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Cynael
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Saute-Ruisseau

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Message Posté le: 5/11/2008 à 17:59    Sujet du message : [Récit] CS : Là où naissent les nuages
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Cynael a écrit :
Esgaroth, juillet 54 du Quatrième Age

Curieux âge des hommes à venir... Cette expression naissait de temps à autre dans la bouche de Saelion et parfois aussi de Hríviel. Il ne résidait dans ces quelques mots ni moquerie ni même ironie, juste un constat amusé. Je les rencontrais tous deux alors que je rejoignais, dans le sillage de mon tuteur, les Messagers du Lond Daer. Je garde de cette époque un souvenir précieux : j'étais une jeune fille espiègle et insouciante et tout un monde d'aventures dont je ne mesurais guère les dangers s'ouvrait à moi.

Ce fut sans doute la période où j'appris le plus de choses, souvent sans même m'en rendre compte. Je regrette aujourd'hui de ne pas m'être intéressée plus à ces personnes qui m'entouraient et me protégeaient tandis que je m'amusais. Des vagabondages de Lihene à la gaieté de Nothalon, de la rigueur de Fergus aux leçons de Suilwen, des mystères de Dûradan à l'amitié de Beorhtric, des connaissances de Hríviel aux rêveries de Saelion, de l'espoir de Gilbrìan aux talents d'Istiriel... Il aura fallu bien des années et l'approche du crépuscule de ma vie pour réaliser tous les trésors qui m'entouraient et sur lesquels je ne m'attardais pas, persuadée qu'ils étaient non seulement chose commune mais encore éternels.

En ces temps-là, et sans doute encore plus aujourd'hui qu'ils se sont effacés, les elfes me paraissaient étranges. Je ne connaissais de leur nature qu'une série de conceptions issues des légendes que j'avais lues ou entendues. Je savais qu'ils pouvaient être anciens, pour certains même plus anciens que les légendes des hommes.
Même au jour de ma vieillesse j'ai du mal à imaginer leur longue existence, alors au temps de ma jeunesse tout cela n'avait aucun sens. Ce n'est que bien plus tard que je touchais fugitivement du doigt ce à quoi pouvait correspondre une existence de plusieurs siècles, alors que je lisais les carnets manuscrits qu'avait laissés Saelion.

Je ne sais pourquoi il a demandé à Fergus de les garder à mon attention. Ils sont simplement arrivés un jour par coursier à ma demeure d'Esgaroth. Je n'avais pas vu mon ancien tuteur depuis des années, et j'ai longuement pleuré car je savais ce que signifiait ce paquet expédié. Parmi les objets envoyés figuraient les manuscrits.
En les lisant je découvris pêle-mêle la douleur solitaire engendrée par la perte d'un proche, un pan de l'histoire des Ages précédant le Quatrième, l'origine de la complicité apparaissant fugacement dans les sourires et regards que s'adressaient Hríviel et Saelion, les liens anciens entre le Cerf d'Argent et Heren Iaur, l'identité réelle de Dûradan, le destin du mentor de Gilbrìan, l'existence d'un surprenant royaume oriental, l'endroit où naissent les nuages...

Pour une raison inconnue, Saelion avait rédigé ses souvenirs sous forme d'un récit auquel il n'avait donné aucun titre ni découpage. Je décidais donc d'appeler les manuscrits les Carnets de Saelion et de les découper en chapitres selon le classement qui me paraissait le plus judicieux. Je les ai conservés longtemps par devers moi. A présent que je ne pourrai plus les garder j'ai décidé de les envoyer au Lond Daer, port dont le roi Elessar a ordonné la réédification en même temps que celle de l'Arnor.



[HRP crédits
- musique : Kenji Kawaï / Kodoku na Junrei (Fate Stay Night O.S.T.)]




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Message Posté le: 5/11/2008 à 18:03    
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NOTE : selon les éléments relevés dans d'autres passages, Saelion s'installe à Doriath de manière définitive une vingtaine d'années après son arrivée à Nargothrond. La scène qui suit se passe donc logiquement autour des années 140 du Premier Age du Soleil.



Saelion souriait, étendu dans l’herbe de la clairière. Il ne se lassait pas d’observer la course et la forme des nuages. Il s’était installé quelques années plus tôt à Doriath, préférant la forêt du royaume de Thingol aux cavernes de Nargothrond.

« Tu peux m’expliquer ce que fait ta sœur ? »
Saelion ne répondit pas de suite. Il n'avait pas besoin de se redresser pour visualiser la scène qui avait poussé Taurmeldir à poser cette question. L'Esgalduin paressait non loin, formant un coude qui venait effriter une partie de la rive se désagrégeant en plusieurs récifs rocheux affleurant à peine. Tingolwen se tenait accroupie près du bord, détaillant avec attention la forme et la position des récifs sous le regard perplexe de Taurmeldir. Saelion se redressa finalement avant de s'accroupir pour observer sa soeur à son tour.
« - Tirion s’élève dans le ciel.
- Et ? »
Le Sinda esquissa un sourire, restant silencieux. Sur la rive Tingolwen se mettait debout, enlevant sa tunique et défaisant le ruban maintenant son épée.
« - Elle va s’entraîner ?
- Elle va danser avec les nuages.
- Hein ? »
Sous les yeux ébahis de Taurmeldir, Tingolwen s’élança sur le premier rocher émergeant de l’eau. A peine l’avait-elle effleuré qu’elle gagnait le suivant. Elle atteint rapidement les derniers rochers et pivota, un pied en équilibre. Elle ferma les yeux, s’arrêta un instant, étendit les bras. Puis elle sauta d’un rocher à l’autre, paraissant danser dans l’eau où miroitaient les nuages à la lueur de la lune.
« Danser avec les nuages… »


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Saelion laissa Taurmeldir à sa contemplation stupéfaite. Il avait l’habitude de voir les gens surpris ou déroutés par l’attitude de Tingolwen. De fait elle était insaisissable, libre comme le vent, étrange. Certains la disaient folle. Le Sinda s’amusait à penser qu’il devait l’être aussi car il comprenait et devinait les agissements de sa sœur. Là où Taurmeldir ne voyait sans doute qu’un spectacle envoûtant ou une déconcertante lubie, Saelion se rappelait de nombreuses discussions et une promesse qui n’avait été au départ qu’une pique et un jeu.

