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Andarius
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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:00    
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Chapitre IV

Noces Funèbres


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:01    
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Aimeric était revenu tout essoufflé. Le visage rougi par l’effort, le jeune homme s’était arrêté aux pieds de Tarranil, levant vers lui un regard déconcerté. Et inquiet. Contrarié par l’expression d’impuissance qu’affichait le garçon, l’intendant avait frappé son bâton sur le sol, ses vieilles prunelles aux luisances d’acier rivées sur un point invisible, au-delà du muret de moellons grisâtres qui délimitait les lisières de la Halle. La combe de Lamenuir palpitait d’un silence oppressant…

La veille, vêtu d’une discrète cape à capuchon et armé d’une épée à deux mains, Calanthir avait quitté le comptoir. Pour mettre fin aux soupçonneuses interrogations du vieil homme, il avait argué – comme seul prétexte – avoir une visite d’affaires dans le bourg de Bree. Seulement, deux jours s’étaient écoulés et l’ancien capitaine n’était pas revenu… Et les Valar seuls savaient ce que les ruelles sombres de cette bourgade, carrefour d’aventuriers de tout acabit, pouvaient receler !

Le vieil homme réprima un frisson. Serrant plus étroitement son bâton de marche entre ses doigts crispés, Tarranil maugréa dans sa barbe broussailleuse. Comment devait-il réagir ? L’intendant secoua sa tête chenue et, pivotant gauchement sur ses talons, il rentra dans la bâtisse silencieuse.

Parchemin :
A l’attention de Ser Aedred Blanchétoile,

Je me doute que cette missive jettera une ombre importune sur ces instants de liesse qui animent vos jours depuis peu. Hélas ! maître Calanthir ayant disparu depuis deux jours, et ne sachant de quoi il retourne, je ne peux me résoudre à alerter les autorités de Bree.

C’est pourquoi, je me tourne vers vous et vous enjoins à la plus grande hâte. Je suis certain que vos paroles sauront réconforter votre jeune Dame. Et j’espère que mon inquiétude s’avérera prématurée et infondée.

Que les Valar vous protègent.
Votre dévoué serviteur,
Tarranil l’Ancien


[Texte : Isiliell]


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:01    
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Une trouée dans les Bois de Brande… et les premières collines du Pays de Bree émergèrent au-delà des eaux brunes du Brandevin. Sous les élans du crépuscule naissant, le ciel paressait au creux d’un cortège de nuages aux panses mouchetées de pourpre et d’or. Celairil guidait sa jument alezane entre les épais troncs d’arbre, ses yeux inquiets rivés sur le sentier sylvestre que leur petite troupe suivait. Sous son front penché fourmillait le souvenir des instants précieux qu’Aedred et elle avaient vécus… loin de tout ! Un voyage initiatique, un pèlerinage vers le passé, qui les avait poussés vers les rives mélancoliques du lac Nenuial, dont les eaux claires et miroitantes murmuraient aux oreilles des aventuriers l’antique gloire de l’Arnor.

- Je nous imagine... unis, sous le regard millénaire de ces ruines, si chères à votre cœur... avait murmuré Celairil, tandis que ses prunelles tentaient de sonder les profondeurs sereines du lac.
- Le symbole serait fort... et le lieu des plus plaisants, je vous l'avoue.
- Un symbole d'autant plus fort que ces vestiges antiques ont su résister au temps et aux batailles, comme pour nous laisser un témoignage... presque vivant. J'aimerais que notre amour... puise sa force de ces ruines, mon aimé.
- Alors qu'il en soit ainsi. Nous nous unirons sur cette terre de l'ancienne Arnor, et notre amour perdurera au-delà du temps des hommes, telles ces ruines.
[/justify]

Image


[justify]Ainsi l’île de Tinnudir les avait-elle accueillis et, sous les faces blafardes des ruines antiques, échangèrent-ils leurs vœux d’amour et de fidélité, prenant à témoin les rois d’antan dont les hautes statues aux visages effrités par le temps jetaient leur ombre froide sur la discrète assemblée recueillie : Calanthir, une expression de feinte indifférence que démentait l’émotion qui troublait la surface limpide de son regard ; à son bras, doyenne fière et souriante, Sionedh dont les longs cheveux de neige scintillaient sous les rais de l’astre solaire. Puis Maître Anathor qui, d’une voix lente et grave, avait béni leurs anneaux, appelant la bienveillance des Valar sur leur tête humblement inclinée.

