haute salle.




Dernière édition par Sighild Ealdorhelm le 5/03/2009 à 08:45; édité 2 fois
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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 10/03/2009 à 22:11    
 

La décision d'Eachna


Une semaine plus tard.

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Adossée contre une éminence de pierre, un brin d’herbe entre les lèvres, Sighild observait le troupeau de chevaux de son oncle Eothgard qui paissaient paisiblement en contrebas, près de la rivière rieuse. Une brise fraîche descendue des sommets jouait avec ses cheveux cuivrés qui, malgré le petit filet qui les enserrait étroitement, s’échappaient avec malice. Frissonnant légèrement sous les assauts du vent capricieux, la jeune femme resserra les pans de son ample cape de laine autour d’elle. Elle réprima un bâillement et laissa échapper le brin d’herbe qui disparut aussitôt dans l’air mouvementé.

Des pas frôlant le sol tapissé d’herbe haute de la petite colline la tirèrent de ses pensées. Elle regarda par-dessus son épaule et son visage s’éclaira aussitôt d’un large sourire en reconnaissant sa sœur aînée, Eachna. Cette dernière, la démarche tranquille, les bras croisés sur sa poitrine, approchait tout en laissant vagabonder son regard vert sur le paysage grandiose qui s’offrait à elle. De cette hauteur, les plaines septentrionales s’étendaient à perte de vue, traversant les Bouches de l’Entalluve dont les luisances limpides se devinaient sous les rayons du soleil. A peine était-il possible de distinguer le tracé de la Grande Route de l’Ouest.

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- Qu’il est doux à mon cœur de contempler à nouveau ce cadre troublant qui, à chaque aube renouvelée, nous est offert ! exprima soudain Eachna, le regard accroché sur l’horizon. Je suis heureuse d’être de retour au Rohan.
- Et je suis heureuse que tu sois de retour pour en profiter, ma sœur !
s’exclama Sighild en l’invitant à se placer à son côté.

Eachna s’exécuta en souriant, embrassant sa sœur d’un baiser claquant et l’étreignant contre elle avec tendresse. Elles demeurèrent un instant silencieuses, leurs pensées errant au gré du souffle puissant du vent, avant que Sighild ne presse le bras de sa sœur et ne lui indique la position de leur frère Finhild qui, en contrebas, l’arc à l’épaule, sinuait discrètement autour des chevaux. Ce dernier s’était retourné et leur adressait un salut d’un ample mouvement du bras.

- Regarde, Eachna ! Notre frère nous salue !

Les deux sœurs répondirent à Finhild par de grands gestes, avant de se cramponner l’une à l’autre sous une soudaine bourrasque qui délogea les larges plis de leur manteau.

- Quel vent ! rit Eachna en glissant sa capuche sur sa tête et en frictionnant ses bras avec vigueur. Je loue cette volonté et ce courage dont notre Clan a toujours fait preuve depuis des générations lointaines, à résister ainsi aux éléments et à ses lois. Mon érudition auprès des sages de Minas Tirith semble bien pâle en comparaison de cette force qui émane de mes frères Rohirrim !
- Tu dis n’importe quoi, Eachna !
répondit Sighild d’un haussement d’épaules. Notre admiration est grande de compter dans nos rangs une érudite telle que toi. N’as-tu pas lu la fierté dans le regard de notre père ? Un peu de sang neuf au sein des Maîtres des Traditions ! Les soirées seront moins ennuyeuses dorénavant…
- Lorsque je serai vieille et grise, oui !
répondit Eachna en posant son front contre celui de Sighild. Cependant… Crois-tu sincèrement que je sois revenue pour remplacer notre barde de grand-père ou est-ce l’expression affirmée de Hildhaeled ?
- Oh…
hésita Sighild. Oui… Notre père en a parlé brièvement ! Tu sais qu’il tient aux traditions de notre Clan. Qui, mieux que toi, pourrait assumer ce rôle à l’avenir ?
- Toi ? Ne sais-tu pas user du luth avec autant d’agilité qu’Haeldwin ?


La jeune rohiril ne répondit pas. Eachna hocha la tête, la moue méditative. Un silence s’installa que Sighild interrompit en poursuivant.

- Tu ne restes pas, c’est ça ? Tu retournes au Gondor ? s’enquit cette dernière, une lueur d’inquiétude dans ses prunelles vertes.
- En effet, je ne resterai pas, Sighild… commença sa sœur aînée en souriant d’un air énigmatique. Mais je ne retournerai pas pour autant à Minas Tirith… Le Savoir que j’ai accumulé tout au long de ces sept longues années n’est que balbutiement face aux connaissances que j’ai encore à découvrir !
- Si ce n’est au sein de la Cité Blanche… où crois-tu trouver ces autres connaissances ?
- En Eriador !
- En Eriador ? J’aurais été moins surprise si tu avais mentionné Dwimordene et ses sorciers d’Elfes !
- Sighild, Sighild ! Ton ignorance est touchante mais te perdra si tu t’évertues à discourir ainsi sur les Elfes !


Eachna ne put s’empêcher de rire en observant les yeux arrondis de stupéfaction de sa jeune sœur.

- Sighild ! reprit-elle en posant une main conciliante sur le bras de sa sœur. Au-delà du Gondor et du Rohan, d’autres terres et avec elles, d’autres peuples, méritent notre attention.
- Surtout la tienne !
rétorqua Sighild d’un ton empli d’espièglerie.
- Tu découvriras bien vite tout l’intérêt qui existe à diriger notre regard au-delà de notre horizon.
- Ah !
s’exclama la jeune sœur en riant. Tes phrases énigmatiques ne me manquaient pas !

Les deux sœurs rirent de bon cœur et leurs éclats roulèrent en échos joyeux, bravant le mugissement du vent, sur les pentes herbues des prairies alentour.