Là où naissent les nuages…


[HRP crédits
- musique : Nakagawa Koutarou / Stray Cat (Code Geass O.S.T.)
- image : Jason Engle]




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Message Posté le: 5/11/2008 à 18:11    
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NOTE : le texte donne peu d’éléments pour le situer chronologiquement. Il se passe en tout état de cause bien avant l’installation de Beren et Luthien à Tol Galen, dans une période calme du Beleriand, sans doute autour des années 200 (1A)



La forêt semblait s’être figée. Seule la brume se déplaçait encore en volutes imperceptibles coulissant entre les troncs. La voix glissait au milieu des arbres, claire et distincte, se propageant comme si aucun obstacle ne se dressait sur sa route. Une caresse dans la brume, écrin blanc qui ne masquait pas le son mais sa provenance. Saelion avançait dans cette ambiance éthérée, fasciné par le chant cristallin.


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Il était parti quelques jours plus tôt du campement Nando de Tol Galen. Après avoir rejoint le cours du Gelion et l’avoir remonté vers le nord, il avait bifurqué vers le nord-ouest. Il projetait ainsi de rejoindre Nargothrond en longeant le versant sud d’Andram plutôt que de remonter jusqu’à Estolad. Les Elfes de la Nuit lui avaient déconseillé d’emprunter ce chemin, car il contraignait à couper à travers la forêt de Taur-im-Duinath où peu se rendaient. De nombreuses rumeurs courraient sur ce vaste bois et, voyant que Saelion ne comptait pas abandonner son idée, les Elfes de Tol Galen le supplièrent de ne pas bifurquer vers l’ouest avant d’avoir vu le sommet d’Amon Ereb.

A l’ouest de l’endroit où le Brilthor rejoignait le Gelion se trouvait en effet une portion de forêt environnée de brume en permanence. Ceux qui frôlait l’orée dans leur course entendaient parfois une voix envoûtante chantant une mélodie dont ils craignaient la terrible beauté. La plupart continuait leur chemin mais certains s’enfonçaient dans les profondeurs de la forêt. De ceux-là il n’était plus fait mention par la suite.

Saelion s’était amusé à la mention de la brume. Il s’était contenté de répondre qu’elle était parfois plus une protection qu’une menace, et qu’elle pouvait cacher de bien belles choses. Le Sinda avait ensuite fait ses adieux à Tol Galen et était parti vers l’ouest en suivant le cours de l’Adurant. Au lieu dit il avait entendu la voix et s'était senti irrémédiablement attiré, s'enfonçant dans la forêt à travers la brume.


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Arrivé au bord d’un ruisseau, le Sinda arrêta sa monture. Il était déjà passé par là. Il ferma les yeux, tentant de faire abstraction du chant pour se concentrer sur les bruits de la forêt. Mais les arbres restaient muets. Aucun gardien de Yavanna ne se manifesta, ni aucun animal. L’Elfe rouvrit les yeux. Il ne faisait aucun doute à présent qu’il y avait quelque maléfice à l’œuvre. Il descendit de cheval.
Le ruisseau impétueux l’invitait à le suivre. Avançant prudemment après avoir adressé quelques mots à sa monture, Saelion s’engagea le long du ruisseau qui filait vers le sud-est. Le cours d’eau, sans avoir agrandit son lit, arriva au bout d’un plateau rocheux, d’où il chuta joyeusement dans une vallée. Et l’origine de la voix fut ainsi révélée, car dans le lac qui paressait en contrebas se tenait une femme qui chantait.

Saelion resta immobile. Il n’était plus seulement envoûté par la voix : il était captivé par la longue chevelure auburn qui tombait en cascade flamboyante sur la peau laiteuse. Captivé par les mouvements simples et gracieux qui donnait à chacun des gestes la légèreté et l’allure d’un mouvement de danse. Captivé par le tracé de la nuque lorsque, l’espace d’un instant, elle inclina la tête. Captivé par la silhouette nacrée d’eau lorsqu’elle se redressa. Quand elle se tourna il fut captivé par les traits sobres et doux du visage, la finesse du nez...captivé par l’intensité du regard smaragdin qui se posa sur lui. Le chant cessa et Saelion resta figé. La pluie se mit à tomber.

La femme ne bougea pas, continuant de fixer le Sinda, fronçant à peine les sourcils en un ordre impérieux. Elle ne quitta pas l’Elfe des yeux tandis qu’il contournait le promontoire pour rejoindre la rive du lac. Alors que tous ses sens lui hurlaient de prendre la fuite et qu’un appréhension grandissante lui nouait l’estomac, Saelion ne put ordonner à ses jambes d’emprunter une autre voie que celle qui le menait inexorablement vers la rive. Arrivé là, il réalisa que la femme n’avait pas bougé, n’ayant cessé de le fixer pendant sa descente. La lueur de ses yeux avait changé.

Elle avança vers Saelion, lentement, le clouant du regard. C’est à peine si le Sinda réalisa que les vêtements de la femme se trouvaient à quelques mètres devant lui. L’Elfe songea à se baisser pour ramasser les vêtements et les tendre en un geste pudique bien que tardif. Mais la femme poussa un cri rageur : arrivée près de la rive, elle fondit sur Saelion, saisissant d’un geste fluide une épée au milieu des vêtements et l’abattant. Le Sinda eut à peine le temps de saisir ses deux hachettes et de les croiser pour bloquer le coup. La violence du choc le projeta à terre, tandis qu’une feinte rapide le retrouva désarmé, ses armes ayant virevoltées hors de portée. La femme tomba à genoux, coupant toute possibilité de mouvement. Seule la fureur brillait à présent dans son regard. Elle tenait son épée à deux mains et s’apprêtait à l’abattre une nouvelle fois quand un hennissement détourna son attention. Dans un réflexe de survie, Saelion mit toutes ses forces pour se libérer et roula vers la hachette la plus proche.


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Il se releva d’un bond après l’avoir récupérée, mais resta à nouveau figé : la femme avait lâché son épée et se tenait allongée, se recroquevillant peu à peu. Et ce sont des sanglots qui montèrent jusqu’aux oreilles de Saelion. Jamais il n’avait entendu son témoignant d’une telle détresse. Il abandonna toute idée de combat, dégrafa sa cape et la posa sur les épaules de la femme. Puis il l’aida à se relever.