Ces visions semblaient issues d’un songe lointain…

Une missive de Tarranil, au contenu estampillé du sceau de l’empressement et d’une sourde anxiété… et leur escapade amoureuse avait pris fin. Brutalement. Et alors que se dessinaient les contours de Bree, Celairil sentit son cœur se serrer d’une angoisse insolite… tel un mauvais présage. Le temps n’était plus à l’insouciance ou à la douceur de cette retraite dont elle avait profité auprès d’Aedred. Non… son père Calanthir avait disparu et cette nouvelle faisait battre au-dessus de sa tête inclinée les ailes noires d’un malheur à venir…
[Texte : Isiliell]


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:02    
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    "Allez prévenir le Guet. Kalstein, de préférence, à la prison de Bree."

Fergus ne se retourna pas pour vérifier que le soldat s'exécutait. Il longea la pièce et vint fermer les rideaux : des gens commençaient à s'attrouper, flairant un événement inhabituel comme on respire l'odeur nauséabonde d'une poubelle abandonnée. Inutile de leur donner matière concrète en leur laissant voir la scène figée dans la pièce principale de la maisonnée située près du Quartier des Boues. Que les badauds se perdent donc en conjectures derrière les fenêtres voilées...

L'intendant du Lond Daer revint près de la porte, vérifiant qu'elle était bien fermée. Quelques minutes plus tôt Fergus se trouvait près des forges de la Porte Ouest de Bree. Un fournisseur habituel était venu le trouver en catastrophe : l'homme avait découvert deux cadavres tandis qu'il entrait dans la demeure d'une bijoutière avec qui il avait rendez-vous pour une livraison d'or. Craignant d'être accusé du crime le fournisseur avait préféré quérir Fergus que courir chercher le Guet.

A présent Fergus attendait l'arrivée de Kalstein et de ses hommes. Près de la porte une épée reposait sur une cape soigneusement pliée recouvrant une chaise en bois. La pièce était en ordre, hormis en son centre où une autre chaise, renversée, et un fatras de quelques objets venaient encadrer deux corps à la tête auréolée du rouge poisseux d'un sang imprégnant le tapis et noircissant les rainures du dallage. Un homme et une femme, égorgés d'un geste sûr tandis que la femme avait reçu en prime un coup au ventre.

L'intendant connaissait fort bien le premier et avait croisé la seconde. Leurs mains se touchant dans la mort, la nature des coups... Beaucoup de conclusions à tirer et une réponse à trouver. Ce serait l'affaire de Kalstein. Fergus quant à lui n'avait qu'une chose à faire : dès que Faelthand serait revenu avec le prévôt il l'enverrait prévenir Celairil et la Maison Imrahad de ce qui s'était produit ici avant que la rumeur n'arrive à Lamenuir.

[Texte : Fergus]


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:02    
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Image

La Lune, Veilleuse solitaire et impassible, illumine une scène étrange de ses lances d’argent.
Les lieux, silencieux, palpitent encore de lueurs tamisées, dispensées par un feu ronflant.


Image

Au creux du cocon soyeux de la Nuit sereine, les amants se sont endormis.
D’un sommeil profond.


Image

Des pétales de sang fleurissent sous leur corps fatigué.
Dans un dernier soupir, leurs doigts se sont touchés…


[Images : LOTRO, retravaillées et commentées par Isiliell]


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:03    
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Assis derrière l'imposant bureau de chêne, Aedred terminait de compulser les divers rapports qui s'étaient entassés en attendant son retour. Un pli soucieux barrait son front. A peine rentré de son séjour en Evendim aux côtés de sa jeune épouse, le Seigneur de la Maison Blanchétoile devait faire face à divers problèmes qui requéraient son attention.