- C’est pourquoi… reprit Eachna en plongeant son clair regard dans celui, identique, de sa sœur. J’ai la ferme intention de profiter du convoi qui acheminera les chevaux de notre oncle pour diriger mes pas en Eriador.
- Oh ! Notre père est-il…
- Rares sont les hommes du Rohan de la trempe et de la sagesse de notre père !
la coupa Eachna. Sinon que deviendrais-tu sans ton épée et ton précieux cheval ? Tous les mots qui devaient être prononcés l’ont été, Sighild... Il a accepté !
- Eachna !
s’exclama Sighild en se jetant dans ses bras.
- Il ne restera plus qu’à me trouver une occupation jusqu’à la venue de l’automne…

Sighild observa sa sœur, l’œil brillant.

- Apprends-moi le secret de l’écriture ! Je veux savoir lire et déchiffrer notre langue !
- Voilà un défi que je suis prête à relever !


Sighild et Eachna tombèrent dans les bras l’une de l’autre. Et leurs rires résonnèrent encore longtemps dans le frais matin, titillant l’ouïe de Finhild qui souriait à ce bonheur retrouvé.




Dernière édition par Sighild Ealdorhelm le 11/03/2009 à 21:30; édité 1 fois
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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 17/03/2009 à 21:42    
 

En route pour l'Eriador !


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Le soleil dévoilait lentement sa couronne dorée lorsque la troupe des cavaliers sélectionnés par Eothgard pour surveiller et protéger le convoi des chevaux s’ébranla hors des palissades de bois qui protégeaient le domaine des Ealdorhelm. Ils empruntèrent le chemin pierreux qui sinuait le long des flancs escarpés des hautes collines et dirigèrent leurs montures piaffantes vers le pâle tracé de la Grande Route de l’Ouest. Un nuage de poussière les précéda, provoquant quintes de toux et crachats.

Cette journée, première d’une longue et pénible série avant d’apercevoir les contours du Pays de Bree, s’annonça lumineuse et accueillante. Le ciel étalait son manteau azuréen sans tache au-dessus des têtes penchées, appesanties de casques scintillants. Les pointes des lances dressées vers l’astre solaire émiettaient des étincelles. Le cliquetis des armes et armures, le galop cadencé, le souffle et le renâclement capricieux des chevaux emplissaient l’atmosphère et la baignaient d’échos étrangement rassurants.

Sighild, agitant sa main une dernière fois à l’attention de sa mère Wineora, rejoignit dans un trot enlevé la file des cavaliers dont la formation en demi-cercle enserrait les chevaux destinés au commerce. Les bêtes étaient magnifiques et son oncle Eothgard pouvait s’enorgueillir de la qualité de ses animaux. Songeuse, la jeune femme flatta l’encolure de son bai au franc et fidèle caractère et vint se placer entre son frère Finhild et sa sœur Eachna. Sous l’acier de son casque aux ciselures ouvragées, elle soupira d’aise et leur sourit, tour à tour, quand leur visage se tourna vers elle.

- Tes yeux pétillent, ma sœur ! s’exclama Eachna, jetant des coups d’œil peu rassurés sur le sentier caillouteux qu’ils empruntaient.
- Quoi de plus grisant que de sentir le souffle de la brise sur son visage, bercée par le rythme d’un doux galop ! répondit Sighild en lui adressant un clin d’œil amusé.
- Doux galop ! Doux galop ! protesta leur sœur aînée, une grimace aux lèvres. A cette cadence, je crains que la douceur ne laisse la place à la douleur…
- Tu as passé trop de temps à jouer les rats de bibliothèque au Gondor !
la taquina Finhild, le rire aux lèvres.
- Peut-être, mon frère… dit-elle en haussant les épaules, sans se départir de son sourire.
- Cependant, il ne m’a pas déplu d’échanger l’épée contre la plume ! poursuivit-il d’un ton conciliant en agitant sa main, traçant des lettres invisibles dans l’air. Et je fais honneur à ton immense patience pour nous avoir guidés, Sighild et moi, sur ce sentier obscur.
- Des progrès restent à faire… mais je suis ravie que vous ayez joué le jeu tous les deux !
- Nous jouerons encore, Eachna !
lança Finhild avant d’accélérer l’allure d’une pression sur les flancs de sa monture, remontant ainsi la colonne pour rejoindre leur oncle qui chevauchait allègrement en tête.

Les jours et les nuits se succédèrent… Sur leur flanc gauche s’étiraient les sommets dentelés des Ered Nimrais, tandis qu’à leur droite s’étendaient d’interminables plaines aux doux vallonnements balayés par les vents du nord. Au sein des vapeurs septentrionales se discernaient, dans différents tons de bleu et de gris, les cimes des Monts Brumeux.

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Quittant la route et contournant par l’Est, Eothgard et sa troupe évitèrent Edoras et installèrent leur campement le plus loin possible de ses contreforts, sur les bords de la Snowbourne. Depuis quelques années, une étrange atmosphère régnait au sein du palais de Meduseld. Il n’était pas recommandé de se montrer à la cour du roi Theoden. Grima, conseiller royal, semblait avoir pris un sombre ascendant sur le souverain : du jour au lendemain, de braves Rohirrim, pourtant fidèles au roi, étaient dépossédés de leurs terres, se retrouvaient bannis du Rohan… ou disparaissaient sans laisser de traces. Un vent de suspicion et de crainte soufflait au-dessus de la vallée…

Puis le voyage se poursuivit. Eachna, secondée par sa jeune sœur peu enjouée, préparait le frugal repas quotidien. C’est à la fin des hostilités culinaires qu’armée de son vieux luth, Sighild jouait un répertoire diversifié de mélodies qui égayaient les hommes du clan et raffermissaient les cœurs.

Ils traversèrent les Gués de l’Isen et continuèrent vers le nord, par la Vieille Route du Sud. Arrosés par une pluie fine et froide, les Rohirrim, rendus mornes et silencieux par les intempéries, furent accueillis par les tristes ruines de Tharbad, sur les rives grises du fleuve Gwathlo. Ses vieux murs branlants ressemblaient à des crocs émoussés et pourris. Eothgard, superstitieux, ordonna à sa troupe de traverser le fleuve par l’un des gués encore praticable et n’autorisa de mettre pied à terre, afin de dresser le bivouac, qu’une fois la silhouette fantomatique de Tharbad disparue dans les brumes humides de l’horizon. Le Chemin Vert s’ouvrit alors devant eux. Ainsi que l’Eriador…

La fin du périple approchait.