Traversant les nuages et la brume évanescente, un rayon de soleil atteignit la vallée, tandis que les remous de la cascade furent tel le rire joyeux du ruisseau. Bien des années s’écoulèrent avant que Saelion ne réapparaisse. Et pendant tout ce temps il resta caché aux yeux de tous, hormis deux.

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[HRP crédits
- musique : Adam Skorupa / Dusk of a Northern Kingdom (The Witcher O.S.T.)
- images : Anne Sudworth, inconnu, Ted Nasmith, Keith Parkinson]




Dernière édition par Saelion le 5/11/2008 à 18:25; édité 3 fois
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Message Posté le: 5/11/2008 à 18:15    
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Les deux cavaliers galopaient à brides abattues, esquivant avec peine malgré leur dextérité les branches des arbres qui semblaient s'entendre pour leur barrer le chemin. Entraînant son frère plongé dans un étrange air rêveur, Tingolwen menait la course, bifurquant aux chemins qui se refermaient, encourageant les montures et jetant régulièrement un oeil en arrière avec inquiétude.
Saelion n'avait pas reparu au terme de sa mission et sa trace se perdait dans la brume couvrant une portion de la partie orientale de Taur-im-Duinath. Les Elfes de Tol Galen contaient bien des légendes au sujet de cet endroit, et la reine Melian avait averti qu'elle n'était pas la seule à être restée au Beleriand et que parmi les siens tous n'avaient pas suivi la voie des Valar.

Avant même de traverser à grand peine la barrière de brume Tingolwen avait senti viscéralement la menace qui planait sur les lieux. Puis elle avait entendu le chant qui l'avait presque rassurée, l'accueillant chaleureusement et l'invitant à rejoindre celle qui le chantait... Mais la sourde appréhension qui étreignait son coeur et l'inquiétude pour son frère l'avait finalement maintenue hors de l'influence de la voie enchanteresse. L'elfe s'était mise à murmurer une chanson adressant une prière à Varda et le chant s'était atténué avant de se taire complètement.
Elle avait retrouvé son frère entrain de dessiner au fusain, tranquillement installé à une petite table circulaire en pierre dans un grand jardin soigneusement entretenu jouxtant une modeste demeure de plein pied. Tingolwen s'était approchée avec prudence, surveillant l'entrée de la maison. C'était bien lui, pourtant il était différent, absent, comme si son corps vaquait à ses occupations tandis que son esprit vagabondait loin de là. Il avait suivi sa soeur sans rechigner tandis qu'elle l'entraînait avec impatience vers sa monture puis s'éloignait rapidement de la maison.

A présent ils approchaient tous deux de la barrière de brume. Le chant reprit. Saelion s'arrêta. La voix était douce et joyeuse, entraînante, pleine de promesses et aussi de souvenirs heureux. Le Sinda fit faire demi-tour à son cheval, sourd aux appels de Tingolwen.
Celle-ci entonna alors une chanson d'abord légère comme une brise, sinuant à travers le bois et rappelant le bruit du ressac des côtes de Nevrast, les cavernes somptueuses de Nargothrond, les forêts enchanteresses de Doriath, les vertes plaines d'Ossiriand, l'envoûtement du Pays des Saules, le plateau brumeux d'Hithlum... Puis la chanson prit en assurance et devint hymne où se retrouvaient pêle-mêle les souvenirs joyeux d'enfants, l'amour d'une mère et d'une soeur, les promesses secrètes et les amitiés solides, les rêves restant encore à toucher du doigt, les peines affrontées de concert et les obstacles franchis ensemble, les discussions tardives et les silences complices, les rires, les pleurs et les contes.
Saelion s'arrêta. Les deux chants virevoltaient autour de lui en s'entremêlant plutôt qu'en s'affrontant. Quiconque passant à cet instant aurait été saisi par la force et l'apparente harmonie, ne réalisant pas qu'une lutte était engagée. La voix de Tingolwen baissa tandis que l'autre gagnait en force et en assurance. La faiblesse qui se faisait jour dans le chant de sa soeur ramena Saelion à la réalité. Le silence s'empara de la forêt, et les deux elfes traversèrent le rideau de brume.

Arrivés de l'autre côté ils tressaillirent tandis que le chant reprenait, empli de colère et de menace, tonitruant, ayant perdu toute sa beauté. Tingolwen n'avait plus la force de lutter. Saelion descendit de cheval et posa la main sur les manches de ses hachettes. Il savait à présent qui se trouvait au-delà du rideau de brume et qu'il ne pourrait pas la vaincre au combat.
"Ahum baroum houm, nous allons nous occuper de cela. Rumble ahoum barum. Cela dure depuis trop longtemps, notre décision est finalement prise."

*********


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Il se murmura dans les années qui suivirent que, si le chant continuait à charmer ceux qui s'aventuraient trop près de cette portion de Taur-im-Duinath, aucun des malheureux cherchant à rejoindre sa source ne se retrouva prisonnier du cercle de brume. Où que les portaient leurs pas ou celui de leur monture, ils se trouvaient toujours en butte à un épais rempart d'arbres. Puis vint un jour où le chant cessa.

Les forgerons de Nargothrond reçurent dans le même temps une commande pour une épée aux étranges particularités. Il en fut beaucoup question tandis qu'elle était forgée mais les mentions à son égard disparurent par la suite car elle ne fut plus vue qu'en de rares occasions. Elle reçut pour nom Edwenlind, le Second Chant.


[HRP crédits
- musique : Howard Shore / Lothlorien (Seigneur des Anneaux O.S.T.)
- images : Anne Sudworth]




Dernière édition par Saelion le 6/03/2011 à 23:46; édité 2 fois
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Message Posté le: 5/11/2008 à 18:22    
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NOTE : encore une fois le texte ne fournit pas d'éléments permettant de donner une date précise. Toutefois, il est indiqué que Finrod est en route pour Ossiriand : s'il s'agit du voyage au cours duquel il sera amené à rencontrer les premiers Edain, la scène se passe selon toute vraisemblance vers 309/310



Saelion s'éloigna du centre de la clairière pour gravir une modeste colline au sommet de laquelle il s'assit. Sortant parchemins et fusains, il entama une série d'esquisses pour immortaliser la joyeuse scène qui se déroulait sous ses yeux.
Les gestes du Sinda étaient vifs et précis, croquant en quelques mouvements des postures qu'il travaillerait en détail plus tard, à partir du souvenir qu'il en conservait.