La disparition de son ami et désormais beau-père Calanthir n'allait pas sans l'inquiéter. Si les propos tenus à Celairil se voulaient on ne peut plus rassurants, au fond de lui l'homme ne pouvait s'empêcher de craindre le pire. Certes, les premiers rapports pouvaient laisser croire à une simple escapade amoureuse qui n'aurait guère surpris Aedred. Mais peut être le vieux Thorond avait il mal réagi au message des Blanchétoile. Auquel cas des mesures plus drastiques devraient être prises. Patience. Le résultat de la discrète enquête qu'il avait confié aux Gardiens ne manquerait pas d'apporter la réponse à ses nombreux interrogations.,,

Il fallait aussi s'occuper des négociations avec les émissaires de la Forêt Noire. Le Capitaine Eadren Fairië menait une expédition dans les Monts Brumeux afin de gagner la confiance des Elfes. Une expédition à laquelle les Blanchétoile se devaient d'être présents, et Aedred plus encore que les autres. Qu'à cela ne tienne, un peu d'exercice ne serait pas pour lui faire de mal. Encore que les rapports des Gardiens sur le Seigneur Ellyriel Flammargent, l'ambassadeur plénipotentiaire du Roi Thranduil, ne soient pas sans attiser la curiosité d'Aedred.

Mais il fallait aussi s'occuper des négociations avec les Pierracoeur concernant la fourniture d'armes et d'armures aux Elfes. Si Maître Gograne avait eu une bonne idée en proposant leurs concours lors des négociations et ce malgré la spécialisation du clan nain dans l'art de la joaillerie, les convaincre d'aider les « grandes oreilles » serait sans doute tout sauf aisé, et ce malgré le lien de vassalité entre eux et la Maison Blanchétoile. Enfin, peut être que cette expédition dans les Monts Brumeux permettrait d'adoucir l'humeur de Maître Pierracoeur...


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:04    
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Aedred chevauchait depuis des heures, sa monture parcourant d'une foulée souple et rapide les paysages verdoyants du sud du Pays de Bree. L'expédition dans les Monts Brumeux menée par le Capitaine Faerië était un succès à plus d'un titre, et il ne pouvait que se réjouir d'avoir combattu aux côtés du libre frontalier. Pourtant, il s'interrogeait toujours sur la présence qu'il avait senti alors qu'ils traversaient les campements gobelins, étrangement dépourvus de la moindre sentinelle. Ils n'avaient pas vraiment eu le temps de chercher la raison de cette absence de défenses, le succès de l'opération reposant sur la furtivité et la rapidité, mais Aedred aurait juré qu'en grimpant aux tours de guet il aurait trouvé les corps sans vie des sentinelles. Un mystère qu'il finirait bien par résoudre, tôt ou tard.

Le cri perçant d'un faucon interrompit le fil de ses pensées et il tira légèrement sur les rênes. Sa monture passa au pas, avant de s'arrêter. Caressant l'encolure d'une main, le cavalier tendit son autre bras gantelé de cuir, sur lequel vint se poser le faucon. Un petit parchemin était attaché à l'une de ses serres. Aedred s'en empara avant de parcourir rapidement les informations contenues, rédigées dans le langage de bataille des Blanchétoile par Dren, l'ancien responsable de la sécurité du comptoir de Bois Argenté et autrefois enquêteur au sein du Guet de Bree.

Le faucon s'éleva de nouveau dans les cieux, tandis qu'Aedred repartait au grand galop, un pli soucieux barrant son front.


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:04    
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Dren sortit du bâtiment le plus naturellement du monde. Le membre du guet en faction devant la porte le salua, le sourire aux lèvres, avant de poursuivre sa discussion avec une jeune femme du quartier des boues. Songeur, Dren repensa aux premiers jours du garde au sein du Guet, alors qu'il n'était encore qu'un jeune homme timide qui n'osait lever les yeux vers lui et claquait ostensiblement des talons dès qu'il arrivait. Ce qui avait à l'époque le don de l'agacer au plus haut point. Enfin, au moins cela lui avait-il permis aujourd'hui de pénétrer sur les lieux du crime afin de les inspecter et ainsi tirer ses propres conclusions.

Restait à trouver le coupable, ce dont il se chargerait avec l'aide des Gardiens de la Maison Blanchétoile. Du vivant de son ancien maître, Ser Etanhiael, ses soupçons se seraient naturellement portés vers lui. La mort de Maître Imrahad, quelques semaines après le mariage de sa fille et héritière avec Ser Aedred, permettait à la Maison Blanchétoile d'hériter du comptoir de Lamenuir, faisant par la même de celle-ci un suspect idéal. Mais Ser Etanhiael n'était plus et Ser Aedred n'aurait jamais ordonné la mort de son beau-père et ami par simple appât du gain. La piste de Thorond était évidemment la plus probable, mais il savait d'expérience qu'il valait mieux explorer chaque piste si l'on voulait découvrir la vérité...