Dernière édition par Sighild Ealdorhelm le 17/03/2009 à 21:46; édité 4 fois
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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 20/03/2009 à 08:36    
 

Au bout du chemin


Le Pays de Bree, plongé dans un crépuscule naissant, accueillit les cavaliers harassés après trois interminables semaines de chevauchée. Eothgard guida sa troupe, bruyante et fière masse malgré la poussière et la boue qui maculaient hommes et chevaux, jusqu’à un lac situé au nord-ouest de la cité. La ferme d’Anstacier, où demeurait Eogar fils d’Hadorgar, se situait plus au nord, au sommet d’une colline qui dominait le Chemin Vert. Comme leur avait expliqué l’oncle de Sighild, une nuit de répit ne serait pas inutile avant de conduire les bêtes, une fois pansées et reposées, au maître d’écurie rohir.

De la route distinguaient-ils des lueurs qui clignotaient derrière les vitres des fenêtres closes. Malgré la nuit qui s’installait, mante d’obscurité piquetée d’étoiles, une étrange animation régnait et se devinait au-delà des fortifications de bois de la ville de Bree. Mais à l’extérieur, les rares fermes rencontrées sur le bord du chemin d’herbe et de terre battue affichaient portes closes et silence presque hostile.

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Les luisances du lac apparurent enfin dans leur champ de vision. Sous les exclamations d’encouragement d’Eothgard et de ses hommes, le camp fut vite installé et bientôt se dressa un village de petites tentes aux toiles bigarrées et de nattes de paille déroulées. La fatigue alourdissait les traits des visages en cette ultime journée, cependant la bonne humeur ne quittait pas les esprits : ils étaient arrivés à destination sans déplorer, au sein du troupeau éparpillé sur les berges herbeuses du lac, de blessure ou de traumatisme.

Réprimant plusieurs bâillements, installée près des eaux murmurantes, Sighild étrillait avec entrain sa monture à la lueur des flambeaux qui avaient été fichés au sol un peu partout dans le campement. Sabotant la terre, l’animal renâclait de plaisir à chaque coup de brosse et ses muscles las frémissaient sous sa robe alezane. Autour de la jeune femme, des conversations s’élevaient, entrecoupées de rires. Un chien aboya dans le lointain enténébré, un oiseau invisible pépia une série de notes ainsi qu’un hymne de bienvenue.

Sighild amena son cheval au bord de l’eau afin qu’il se désaltère. Sous les feux crépusculaires des cieux, le lac prenait une étrange teinte sanguine. La jeune femme frissonna, l’esprit superstitieux de son peuple prenant, le temps d’un fugitif instant, le pas sur sa raison. Une main se posa sur son épaule, la faisant sursauter. Se fustigeant intérieurement, elle pivota lentement sur ses pieds et le visage serein de sa sœur, au front auréolé de boucles blondes, apparut dans l’ombre projetée par les flammes des hautes torches.

- Lorsque tu auras fini de soigner Marhfara, je requerrai encore ton aide précieuse pour préparer le repas et servir les hommes… murmura Eachna en s’avançant dans les ombres tamisées pour flatter l’encolure tiède du bel animal. La faim, la fatigue… le terme de cette expédition les rendent particulièrement impatients !
- J’arrive, ma sœur !
soupira Sighild que ce labeur quotidien lassait au plus haut point. J’en ai terminé avec lui.

Sighild attrapa le licol qui traînait aux pieds de Marhfara et attira ce dernier vers un arbre isolé d’où elle pourrait le surveiller. Gratifiant son flanc d’une dernière tape affectueuse, elle emboîta le pas à sa sœur et, sous ses ordres, entreprit de découper en morceaux réguliers légumes et viandes tandis que l’eau bouillait à grosses bulles dans une marmite. Pendant ce temps, leurs compagnons rohirrim bouchonnaient leurs montures, dépoussiéraient et lustraient leurs armes et armures, échangeant leurs impressions sur l’atmosphère des lieux. Une tension sourde rendait l’air presque électrique, comme à la veille d’un puissant orage…

Le repas tant attendu fut annoncé et la troupe s’installa autour du grand feu de camp au-dessus duquel mijotait le ragoût aux effluves alléchants. Eachna et Sighild s’occupèrent du service et, une fois leur tache accomplie, les deux sœurs s’éloignèrent avec leur écuelle sur la berge sablonneuse où elles prirent place. Sous leurs yeux papillotants d’une saine fatigue, l’étendue d’eau ténébreuse était sans mouvement, tel un miroir immense destiné à quelque entité narcissique. La lune s’y reflétait, œil unique et parfait, baignant les champs alentour d’une mousseline argentée.

- L’Eriador… Bree… murmura Eachna, le regard songeur baissé sur son écuelle vide. Qui aurait pu me prédire que je découvrirais ces territoires issus d’un recueil de géographie ? De simples mots sur des pages de parchemin jauni pour lesquels j’ai inventé tant de paysages…
- Tu en foules la terre, ma sœur ! Tu en respires l’air… Aujourd’hui, ton rêve s’est exaucé.
- Mon rêve ne s’achève pas ici !
dit-elle d’une voix douce en appuyant ses dires d’un mouvement de tête. Il reste tant à découvrir… à accomplir !
- Accomplir quoi ? Pour qui ?
interrogea Sighild, les yeux arrondis par l’incompréhension. Le Rohan est notre patrie. Que fais-tu du Clan ? C’est au Rohan que sont notre vie et nos devoirs !

Eachna éluda les questions de Sighild d’un geste de la main.

- Je t’en prie, Sighild ! Contemple la terre au-delà des limites du Rohan ! Contente-toi d’ouvrir les yeux et de tendre l’oreille !
- Qu’as-tu donc appris, au Gondor, pour que tu aies l’esprit ainsi détourné du Rohan et que tu veuilles délaisser les tiens ?
s’enquit la jeune Rohiril, l’air buté.
- Délaisser les miens ? protesta Eachna et, se débarrassant de son écuelle qu’elle posa près d’elle, elle se rapprocha de sa sœur. Jamais je n’abandonnerai notre Clan, notre peuple ! Seulement…

Sa sœur émit une hésitation. De ses prunelles vertes à l’éclat aigu, elle étudia un moment les traits fins de Sighild.