La nuit couvait la frondaison des bois de Doriath, et les étoiles scintillaient dans une voûte céleste dégagée de tout nuage ou fumée. De hauts flambeaux brillaient dans la clairière et l'orée de la forêt, éclairant des groupes qui dansaient, chantaient, jouaient de la musique ou contaient des histoires.
La fête avait commencé bien des heures plus tôt, alors que Taurmeldir et Tingolwen échangeaient leurs anneaux d'or. Ce qui n'aurait dû être qu'une cérémonie anodine était devenu, par le biais de rencontres fortuites et de hasards heureux, une fête telle qu'il n'y en avait pas eu depuis Mereth Aderthad et telle qu'il n'y en eut plus par la suite.


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Les musiciens interprétaient la musique composée par Daeron avec un mélange de concentration et de décontraction, se regardant régulièrement pour à la fois suivre la partition et faire quelques improvisations. A chaque audace musicale ils s'adressaient un regard amusé, à chaque habile pitrerie un sourire malicieux.
Les chanteurs donnaient de la voix en alternant les mélodies aux harmonies travaillées et les chansons joyeuses et rythmées. De puissantes et profondes voix de basses, de vives et légères voix de sopranos, d'amples et douces voix d'alto, et la voix de ténor de Saeros planant avec maestria sur l'ensemble.


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Sur l'herbe tapissée de fleurs de niphredil, Luthien s'était avancée la première, entamant de petits pas de danse qui se firent progressivement plus amples et virevoltants. D'abord rejointe par Tingolwen et Taurmeldir puis par d'autres, elle captiva l'assemblée par une chorégraphie limpide. Ce fut bientôt tout un ballet qui sembla planer sur la clairière, tant les danseurs paraissaient à peine effleurer le sol.

Des bannières se dressaient un peu partout, s'agitant sous la brise du soir. Lune ailée sur fond noir étoilé, emblème de Thingol ; fleurs de Telperion, blason de Melian ; couronne de fleurs dorées, bannière de Finrod ; niphredil blanc, signe de Luthien...ainsi que d'autres emblèmes de maisons mineures.
Au pied d'une des bannières du Cerf d'Argent discutaient Arminas et Gelmir, envoyés par Cirdan pour porter un message à Thingol. Ils s'étaient joints avec plaisir à la fête, connaissant Tingolwen pour avoir comme elle plusieurs fois sillonné Nevrast.


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Près de l'orée de la forêt se trouvaient Beleg et Mablung, écoutant les informations que venait leur apporter Fendomë, dirigeant la Compagnie des Ombres qui reliait régulièrement Nargothrond à Menegroth et s'aventurait de plus en plus sur des pistes détournées.
En retrait se tenaient Thingol et Melian, assis en conciliabules avec Finrod Felagund, Galadriel et Celeborn. Le seigneur de Nargothrond avait fait un détour par Doriath, souhaitant rendre visite à sa soeur avant de poursuivre son périple vers Ossiriand. Ils avaient d'un commun accord décidé de répondre à l'invitation de Calaniel, et de profiter de la bonne humeur qui ne manquerait pas d'entourer toute affaire touchant de près ou de loin Tingolwen.


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Calaniel était revenue de l'est du Beleriand, et elle allait de groupe de convives en groupe de convives, s'assurant que tout un chacun disposait de tout ce dont il avait besoin. Plusieurs grandes tables avaient été dressées, couvertes de victuailles posées en d'artistiques compositions sur de grandes nappes brodées de fil bleu.
La Sinda s’arrêta finalement auprès d’un groupe de Noldor qui était venu en compagnie de Finrod. Elle en connaissait la plupart, séjournant à Nargothrond en dehors de ses errances. Parmi eux se tenaient Gladered et Nárindórë, ainsi que leur fille Amrûnië qui s'éclipsa peu après. Tous trois profitaient de ces instants de calme passés ensembles, car ils devraient à nouveau se séparer dans quelques jours : Amrûnië se dirigeait au nord, vers Tol Sirion, tandis que Gladered redescendait monter la garde aux abords de Nargothrond et que Nárindórë accompagnait Finrod vers Ossiriand.


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Plusieurs parchemins couverts d'esquisses entouraient déjà Saelion quand une silhouette se glissa derrière lui. Elle inclina la tête pour observer les dessins et esquissa un sourire. Elle resta silencieuse tandis que le Sinda, absorbé par sa tâche, n'avait pas senti sa présence. Il s'arrêta finalement de crayonner et se releva vivement en se tournant vers elle.


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La nuit s'était avancée sur la frondaison des bois de Doriath, et les étoiles scintillaient dans une voûte céleste dégagée de tout nuage ou fumée. Des lampes brillaient dans la clairière et l'orée de la forêt, éclairant des groupes qui dansaient, chantaient, jouaient de la musique ou contaient des histoires. Sur la modeste colline les deux silhouettes s'éloignèrent en discutant.



[HRP crédits
- musique : Duan / Skellige (The Witcher O.S.T.)
- images : Ted Nasmith, Felix Sotomayor, SDAO
- blasons repris du site Tolkiendil (Thingol, Melian, Luthien)]




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Message Posté le: 6/11/2008 à 18:00    
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NOTE : la bataille de Dagor Bragollach débute au cours de l'hiver 455



Jour de cendres.

Le cheval ahanait, protestant contre l’allure que lui imposait son cavalier. Chacun de ses sabots heurtant le sol soulevait un nuage de cendres noirâtres qui venait tourbillonner dans l’air empuanti . Toute vie qui s’était trouvée quelques heures plus tôt dans la plaine avait disparu, emportée par les innombrables torrents de lave surgis du Thangorodrim. La verte prairie d’Ard-galen n’était plus qu’un désert aride et stérile où gisaient les nombreux squelettes noircis de ceux qui n’avait pu rejoindre les contreforts du Dorthonion.


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A bout de force, le cheval tenta une ruade mais son maître le contrôla et parvint à le relancer au galop. De longs sifflements sinistres et de brefs bruits sourds signalèrent qu’une série de flèches venaient de tomber à quelques mètres. Des hurlements vinrent compléter les indices d’une menace se rapprochant. Le cavalier jeta un coup d’œil en arrière, mais il ne discerna dans la poussière que les ombres de deux chevaucheurs de loups.
Malgré le tumulte des troupes de Morgoth refoulant l’armée de Nargothrond, malgré le nuage de cendres qui masquait tant amis qu’ennemis, les orques avaient repéré le passage du cavalier et entreprenaient de retrouver sa trace. Les poursuivants y voyaient cependant encore moins que leur proie, et les archers avaient tiré une salve dans la direction estimée. La folle course du cavalier visait à le mettre hors de portée des flèches, mais les loups qui le traquaient suivaient son odeur.