Une heure plus tard, un faucon s'envolait en direction de Lamenuir, porteur d'un parchemin où était rédigé le premier rapport de son enquête.


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:04    
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Cela faisait des heures qu'Aedred classait les documents et papiers dans le petit bureau à l'étage de la Halle de Lamenuir. Il se maudissait régulièrement en lui-même d'avoir proposé à sa jeune épouse de la décharger de cette pénible tâche. Le peu d'affection que partageait avec lui son beau-père et ami pour tout ce qui était d'ordre administratif se traduisait par un désordre manifeste, dans lequel il lui était fort difficile de se retrouver.

S'emparant d'une énième pile de documents dans le but de la trier, l'attention de l'Intendant fut attirée par un petit coffret de bois. Voilà qui constituerait sans nul doute une distraction des plus bienvenues. Il l'ouvrit donc : trois parchemins soigneusement roulés s'y trouvaient,dont un auquel était attaché par de fragiles fils d'argent une mèche de cheveux d'un noir de jais. Sa curiosité piquée au vif, Aedred s'empara d'un premier rouleau.

Ses sourcils se froncèrent à mesure que ses yeux parcouraient le document. Il lâcha la feuille de parchemin pour s'emparer d'une deuxième lettre qu'il lut tout aussi rapidement avant de s'intéresser à la troisième et dernière missive. Puis, l'homme roula les diverses correspondances avant de les ranger, s'interrogeant sur la manière dont il devrait révéler ce secret à Celairil... Mais lui appartenait-il de le faire, alors que son beau-père s'y était refusé pendant tant d'années ?

En tous cas, voilà qui lui permettait de mieux comprendre ce cher Calanthir et notamment certaines allusions qu'il avait pu faire au cours de leurs longues conversations. Certains de ses soupçons venaient de se voir confirmés, et un léger sourire s'afficha sur les traits du Rohir qui reprit, non sans un soupir de lassitude, le rangement du bureau là où il l'avait abandonné.


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:05    
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Parchemin :
Au Maire Tendremélèze
Hôtel de Ville de Bree

Monsieur,

Mes hommes viendront dès aujourd'hui chercher la dépouille mortuaire de feu Maître Calanthir Imrahad, afin de la préparer pour son ultime voyage.

Suivant les volontés de la famille, le bûcher funéraire sera érigé sur les collines au Nord de Bree. Un dernier hommage lui sera rendu en ces lieux au 27ème jour du mois d'août.

Veuillez recevoir, Monsieur, mes sincères salutations,

Ser Aedred Blanchétoile
Seigneur de la Maison Blanchétoile
Intendant par Intérim de la Compagnie de Bois Argenté


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:06    
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Installée près de l’âtre dont les bûches crépitaient allègrement, Celairil massa son front douloureux. Son regard étréci oscillait du jeu des flammes ocrées à ses doigts pâles, entre lesquels reposait une plume d’oie ténébreuse. De son extrémité aux luisances bleutées, elle effleurait les coins du parchemin vierge de toute écriture. Ses yeux clairs cernés de fatigue et de larmes versées se rivèrent sur la surface où semblaient danser des lettres imaginaires. Qu’écrire ? Que dire qui ne refléterait jamais ce qu’elle ressentait ? Poussant un soupir las, elle trempa la pointe taillée de la plume dans l’encre noire et rédigea un court texte d’une main tremblante.

Parchemin :
Calanthir de la Maison Imrahad n’est plus, lâchement assassiné dans le Quartier des Boues.

Je veux croire que, parmi les rares personnes rencontrées au Pays de Bree, mon père ne comptait pas seulement des ennemis, prompts à le poignarder. Si certains n’ont pas connu l’ancien capitaine des Sentinelles des Portes de Minas Tirith, peut-être se souviendront-ils de l’humble Prévôt du Comptoir marchand de Lamenuir.

En ce jeudi 27 août,
Sur les collines au nord de Bree.
Une simple présence pour honorer sa mémoire,
Pour un ultime hommage au père et à l’ami.