- Seulement ? insista Sighild que les manières énigmatiques d’Eachna impatientaient.
- Seulement… Je sens au plus profond de moi la venue d’un temps difficile et, tôt ou tard, nous serons emportés dans ses remous… Tous !
- Que racontes-tu ?
souffla Sighild, jetant des regards obliques par-dessus son épaule.
- Des rumeurs circulent ! continua-t-elle sur le ton de la confidence et ses yeux emplis de gravité brillaient à la lueur des flambeaux. Des rumeurs sur un Mal, un Ennemi, dont les noires racines se sont étendues sur ce territoire inconnu où nous sommes ! Les Peuples Libres d’Eriador sont concernés et… NOUS serons concernés, car ce Mal est telle une nuée de ténèbres qui s’étend inexorablement… Ne rien entreprendre en amont, c’est aussi menacer le Rohan et son peuple !
- As-tu des preuves de ce que tu avances ?
- En as-tu besoin ?
interrogea Eachna, les sourcils froncés, visiblement irritée par l’esprit obtus de sa jeune sœur. Je te le répète : ouvre les yeux et tends l’oreille ! Ensuite tu comprendras !

Lâchant un soupir dépité, Eachna ramassa son écuelle et se leva. Sighild, une moue contrite assombrissant son visage, l’imita.

- Je ne peux croire que tu sois insensible à cette atmosphère qui règne… poursuivit sa sœur aînée. A ce vent de crainte et de défiance qui souffle autour de nous. Je l’ai ressenti dès que nos pas ont foulé ce sol ! Les hommes, habitués aux relents de la guerre, l’ont senti aussi. Un Mal impose sa main…
- Oui…
acquiesça la jeune Rohiril en balayant d’un regard inquiet les ténèbres au-delà des lumières tremblotantes du camp. Cependant tes paroles m’effraient ! Tu t’exprimes comme… comme une vieille prophétesse…
- Sighild… si telle était ma condition, m’aimerais-tu moins ?
- Non, Eachna ! Non !
s’empressa-t-elle de répondre en étreignant la main de sa sœur dans la sienne. J’ai seulement peur de ce que je ne comprends pas…
- Il ne te reste plus qu’à écouter… et à rester sur tes gardes !


Eachna se détourna puis s’éclipsa sur ces dernières paroles. Sighild, songeuse, l’esprit embrouillé, rejoignit Marhfara près de l’arbre au pied duquel elle avait installé ses affaires. Elle se débotta et, roulant sa cape en boule afin d’en faire un oreiller, elle se faufila sous ses couvertures. Se remémorant les paroles troublantes d’Eachna, elle finit par s’endormir, le front assombri d’images, et un sommeil agité la projeta au milieu d’une bruyante cavalcade, d’où émergeaient des cris rauques, rage et douleur mêlées…


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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 21/03/2009 à 10:46    
 

L'attaque


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‘Wilcuman, Eothgard, fils d’Hildaewulf !’
‘Wesath hale, Eogar !’

Le soleil était haut dans un ciel ennuagé lorsqu’Eogar, fils d’Hadorgar, le maître d’écurie rohir, accueillit Eothgard d’une franche accolade. Tous les hommes présents se saluèrent, le rire en bouche et les bourrades viriles. Outre ces démonstrations d’amitié, les Rohirrim étaient sur leurs gardes…

Sighild et Eachna observèrent les échanges commerciaux de leur position, de l’autre côté du muret de moellons qui ceignait la ferme. Leur frère Finhild, accompagné de trois archers, sinuait, l’œil aux aguets, autour des bâtiments. Ses regards se portaient souvent vers les collines du nord et l’inquiétude se lisait sur ses traits. Sighild s’était rendu compte de la tension qui sourdait parmi les cavaliers. Pendant la nuit, les éclaireurs avaient dû découvrir quelque chose qu’Eothgard avait évité d’ébruiter afin de ne pas effrayer ses nièces.

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Eogar et ses palefreniers firent le tour de la trentaine de chevaux qui composaient le troupeau. Leurs mains glissaient sur les jambes musclées, soulevaient les sabots, vérifiaient les dentitions, flattaient d’un geste expert les encolures frémissantes aux crinières brossées. Le maître d’écurie affichait un sourire ravi. Il était conscient de la qualité de chacune des bêtes autour desquelles il tournait, l’œil appréciateur et lumineux. Il rejoignit Eothgard qui attendait patiemment sous l’auvent de bois d’une des nombreuses stalles. La poignée de main que les deux hommes échangèrent signifia la conclusion heureuse de ce fructueux accord.

Les chevaux furent guidés vers les prés qui s’étendaient en contrebas, au centre d’un circuit équestre qui comportait, à intervalles réguliers, de hauts piliers colorés. Sighild se demandait quelle utilité ils pouvaient avoir lorsqu’un cri retentit. Un cri de douleur…

- Les orques de Cirith Nûr !!! hurla un des aides d’Eogar. A vos armes !

Des orques ?

Sighild sursauta, une angoisse subite et inexplicable serrant sa gorge.

A la tête du troupeau qui s’éparpillait avec force hennissements et ruades, un des hommes d’Eothgard venait de s’écrouler sur le sol de terre battue, terrassé par une flèche à la penne noire et crasseuse. Eachna avait pâli. Cependant la fille aînée de Hildhaeled conservait le sang-froid que Sighild lui connaissait. Une force émanait d’elle, rassurante. Les deux sœurs échangèrent un rapide regard. Sighild pivota alors sur ses talons et courut jusqu’à sa monture afin d’y récupérer ses armes. Au grand étonnement de la jeune Rohiril qui s’armait d’une longue épée et d’une dague, Eachna accourait et s’emparait à son tour d’un haut bâton au bois sombre et massif. Sans prononcer la moindre parole, elles se précipitèrent jusqu’à la source de l’effervescence belliqueuse, rejoignant les cavaliers d’Eothgard qui, à pieds ou à cheval, faisaient front à une masse compacte d’orques rugissants. Ils avaient surgi du faîte d’une petite colline où les vestiges d’un monument abritaient un tireur à l’arc.