Une deuxième série de sifflements résonna parmi les échos lointains de la bataille qui se poursuivait à l’ouest sur les flancs d’Ered Wethrin. Bien qu’une nouvelle fois tirées au jugé, elles atteignirent leur cible. Le cheval s’écroula dans un hennissement tandis que son cavalier, miraculeusement épargné, roula au sol et se rétablit d’un même mouvement.

Les monteurs de loups étaient sur lui : leurs ombres se précisaient à travers le rideau de cendres. L’elfe jaugea la distance d’un rapide coup d’œil et saisit les deux petites haches à sa ceinture pour les lancer. Poursuivant son mouvement fluide et tournoyant sans même vérifier si les armes atteignaient leur cible respective, il plongea vers le cadavre de son cheval. Là, il récupéra sa bannière et, tenant fermement la hampe il la pointa en hauteur.
Le premier loup, débarrassé de son monteur qui gisait plus loin la gorge tranchée, sauta sur sa proie…et s’empala dans un craquement lugubre. D’une brusque et énergique secousse appliquée à la hampe, le cadavre vola vers l’autre bête, brisant net son élan en la percutant. Le second animal, dont le monteur gisait au sol le crâne fendu, émit un jappement et repartit à la charge. Mais la hampe, maniée avec dextérité comme un bâton, percuta la gueule, puis brisa une patte et enfin assomma la créature qui tomba lourdement.


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Une troisième série de sifflements résonna dans la plaine. Le cavalier roula au sol et se plaqua contre son destrier, échappant aux flèches. Il adressa quelques mots à sa monture comme si elle pouvait encore l’entendre, récupéra une sacoche et se redressa en filant à toute allure vers le nord-est. Il retrouva le cours du Rivil dont il avait dû s’éloigner et longea ses rives, atteignant rapidement les premières pentes du Dorthonion oriental.
D’innombrables cadavres mêlés des créatures de Morgoth témoignaient d’une résistance farouche dans les contreforts, et l’Elfe tomba sur les restes de l’armée harassée de Barahir. Il déploya alors sa bannière, cerf d’argent sur fond d’azur, et personne n’entrava son chemin tandis qu’il filait vers le blason de commandement.


(à suivre...)


[HRP - crédits
- musique : Taku Iwasaki / Yajuu no Chi (Black Cat O.S.T.)
- images : Ciruelo Cabral, Jenny Dolfen]


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Message Posté le: 6/11/2008 à 18:16    
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Saelion gagna sans encombres ni contrôle l'endroit où se tenaient les officiers et s'arrêta, attendant que Barahir vienne prendre connaissance du message. Tandis qu'il se tenait là, il fut apostrophé par Gorlim, un des officiers.
« - Le Grand Roi Fingolfin ne viendra-t-il pas à notre secours ?
- Gothmog et ses troupes ont fondu sur Ered Wethrin. L’armée d’Hithlum tient à grand peine les contreforts au prix de lourdes pertes. Hador est tombé. Les renforts venus de Nargothrond ont été mis en déroute, et Finrod est isolé dans le Marais de Serech avec sa garde rapprochée. Je viens en leur nom demander l’aide du Dorthonion.
- Hélas ! Le Dorthonion n’est plus. Les Seigneurs Angrod et Aegnor ont péri, et avec eux Bregolas, le frère de notre capitaine. C’est à peine si nous pourrons contenir un nouvel assaut. Nul espoir ne viendra des bords du Rivil. Restez combattre avec nous et mourir ici, messager. Aucun espoir ne viendra, où que vous portiez votre bannière. »


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Aux paroles de Gorlim, Saelion ficha sa bannière dans le sol. Il répondit d’une voix forte qui plana un instant sur le campement ainsi que dans les esprits des soldats pansant leurs plaies et pleurant leurs morts.
« - Nuit de cendres sur Beleriand, qui a couvert les vertes plaines d’Ard-galen d’une poussière d’agonie. Nuit de cendres sur Beleriand, qui a refoulé ou enseveli les seigneurs elfes. Nuit de cendres sur Beleriand, qui a étouffé la volonté des Edain. N’y aura-t-il personne pour maintenir une lueur d’espoir en attendant une aube nouvelle ?
- Aucune aube ne se lèvera sur les hommes rassemblés ici. »
Barahir s’était rapproché en entendant la harangue provocatrice du Sinda, et c’est d’un ton las qu’il répondit. L’homme s’arrêta devant l’elfe et les deux restèrent un temps silencieux.

Puis Barahir saisit la bannière et la libéra avec facilité. Lorsqu’il reprit la parole son ton était assuré, et chacun des mots qu’il prononça vint répondre comme en écho à ceux de Saelion.
« S’il faut mourir aujourd’hui, alors avançons fièrement vers notre sort plutôt que de rester courbés en attendant qu’il s’abatte. Peuple de Bëor ! Nous allons faire regretter au Noir Ennemi de nous avoir compté pour rien. Redresse-toi Peuple de Bëor ! Rassemble tes hommes, mets-toi en marche, et entonne un chant qui fera tomber la stupéfaction et la peur sur les rangs adverses avant que nos lames s’abattent comme la juste colère.
Soldats ! En ce jour de cendres nous serons la lumière qui ne faiblit pas. Le Roi Finrod nous espère sans nous discerner, et il nous verra bientôt surgir comme lui-même est apparu il y a de cela longtemps à nos aïeux. Et tout comme sa venue est encore chantée aujourd’hui, le combat que nous allons livrer à présent sera encore chanté demain.
Peuple de Bëor ! Suis ton capitaine vers un avenir incertain. Beaucoup a été perdu ou sera perdu. Mais à la fin, ni la bravoure ni la gloire de notre maison ne manqueront à l’appel. Quel besoin d’espérer une aube lointaine quand la nuit ne tombe pas ? Le jour descend des contreforts du Dorthonion ! Nous sommes le jour ! »