Des orques ! D’où viennent-ils ? Sans doute nous avaient-ils repérés dès notre arrivée… et ils nous surveillaient !

Sighild, suivie de près par une Eachna au regard concentré mais farouche, se faufila sur le flanc droit. Soudain deux orques franchirent d’un bond la barrière de bois qui délimitait les champs. Deux monstres massifs, à la peau brunâtre et aux crocs impressionnants, armés de masses et équipés de baudriers de cuir et de métal sombre. Eructant un hurlement de rage, ils avisèrent les deux jeunes femmes qui, souples et légères, évitèrent leurs énormes armes hérissées de pointes métalliques. Le bâton d’Eachna tournoyait au-dessus d’elle en un insolite ballet, frappait, s’envolait à nouveau, piquait les côtes de son adversaire. L’arme de bois paraissait douée d’une vie propre entre les mains de la jeune femme qui se déplaçait avec une grâce surprenante. Sighild lui jetait de furtifs coups d’œil, subjuguée par ce talent qu’elle ne lui aurait jamais soupçonné… L’apprentissage du maniement du bâton faisait-il partie des nouvelles attributions des Erudits, en Gondor ?

Cliquetis des épées. Choc des armes contre les boucliers. Ahans et vociférations…

Sighild revint à la réalité de l’instant, se fendant pour esquiver un coup latéral. Sa dague et son épée, duo d’acier, frappaient à tour de rôle. La jeune femme sentait son cœur battre dans sa gorge et à ses tempes, à la fois effrayée et fascinée par ce monstre hideux et puant qui grognait et crachait devant elle. C’était un redoutable combattant mais elle gardait confiance en ses années d’entraînement auprès de ses oncles. Les armes blanches, scintillements de métal entre ses mains assurées, n’avaient presque plus de secrets pour elle. Malgré la peur qui la tenaillait au ventre, Sighild souriait, insolente émotion sous l’œil furieux de l’orque. La fureur dans la gorge, ce dernier élevait sa masse au-dessus de sa tête lorsque la jeune Rohiril se fendit à nouveau pour lui planter ses deux lames dans la gorge, d’où un sang noir et malodorant jaillit par saccades. L’orque s’écroula comme une masse, un immonde gargouillis s’échappant de sa gorge transpercée.

Haletante, elle leva le regard vers sa sœur aînée pour s’assurer qu’elle était saine et sauve et aperçut le second orque, gisant sans vie sur le sol. Des soubresauts nerveux l’animaient encore tandis qu’Eachna continuait à assommer et repousser les attaques autour de leur duo. Dans les cieux enténébrés de sombres nuages qui avaient occulté la chaude lumière du soleil, un corbeau croassa, seul volatile à errer au-dessus des combattants. Sa présence intrigua Sighild et un frisson désagréable s’insinua le long de sa colonne vertébrale. Elle s’apprêtait à poursuivre le combat lorsqu’une douleur aiguë la surprit dans son élan. Baissant la tête, elle aperçut avec horreur la flèche noire plantée dans son épaule gauche.

- Sighild !!!

Une souffrance intolérable la cueillit et, un voile s’appesantissant sur son esprit, elle sombra dans l’inconscience…


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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 23/03/2009 à 15:35    
 

Vengeance amère


Sighild s’agita. Les fibres de la couverture de laine qui pesait sur son corps chatouillèrent son menton. La jeune femme remua à nouveau et les aiguilles douloureuses qui agaçaient le moindre de ses muscles la réveilla. Elle ouvrit les yeux, fronçant les sourcils, et grimaça sous le joug des fourmillements qui couraient le long de ses jambes engourdies. Son champ de vision fut alors envahi par le toit de toile brune d’une tente. Une lumière tamisée baignait les lieux et Sighild, penchant sa tête sur le côté, aperçut une bougie dont la flamme ocrée brûlait, claire et haute, créant de délicates ombres vacillantes au plafond. De la cire avait coulé sur le sol, dessinant d’originales figures, ainsi que des corolles d’albâtre.

‘Simbelmynë…’ souffla-t-elle et elle revit les Galgals recouverts de ces blanches fleurs qui surplombaient la route menant à Edoras.

Elle ferma les yeux. Un silence nocturne régnait : froissement de feuilles sous la caresse du vent, chuintement d’insectes… Soudain des images s’éparpillèrent sous son front et son visage se crispa. Tout n’était que confusion. Mais elle se souvint…

Les orques avaient attaqué la ferme d’Eogar… Peur. Cris de fureur et de douleur. Vacarme des armes entrechoquées. Hennissement affolé des chevaux qui ruaient et se cabraient. Souffrance…

‘Qu’étaient devenus son oncle Eothgard, ses compagnons… Eachna et Finhild ? Le maître d’écurie Eogar et sa famille… ?’

Ses paupières s’entrouvrirent à nouveau. Elle réussit à s’asseoir, repoussant les couvertures de laine, et dans ce geste, elle sentit les fins bandages de tissu qui entouraient et serraient savamment sa poitrine et son épaule gauche. Par curiosité, Sighild écarta le col du vêtement propre et frais dont elle avait été vêtue : malgré une minuscule fleur de sang qui tachait la surface blanche du bandage, les soins avaient été prodigués avec une attention certaine. Elle chercha ses affaires d’un regard circonspect : son épée et sa dague, à l’abri dans leur fourreau, reposaient contre la paroi de la tente. La jeune femme sourit puis, réprimant une plainte, elle se leva. Elle fit quelques pas incertains sous la tente, étira ses muscles endoloris et, le désir de sortir et de respirer l’air nocturne se faisant pressant, elle souleva le pan de toile qui scellait l’entrée…

Un léger frisson l’enveloppa lorsque Sighild émergea de la relative chaleur de la tente. Au-dessus du campement des Rohirrim veillait la lune, perle blonde accrochée à un ciel brillant d’étoiles. La belle solitaire entamait sa descente vers l’Ouest encore embrumé d’obscurité tandis que l’Est s’enluminait de pâles touches de parme.

La jeune Rohiril massa lentement ses bras aux muscles gourds, dont la peau était devenue ‘chair de poule’ sous le souffle de la fraîche brise. Un regard sur sa droite et elle aperçut son frère Finhild, silhouette recroquevillée devant les flammes mourantes du feu de camp. Tout portait à croire qu’il avait veillé sur son sommeil et sa sœur en fut touchée. Le large plaid dans lequel il s’était emmitouflé avait glissé de ses épaules et la fatigue semblait l’avoir emporté sur sa vigilance. Sighild ignorait combien de temps elle était restée inconsciente. Toutefois, leur bivouac n’avait pas été déplacé car elle reconnut les abords sablonneux, piquetés de joncs et d’herbes folles, du lac.

Sighild s’approcha sans bruit de son jumeau assoupi. Elle ramassa la couverture et la remit sur ses épaules. Puis, alimentant le feu affamé d’une bûche de bois sec, elle prit place à son côté et attendit qu’il s’éveille…

-oOo-


Une Aube emplie du gazouillis des oiseaux éveilla Finhild qui s’aperçut de la présence de sa sœur, endormie et pelotonnée contre lui. Rassuré de l’amélioration de son état, le jeune homme entoura ses épaules d’un bras protecteur et l’étreignit avec douceur. Ce mouvement extirpa Sighild du sommeil et un sourire naquit sur ses lèvres pâles. Mais les traits de son visage se figèrent en découvrant la vilaine plaie qui marbrait la tempe gauche de son frère, jusqu’à l’arcade sourcilière. Un résidu d’une pâte verdâtre maculait la blessure. Finhild comprit l’expression du regard horrifié de sa sœur.

- Ce n’est rien ! dit-il d’une voix douce et rassurante. Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus. Eachna est douée en matière de soins.
- Eachna !
sursauta Sighild, les yeux interrogateurs. Comment va-t-elle ? Et Eothgard ?
- N’aie aucune inquiétude. Tous deux se portent bien.


Il tourna un regard grave vers le campement d’où les premières rumeurs matinales retentissaient peu à peu. Une lueur de colère mêlée de tristesse voila ses prunelles vertes.

- Ces pourritures d’orques ont tué quatre de nos compagnons…
- Non…
murmura sa sœur, peinée par cette nouvelle.

Finhild reporta son attention sur sa jumelle dont les yeux baissés sur les cendres rougeoyantes se mouillèrent de larmes. Il comprenait l’amertume de sa douleur : sous la protection de leur oncle Eothgard et des cavaliers du Clan, ils avaient chevauché pendant près de cinq cents miles, sans rencontrer d’obstacles et sans coups férir contre d’éventuels brigands et pilleurs de convois. Ou contre ces infâmes Dunlendings ! Non ! Le danger, la mort les avaient touchés sur le lieu-même de leur destination…

- Tu es restée inconsciente durant trois jours, prisonnière d’une fièvre délirante. La pointe de flèche était empoisonnée ! Une interminable attente. Je ne te cacherai pas que nous avons craint pour ta vie, Sighild… dit-il en étreignant fortement la main froide de la jeune femme.
- Trois jours… murmura-t-elle, son esprit s’abreuvant de mots et d’images à mesure que son frère parlait. Et… les orques ? Sont-ils revenus ? Ont-ils été pourchassés afin de venger la mort de nos frères ?
- Nous avons retrouvé une sorte de poste d’avant-garde au nord, qui surplombe un gouffre où coule une rivière… Les lieux étaient déserts. Malgré tout, Eothgard nous a ordonné de tout brûler.

- Où peuvent-ils s’être volatilisés ?
- Un autre camp semble se dresser au-delà du cours d’eau, un camp plus important. Nous avons aperçu un pont suspendu et de grossières fortifications. Eothgard pense qu’il faut frapper à cet endroit. Juste aux frontières de ce cantonnement ennemi survit un bastion de défense des Peuples Libres, Pont-à-Tréteaux. Peut-être pourrons-nous leur demander de l’aide ?


Sighild haussa les épaules, peu convaincue.

- Pourquoi risqueraient-ils leur vie pour des étrangers tels que nous, Finhild ? Pourquoi ? Comme si la présence des orques sur leurs terres ne leur fournissait pas déjà un lot quotidien de tourments ! Quelle engeance monstrueuse…
- Eothgard ne laissera pas ces morts impunies…
- Alors vous comptez vous jeter dans la gueule du loup ? Sans connaître votre véritable ennemi, son nombre et ses forces ?
s’enquit Sighild en secouant sa tête auréolée de fins cheveux cuivrés. C’est de la pure folie !
- De toute façon, c’est l’affaire de notre oncle. Avec ou sans nos avis, il mettra un point d’honneur à venger la mort de ses hommes.
- Si Eothgard a parlé…
répondit-elle, une brusque lassitude l’envahissant.

La jeune Rohiril observa son frère un instant.

- Je suppose que tu participeras à cette expédition punitive ?
- Oui et non… Le cousin Feydwill et moi ayant été désignés meilleurs archers et pisteurs du Clan, nous allons jouer les éclaireurs !
confia-t-il une expression de fierté dans le regard. A tour de rôle, au fur et à mesure de notre avancée, nous leur porterons les informations nécessaires…
- J’espère que la prudence sera de rigueur…
avisa-t-elle, une grimace de douleur faisant pâlir davantage ses traits fatigués.
- Ce n’est pas une mission suicide, Sighild ! Eothgard a tenu conseil avant de prendre la décision finale. Tous les hommes le suivront ! Pour préserver notre honneur et celui de ceux qui sont tombés...
- Une vengeance digne d’être chantée !
fit la jeune femme, feignant le cynisme.

Son frère ne releva pas. Sighild massa doucement son épaule. Un vertige désagréable l’envahit : séquelles de la blessure ou malaise d’appréhension ? Retenant sa respiration, elle se leva, les jambes flageolantes. Elle ne voulait plus entendre parler de vengeance… d’orques et de combats.