A l’appel de leur capitaine les hommes avaient commencé à se rassembler autour de lui, et la rumeur se propageait à l’ensemble des groupes. Ils furent bientôt tous là, les derniers arrivants se faisant répéter les mots de Barahir. Les mines abattues laissèrent place à des expressions déterminées. Tandis que les rangs se formaient, le capitaine rendit sa bannière à Saelion.
« - Je ne sais comment tu es parvenu jusqu’ici sans même une égratignure, messager. Ton apparition nous mènera sans doute à notre perte. Je te laisse un cheval et une épée. Survis à cette bataille pour conter comment les hommes de Barahir partirent au secours du roi Finrod contre tout espoir. Et si tu croises la route des restes de mon peuple emmené par mon épouse Emeldir…
- Je ne lui porterai aucun message funeste. Qui sait ce qu’il peut advenir quand le jour refuse de céder la place à la nuit ? Quelle que soit l’issue de ce combat, ceux qui l’ont initié feront vaciller jusqu’aux fondations de l’ombre. »
Barahir, pour toute réponse, mit le casque que lui tendait son aide de camp Hathaldir le Jeune. Alors Baragund et Belegund, neveux du capitaine, entonnèrent un chant funéraire qui fut repris par toute l’armée se mettant en marche. Et Beren fils de Barahir, saisissant l’emblème de la maison de son père, le brandit haut.


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En ce jour funeste qui consacra dans les flammes et la cendre la fin du siège d’Angband et la débandade des princes eldalië, nombreux furent les combattants à périr dans les vertes prairies d’Ard-Galen renommée plus tard Anfauglith, la Poussière d’Agonie. Il n’y eut guère que la résistance acharnée des armées d’Hithlum et de Dorthonion qui stoppa l’avancée des troupes de Morgoth : tant les couloirs de lave que la horde du Noir Ennemi vinrent se briser sur les contreforts d’Ered Wethrin et du Dorthonion. A l’ouest du moins, car à l’est la situation était pire et les fils de Fëanor en déroute hormis la forteresse inviolée d’Himring.

Pourtant, au cœur de la défaite retentissante qui rappela à chacun la témérité d’un affrontement avec un Vala même déchu, il y eut des exploits qui apportèrent le réconfort et l’espoir malgré le prix qu’il en coûta. Non des moindres furent ceux réalisés par les tribus des Edain, qui prouvèrent encore une fois leur valeur et combien ils donnaient avec libéralité cette vie qui leur était pourtant si fragile. Parmi ces exploits le plus chanté reste à ce jour la charge de Barahir dans le Marais de Serech.

L’histoire puis les légendes se souvinrent ainsi que les restes de l’armée du Dorthonion dévalèrent en suivant le cours du Rivil, et qu’ils s’abattirent comme une nuée furieuse. Ce qui n’était qu’une troupe affaiblie et sans espoir apparue comme un adversaire redoutable. Les groupes d’orcs sur son passage furent balayés jusqu’à temps que Barahir rejoigne Finrod encerclé, dont la garde rapprochée ne comptait plus qu’une poignée de combattants parmi lesquels Edrahil et Amrûnië.


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Il fut dit qu’au moment où les hommes de Barahir hurlèrent de concert leur cri de guerre, une trouée se fit momentanément dans le nuage de cendres et que le soleil darda ses rayons sur la Passe du Sirion un bref instant.

Nous sommes le jour.



(à suivre...)

[HRP - crédits
- musique : Taku Iwasaki / The Wars of the Last Wolves
- images : Jeremy Jarvis, Tomasz Jedruzek, (?)]


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Hríviel
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Message Posté le: 3/02/2009 à 12:02    
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Finrod a Barahir

Marais de Serech, Dagor Bragollach





La lame s'enfonça lourdement dans le sol à quelques pouces de son visage, l'éclaboussant d'une boue mêlée de cendres. Projetée face à terre l'instant d'avant, l'Elfe n'eut guère que le temps de se retourner et d'esquiver la hache dans un heureux réflexe. Les muscles de l'orque se bandèrent tandis qu'il arrachait son arme à l'emprise du sol. Plaquant sa main sur l'un des bras de la créature, Amrúnië s'en servit d'appui pour se relever prestement et, décrochant son poignard de sa main libre, l'enfonça dans le cou de l'orque d'un même mouvement. Sur son flanc un autre leva vers elle son arme, ne lui laissant pas de répit ; pivotant autour de l'orque agonisant et s'abritant derrière lui, la femme l'amena à lui servir de bouclier. Bien trop pataud pour savoir retenir son geste, le second orque laissa son fauchon s'enfoncer profondément dans les chairs du premier, pendant que l'Elfe se penchait pour ramasser l'épée qu'elle avait lâché lors de sa chute. Aussitôt de retour entre ses mains, l'acier de Fëafelmëren parut reprendre vie : une flamme blanche perturba la scène grotesque d'un orque secouant son arme pour la libérer des entrailles d'un autre.
Jetant un regard inquiet vers son Roi combattant à quelques mètres d'elle, elle se réconfortant à la vue de sa coacalina vibrant intensément sous des cieux englouties par une nuit d'encre, berçant la scène macabre d'une lueur rassurante et déterminée. Tout autour de lui, les survivants combattaient sans relâche, luttant ardemment afin de repousser l'inévitable, refusant de céder. Le grondement d'un loup la ramena dans la cohue du combat, juste à temps pour le voir sauter vers elle... La mâchoire de l'animal se referma sur l'avant-bras tendu en guise de rempart par l'Elfe. Un instant, les crocs grincèrent contre l'armure, tandis que – grimaçante – la femme pesait de son poids afin d'enfoncer plus en avant son bras dans la gueule.


L'esprit d'Amrúnië s'évada le temps d'une pensée, revenant à ce qu'elle avait répondu à Sívelóniël, lorsque celle-ci avait demandé à sa mère si elle remontait vers Tol Sirion.
« Ná, aux épées et au siège, vers les murs qui protégeront le Beleriand jusqu'à ce que viennent les Valar. »
Face à la nuit, ne jamais renoncer à l'Espoir...