- Je retourne m’allonger, mon frère. Je crains que cette conversation m’ait achevée… sourit-elle.
- Prends le temps de te reposer. Je demanderai à Eachna de te préparer une collation. Elle sera heureuse d’apprendre que tu es enfin de retour parmi nous !
- Où est-elle d’ailleurs ?
- L’épouse d’Eogar l’a accompagnée à Bree faire quelques achats de provisions diverses.
- Oh !


A pas lents, sans plus une parole, Sighild réintégra la tente. La bougie ne ressemblait plus qu’à une flaque rigide de cire et de minuscules perles blanches pendaient sur ses bords. La jeune femme nettoya le sol, ressortit jeter les déchets de cire dans l’âtre de pierres aux flammes ravivées puis revint se glisser sous les couvertures de laine et de fourrure. Le sommeil la happa sans tarder. Un sommeil fiévreux et agité où le fracas d’âpres combats résonnait au creux de hautes falaises, où les cris d’encouragement des hommes se fondaient avec les vociférations grasses des orques… Puis la fièvre s’estompa et le repos vint enfin.


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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 24/03/2009 à 22:10    
 

Inquiétudes


Un profond silence régnait sur le campement vidé d’une majorité des Rohirrim. Seule une poignée de cavaliers était restée, maigre protection désignée pour veiller sur les nièces d’Eothgard. Parmi eux, des blessés rescapés de l’attaque récente des orques à la ferme d’Anstacier.

En cette fin d’après-midi ensoleillée, Sighild s’était installée sur la berge du lac dont les eaux clapotaient sereinement à ses pieds. De l’autre côté de l’étendue d’eau aux douces ondulations se percevaient des coups de marteau à intervalles réguliers. De sa position, la jeune Rohiril apercevait les toits d’une ferme où les ailes d’un moulin tournaient et crissaient sous la poussée du vent.

‘Comme si de rien n’était…’

Cependant la paix relative des lieux ne produisait aucun effet sur l’esprit angoissé de la jeune femme. Elle tentait de dissimuler son trouble en grattant, d’une plume maladroite sur un vieux bout de parchemin récupéré, des lignes de runes que lui apprenait Eachna, jour après jour. Ce travail d’écriture, en soi répétitif, l’aidait à éloigner les visions d’horreur qui surgissaient sous son front plissé par une inquiétude indélébile. Eothgard et ses cavaliers, avec le soutien de Finhild et du cousin Feydwill dans leur rôle d’éclaireurs, étaient partis dès l’Aube en direction du campement des orques. La journée s’éternisait et aucune rumeur n’était parvenue à leurs oreilles…

L’extrémité de la plume se cassa net et une étoile d’encre noire naquit sur le parchemin. Sighild poussa un profond soupir d’exaspération et chiffonna le papier. Des pas retentirent derrière elle et la voix claire d’Eachna vibra dans l’air tiède avant que n’apparaisse sa silhouette longiligne dans son champ de vision.

- Tiens, ma sœur ! Des biscuits durs… sortis tout droit du four de cette petite ferme, là-bas ! proposa Eachna en lui tendant une assiette de terre cuite d’où fumaient encore de petits sablés dorés. Ces fermiers sont bourrus mais généreux.
- Je n’ai pas faim… répondit la jeune Rohiril en détournant le regard.
- Je t’en prie, Sighild ! Si tu ne te nourris pas correctement, ta convalescence va s’éterniser…
- Je ne peux rien avaler… et qu’importe !
la coupa-t-elle, l’œil plein de colère. Si nous subissions une attaque de l’ennemi, nous serions incapables de nous défendre… Nous ne sommes que des éclopés !
- Si c’est ta façon de critiquer la volonté d’Eothgard, elle est bien vaine…
poursuivit Eachna d’un ton égal. La frustration, la colère, la haine ont pris le pas sur sa raison, certes, et je reconnais la folle précipitation de cette décision. Mais… notre oncle a agi selon ses préceptes ! Alors cesse et fais-moi le plaisir de…

Eachna s’interrompit brusquement. Marhfara, qui broutait à quelques mètres des deux sœurs, avait brusquement levé sa belle tête, des brins d’herbe en suspens au bord de ses lèvres immobiles. Ses oreilles s’étaient dressées, frémissantes, et ses yeux noirs fixaient le nord.

- Du mouvement sur le Chemin Vert… murmura la sœur aînée, en plissant les paupières pour affiner sa vision. Cinq… cavaliers approchent au grand galop !
- Quoi ?
s’exclama Sighild. Seulement cinq ?

Le cœur battant la chamade, Sighild se leva péniblement, les muscles toujours engourdis et douloureux, et pivota sur ses talons pour porter ses regards dans la direction indiquée par Eachna. Un nuage de poussière précédait les cinq cavaliers qui traversaient l’immense clairière à bride abattue. Les chevaux soufflaient comme forge, l’écume aux lèvres, le bruit de leurs sabots se répercutant tel un tambour de bataille dans les champs alentour. Enfin les deux sœurs purent reconnaître, à la tête de la petite colonne, leur cousin Feydwill et leur frère Finhild, ce dernier soutenant avec difficulté le corps inanimé d’Eothgard dont la tête ballotait contre son épaule…


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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 29/03/2009 à 13:51    
 

Deuil


La voix d’Eachna s’élevait, claire et poignante, dans le vent crépusculaire.

‘Bealocwealm hafað fréone frecan forth onsended…’*

Le chant funèbre, au rythme lent et profond, enveloppait le sommet de la colline d’un charme mélancolique. Derrière la modeste assemblée réunie autour du tertre mortuaire improvisé, se découpaient les lignes sombres de la ferme du maître d’écurie Eogar. Ce dernier, par amitié pour le clan rohir des Ealdorhelm, avait autorisé la cérémonie sur ses propres terres, au faîte d’un haut monticule herbeux d’où l’on apercevait, en contrebas, un troupeau de paisibles chevaux… Les survivants de l’assaut vain sur le campement des orques de Nan Wathren se tenaient là, immobiles, le front incliné, le regard rivé sur le monticule de terre. Les mains croisées devant eux, chacun se recueillait à sa manière dans ce pesant silence que seules les notes vibrantes du chant osaient déranger.