Les grincements devinrent des craquements sinistres, accompagnés du gémissement de l'animal lorsque mâchoires et dents se révélèrent plus fragiles que l'acier elfique. La lame de la Noldo achevait à peine le loup que déjà deux orques fondaient sur elle. Dégageant son bras de la gueule de l'animal, la femme avala une gorgée d'air, dans laquelle se goûtait l'odeur amère des maléfices de Morgoth, et replongea dans la marée...
Heure après heure, les gens de Finrod continuèrent de résister, s'effeuillant au fil du temps mais déterminés à lui permettre de rejoindre le cœur de son armée. Lorsque les Noldor entendirent soudain le tumulte d'une charge, ils crurent avoir réussi à suffisamment s'en approcher pour recevoir le soutien des troupes de Nargothrond...
« Nous sommes le jour ! »
Porté par des voix d'Hommes, le cri de guerre répondit aux prières silencieuses de ceux nourrissant l'espoir d'amener leur Roi à connaître de nouvelles aubes... Quelques rayons de soleil accomplirent le miracle de percer un court instant les fumées du Thangorodrim, paraissant ponctuer l'arrivée des Hommes. Le cor de Edrahil y fit joyeusement écho, accompagné par l'éclat que les Eldar poussèrent d'une seule voix :
« Auta i lómë, laita Hildi'n tárienna ! », la nuit s'achève, bénissons les Hommes...



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« I Heru envinyatáro feanya, úvan aista ulka. »


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Message Posté le: 3/02/2009 à 17:41    
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NOTE : l'allusion à Beren place les événements décrits vers 460 du Premier Age.





En cette nuit blâfarde la forêt de chênes de Neldoreth prenait des teintes sombres et violacées. Les touches argentées des hêtres à trois troncs à l'origine du nom de la forêt émaillaient le tableau mélancolique. Le tintement de la bruine s'insinuant à travers le feuillage se mêlait à celui du cours proche de l'Esgalduin. Doriath était laissée à l'activité des animaux nocturnes, protégée par l'Anneau de Melian mais aussi par une garde discrète et vigilante : le Siège d'Angband était rompu, et tout le Beleriand était à portée de main de Morgoth depuis la cuisante défaite de Dagor Bragollach.



Heureuse rencontre.

L'homme tomba une nouvelle fois à terre. Il avait perdu le compte du temps depuis qu'il avait entamé son errance au Dorthonion et connu l'effroi en traversant la sombre vallée de Nan Dungortheb. Le brouillard avait fini de l'égarer dans cette forêt qu'il ne connaissait pas. A genou, harassé, vidé de tout espoir il regarda ses mains écorchées. Bien loin était le jour qu'il avait porté à bout de bras avec les siens en dévalant le long du cours du Rivil. Alors qu'il se laissait tomber il aperçut une silhouette qui virevoltait dans une étroite clairière.


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Es-tu à jamais perdu pour moi ?

Calaniel pleurait.
Elle était sortie de Nargothrond pour aller contempler les étoiles. Et son regard, pour la première fois depuis bien longtemps, portait vers le nord-ouest. Elle n'avait plus prononcé son nom depuis qu'il avait disparu. Pourtant derrière son humeur tantôt affable tantôt silencieuse, elle ne cessait de penser à lui. S'il était simplement mort, elle aurait eu pour compagne la tristesse d'être séparée et l'assurance de le retrouver dans l'Ouest lointain. Mais il était là, proche bien que caché à sa vue. Il avait choisi de la laisser seule.


A présent nous sommes les assiégés.

Des grands arbres sculptés dans la pierre soutenaient la haute voûte de la caverne. Dans la grande salle sobrement éclairée par des lanternes dorées reposaient d'immenses râteliers d'armes et d'armures. L'Elfe observait l'arsenal d'un air grave. La quiétude dans laquelle baignait Menegroth n'était plus qu'une fragile résurgence, et il lui revenait de la préserver.


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Là où naissent les nuages...

Tingolwen posa sa tête sur l'épaule de Taurmeldir. Elle lui avait expliqué la raison de ce morceau de phrase que Saelion et elle se murmuraient parfois en un sourire de connivence. Guère qu'un jeu d'enfant, une promesse ridicule : découvrir où naissent les nuages. Un lien anodin qui avait la force d'évocation de ces détails superflus.


[HRP crédits
- musique : Archive, Rest my Head on You
- image : Ted Nasmith, Alan Lee]




Dernière édition par Saelion le 5/05/2013 à 20:12; édité 3 fois
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Message Posté le: 3/02/2009 à 17:46    
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NOTE : aucun élément ne permet de situer chronologiquement le texte, mais au vu des passages suivants il est certain qu'il se déroule lors de Nirnaeth Arnoediad, vers 472.





L'air siffla sous le coup qu'asséna l'orc dans le vide. La créature poursuivit son mouvement, tournant sur elle-même, se retrouvant face à un fauchon qui vint s'écraser sur son visage verdâtre en un craquement funèbre. Celui qui avait porté le coup, un autre orc , grogna de surprise. Il sentit un mouvement dans son dos mais il n'eut pas le temps de se retourner qu'il n'y avait déjà plus rien, hormis un hachoir qui s'enfonça profondément dans ses chairs en une blessure mortelle.

Le chef de la trouple beugla. L'espace d'une fraction de seconde sa vue fut masquée par un tissu sombre qui disparut aussitôt pour révéler une flèche venant droit sur lui. La créature n'eut pas le temps d'être surprise qu'elle s'écroulait, le projectile ayant traversé son crâne de part en part. L'archer orc resta interdit, et la troupe privée de chef s'agita dans tous les sens, brassant l'air avec des grands moulinets d'armes hétéroclites.

Le troll de guerre décida de frapper à son tour, avançant dans la mêlée. Il discerna une capeline sombre tombant au sol et balaya dans sa direction. Mais il n'y avait rien dans le vêtement : il glissa sur l'arme qui, entraînée par son élan, vint percuter un orc non loin et le couper en deux. Le troll rugit, sentant qu'on lui agrippait le bras... Mais l'étreinte déjà était relâchée tandis qu'une infime pression se fit sentir sur l'épaule.

Les orcs soudain s'assemblèrent en hurlant pour rouer de coups le troll, qui répondit en retour en assomant et catapultant plusieurs d'entre eux avant de s'effondrer. La troupe d'Angband tomba alors dans une rage folle et s'employa à s'anéantir elle-même.


Tingolwen retomba sur ses pieds après avoir pris appui sur l'épaule du troll. Elle récupéra sa capeline et s'éloigna rapidement du lieu de l'affrontement. Elle cherchait à rejoindre l'armée de Turgon pour lui transmettre les nouvelles de la trahison d'Ulfang à l'est et le sort de l'armée d'Hithlum qui s'était élancée jusqu'aux portes d'Angband.

Morgoth avait laissé des patrouilles régulières dans tout Anfauglith avec consignes d'éviter les corps d'armée et d'intercepter les messagers. Nombreux déjà parmi le Cerf d'Argent étaient tombés, mais Tingolwen restait insaisissable. Pourtant son destin s'avançait : tandis qu'elle filait vers la passe, une ombre plus grande et plus menaçante apparut pour lui barrer le passage.


[HRP crédits
- musique : Adam Skorupa, The Last Battle (The Witcher O.S.T.)]




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Message Posté le: 3/02/2009 à 17:52    
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Une lueur de folie rehaussait la fureur du regard. Des filons de sang striaient d'un rouge tantôt vif tantôt écaillé la pâleur funeste des traits. Les pupilles noires et impérieuses formaient deux puits d'obscurité dans un visage tendu comme un défi et une sentence. Les orcs reculèrent lentement, la plupart jetant régulièrement des coups d'oeil terrifiés à la forme sans vie qui s'était finalement écroulée. Nul n'osait porter son regard sur l'épée étincelante qui prolongeait le bras de l'elfe. Le vent tourbillonnant voilait la scène de grains de poussière arrachés à la terre martelée par le passage de plusieurs armées. Dans le mugissement pernicieux de l'air résonnait encore une succession de notes semblable à un tintement mélodieux.

Le son lointain de cors de bataille fissura l'étrangeté de la scène. Plus au nord la guerre continuait, consacrant la victoire totale de Morgoth. Si l'assaut insensé de Gwindor avait fait trembler le Noir Ennemi sur son trône, si les forces de Fingon avaient dévalé les pentes d'Hithlum en fracassant les lignes ennemies, si l'arrivée inattendue des troupes de Gondolin avait enfoncé l'armée occidentale d'Angband, si le son retentissant des trompettes des Fils de Fëanor avait laissé espérer une jonction victorieuse, si les Naugrim de Belegost étaient restés vaillants face au père des Dragons... Il n'en demeurait pas moins que le Vala déchu avait inexorablement repris l'avantage.
Gwindor était prisonnier de la forteresse d'acier, ses soldats gisant morts sur les marches de l'entrée. Le Grand Roi des Noldor était tombé face à Gothmog. Les Fils de Fëanor s'étaient dispersés, victimes de la trahison de certaines maisons humaines. Azaghâl avait succombé à un coup furieux de Glaurung. Turgon se repliait tandis qu'Hurin protégeait vaillamment ses arrières en tenant le Marais de Serech. Les cors de bataille résonnant dans la passe du Sirion étaient ceux de l'armée de Gondolin organisant sa retraite. Les orcs laissèrent là l'elfe qui se tenait isolé et remontèrent vers le nord en hurlant, pensant tomber sur quelques rescapés désorganisés.


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La lueur de folie quitta le regard de Saelion qui s'affaissa, tombant sur les genoux. Il se pencha sur Tingolwen étendue tout près, libérant le visage de sa soeur de l'emprise de ses longues mèches de cheveux noirs trempés de sueur et de sang. Elle lui sourit.
« - Si j'avais eu ce regard, peut-être n'aurais-je pas eu besoin de me battre non plus.
- Ne dis rien, je vais te ramener à Doriath.
- Il n'y a pas de montagnes. Tu aimeras les montagnes. Et plus encore les joyaux de la bibliothèque. »
Le Sinda dût se pencher pour entendre les dernières paroles de Tingolwen tandis qu'elle attrapait affectueusement le col de son vêtement.
« Je sais maintenant où naissent les nuages... »
Edwenlind cessa d'étinceler. Saelion rangea l'épée dans son fourreau. Il en ceignit le côté de sa soeur avant de la soulever et de se tourner face à l'endroit où les orcs avaient disparu.

Une troupe harassée de cavaliers et d'hommes à pieds déchira le voile de poussière. Saelion ne bougea pas tandis que les soldats portant la livrée de Gondolin avancèrent vers lui et le dépassèrent, glissant de part et d'autre comme un fleuve au courant paresseux se fend sur un rocher en travers de son lit. Seul un cavalier s'était arrêté deux mètres devant le Sinda, le dévisageant. L'un comme l'autre fixait leur blason respectif : cerf d'argent sur fond d'azur, feuille de chêne dorée sur fond de sable. Le soldat ôta son casque.
« - Je suis Dindorn de Nevrast, commandant de l'avant-garde du seigneur Turgon de Gondolin et gardien de la Porte de Pierre.
- Je suis Saelion de Doriath, messager du Cerf d'Argent, fils de Dindorn. Et voici Tingolwen. »
Le père et le fils s'observèrent longuement sans que rien de ce qu'ils pouvaient ressentir ne transparaisse sur leurs traits. Des Larmes Innombrables, aucune ne perla en cet instant à leurs yeux.
« - Rejoindre Doriath est hasardeux. Viens avec moi, mais sache qu'il n'y aura pas de retour possible.
- Je ne laisserai pas Calaniel dans le doute.
- Alors tu devras laisser Tingolwen ici. »
Sans un mot de plus Dindorn remit son casque et s'engagea dans le flux de l'avant garde, regagnant progressivement la tête. C'est ainsi que Saelion et Tingolwen entrèrent au Royaume Caché.


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« Je sais maintenant où naissent les nuages... Là où meurent tous les espoirs. »



[HRP crédits
- musique : Lisa Gerrard, Come Tenderness (album The Silver Tree)
- images : Leonid Kozienko, Jenny Dolfen]




Dernière édition par Saelion le 30/09/2010 à 17:09; édité 1 fois
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Message Posté le: 3/02/2009 à 17:56    
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FIN du CYCLE de TINGOLWEN



Carnets de Saelion
- la Bannière du Cerf d'Argent
- Là où naissent les nuages (Cycle de Tingolwen)
- la Dernière Porte
- Sur le Fil du Roseau

Autour du Cerf d'Argent
- Narn î Thelyn Dinen (Cycle d'Arnadirn)
- Conte de la Lune Ambrée
- fugue d'une capitaine et d'une chipie
- Un homme austère

Divers
- Du commerce et de la séduction
- Le Limier et le Mûmak


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