‘Eothgard aurait apprécié ce point de vue, surtout en cette heure où le soleil rasant l’horizon jette des ombres rousses et dorées sur les crinières flottantes des bêtes…’

Sighild pleurait en silence. Ses larmes roulaient sur ses joues blêmes. La faiblesse de son état rendait son visage émacié. Son épaule la lançait, ainsi qu’une aiguille d’acier s’enfonçant dans sa chair. Devant ses yeux humides dansaient des lueurs blafardes et elle pressait le bras de son frère Finhild, comme pour se rassurer que ce monde auquel elle appartenait était bien réel. Elle n’avait pas mangé depuis le retour des hommes, depuis cette veille où le corps d’Eothgard était tombé lourdement dans l’herbe fraîche de la prairie, la poitrine criblée de flèches brisées.

Le père de Feydwill avait succombé à ses blessures pendant la nuit. Une mort lente, où la souffrance avait cédé le pas à une agonie terrifiante. Eothgard avait lutté, tentant d’éloigner par des cris féroces la main ténébreuse qui venait le chercher. Eachna, malgré la science avancée de ses soins, n’avait pu mettre fin ni à l’hémorragie ni à la douleur qui assaillait leur oncle.

Eothgard s’était éteint, son clair regard tourné vers le Sud, vers les lointaines terres du Rohan, une main crispée sur le bras de son fils…


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*'Une mort malveillante a atteint le noble guerrier…’


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Sighild Ealdorhelm
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Message Posté le: 5/07/2009 à 17:35    
 

Exil


Brise nocturne, suave et parfumée. Le firmament affichait son immensité étoilée, étrange scène d’ombres et de lueurs mêlées qui jouaient à cache-cache avec des écharpes nuageuses…

Après avoir longuement étrillé le fidèle Marhfara, Sighild pénétra discrètement le corps de ferme silencieux. A l’ouverture de la porte d’entrée qui protesta en un son grinçant, une bougie, au sommet de son candélabre, s’anima vivement et jeta de petits cercles de lumière chatoyante sur le mur le plus proche. Poussant un léger soupir, la jeune femme referma la porte de chêne derrière elle. Elle se débarrassa de son sac à dos et de son capuchon qu’elle déposa sur le fauteuil de bois à l’entrée. Dure journée !

Bâillant et s’étirant, Sighild se dirigea sans bruit vers la cuisine et s’installa à la massive table de chêne que des rayons de lune, échappés de la fenêtre, frappaient ainsi que des lances d’argent. Ne percevant pas encore le doux attrait du sommeil, la jeune Rohiril en profita pour grignoter d’une tranche de pain et d’un morceau de fromage.

‘Les jours, les semaines, les mois ont défilé... Si vite…’

Suite à la mort tragique, inattendue, de son oncle Eothgard et de celle de nombreux Rohirrim de son Clan, il lui était impossible de rebrousser chemin et d’afficher basse figure devant son père, Hildhaeled… Comment être capable de reculer devant l’Ennemi, comment se détourner sans ressentir la moindre honte… alors que des peuples survivaient sous le joug du Mal ? Ces Peuples Libres qui luttaient et s’organisaient malgré le peu d’hommes et de moyens à leur disposition ! C’est pourquoi, les paroles de sa sœur Eachna s’invitant souvent à son souvenir, elle ne pouvait reprendre le chemin du Rohan… pas encore.

Sa convalescence avait perduré, malgré les soins attentifs d’Eachna dont l’œil scrutateur et soucieux ne la quittait que rarement. Depuis quelques semaines, elle pouvait à nouveau brandir une arme et en user, en cas de besoin. Des élancements douloureux la harcelaient encore lorsque l’ardeur de ses entraînements s’était éteinte et que ses halètements de fatigue et de souffrance cédaient la place à un silence bienvenu. Mais elle se rassurait en se disant que cette souffrance diffuse lui prouvait qu’elle était en vie… Elle n’avait pas encore dit son dernier mot ni assené son dernier coup de lame. Enfin… pour l’heure, des coups de fourche dans des bottes de foin…

Ainsi… depuis qu’il lui était à nouveau possible d’user de son bras, elle avait pu se rendre utile. Entre deux haltes à la ferme d’Anstacier où le labeur était de rigueur, lors des diverses livraisons chez les maîtres d’écuries, elle avait eu l’occasion de croiser la route de personnages de tous horizons et de toutes cultures – soldats, érudits, bardes itinérants, fermiers… qui n’hésitaient pas à brandir haut leurs armes ou leurs bâtons de fortune afin de défendre leurs droits, leurs valeurs et leurs terres, des paysans aussi courageux que des guerriers.

Tant d’exilés… Un homme aura perdu sa terre, une adolescente aura vu mourir ses parents sous ses yeux terrifiés… toute une existence détruite, saccagée en l’espace d’un battement de cils, par la cruelle engeance engendrée par l’Ennemi : orques, gobelins, ouargues... Des souvenirs cuisants qu’il était difficile d’effacer…

Elle releva ses yeux verts cernés de fatigue vers le plafond et, d’un air songeur, termina son morceau de pain. Une image erra soudainement sous le front clair de la jeune Rohiril et son visage s’assombrit aussitôt. Le Rohan lui manquait. Son domaine à l’ombre des hautes montagnes, le chant sauvage de la Mering, les chemins rocailleux descendant vers les vastes plaines. Son père et sa mère lui manquaient...

Sighild inspira profondément et nettoya les reliefs de son repas. Elle se leva, s’étira et massa son épaule gauche que de sourds élancements tiraillaient parfois. Ressentant une brusque lassitude, la jeune femme prit le temps de se laver. Les vêtements qu’elle ôta portaient encore l’odeur des chevaux. Une demi-heure plus tard, elle dormait d’un profond sommeil…

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Dernière édition par Sighild Ealdorhelm le 7/07/2009 à 20:02; édité 1 fois
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