Celairil Blanchétoile de la Maison Imrahad
Comptoir marchand de Lamenuir


[Texte : Isiliell]


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:07    
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Son père n’était plus… Calanthir de la Maison Imrahad, ancien capitaine des Sentinelles des Portes de Minas Tirith, était tombé ! Un meurtre lâchement perpétré par une main exercée…

-- J'ai reçu un faucon de Dren. C'est un ancien enquêteur du Guet de Bree et... il a toujours pas mal de contacts là-bas... Ils ont retrouvé son corps dans une petite maison de Bree, Celairil.
-- Où... ça ?
-- Près du Quartier des Boues.
-- Le Quartier... des Boues ? Que faisait-il dans un endroit aussi malfamé ?
-- Apparemment, il n'était pas seul. Je n'en sais guère plus pour l'heure, si ce n'est qu'il s'agirait d'un double assassinat…


Si le doute s’était emparé d’elle lorsque son époux, averti par un de ses agents, lui avait annoncé l’issue tragique de la disparition de Calanthir, la visite de Faelthand et de son épouse Heristiel, tous deux mandatés par l’Intendant Fergus Chênedoré, lui confirma ce que sa raison soupçonnait mais que son cœur refusait d’admettre.

Image


-- Votre père a été retrouvé dans une maison près du Quartier des Boues, par un artisan. Il a été selon toute vraisemblance assassiné.
-- Je ne voulais pas le croire.
-- Vous étiez au courant ? Ou vous le pressentiez ?
-- Un contact de mon époux. Mais votre version officielle... ôte bien des doutes.
-- Votre époux... ah ! Bien… ainsi vous ne l'apprenez pas complètement de la bouche d'un inconnu. C'est sans doute mieux.
-- Comment... où... a-t-il été... ?
-- Près du Quartier des Boues, dans la demeure d'une bijoutière. Je n'ai malheureusement pas son nom, étant parti vite pour venir ici.
-- Une... bijoutière...
-- Elle a été assassinée également.


Installée près de l’âtre dont les bûches crépitaient allègrement, Celairil massa ses tempes douloureuses. Son esprit n’abritait qu’un maelström d’images et de rumeurs sournoises… ‘Votre père n'a pas été tué n'importe comment. Il a été précisément égorgé.’ Ses paupières battirent et son regard étréci oscilla du jeu des flammes ocrées à ses doigts pâles, entre lesquels reposait une plume d’oie ténébreuse. De son extrémité aux luisances bleutées, elle effleura les coins du parchemin vierge de toute écriture. ‘Il y a bien des manières de tuer quelqu'un, et l'égorger n'est pas une méthode à la portée de tout le monde. Ce qui me fait penser que l'assassin a été engagé et que son travail n'est peut-être pas terminé.' Ses yeux clairs cernés de fatigue et de larmes versées se rivèrent sur la surface blanche où semblaient danser des lettres imaginaires. Elle secoua la tête, désemparée. Qu’écrire ? Que dire qui ne refléterait jamais ce qu’elle ressentait au tréfonds de son âme meurtrie ? Poussant un soupir las, elle tailla la pointe émoussée de la plume et la trempa dans le petit pot d’encre noire. D’une main tremblante, elle coucha sur le vélin les mots qui, en cette veillée funèbre, rendraient un ultime hommage à son père.


-oOo-


Image

Entourée de son époux et des rares sympathisants, Celairil célébra le dernier voyage de son père dont la dépouille,
drapée d’un linceul noir, reposait sur un bûcher funéraire.


Citation :
J’ignore si sa fin tragique, brutale, fut douloureuse. C’est pourquoi je tairai mon chagrin, en ce funeste jour. Car ce n’est pas par des plaintes qu’il convient de célébrer celui qui laisse la place d’un père aimé et aimant, c’est par l’image sincère de son œuvre, aussi humble fut-elle, et de sa vie. Ainsi je me console en sachant que mon père était pétri d’un honneur sans failles et que, fidèle à ses aspirations, il aura gagné ce bout d’éternité… hélas ! plus tôt que ceux qui restent et le pleurent. Même si nos points de vue, souvent, divergeaient… il était mon père, je l’aimais… et je regrette qu’il ne soit plus à mes côtés afin qu’il puisse l’entendre de ma propre bouche.

Ce soir, alors que naissent mille étoiles prêtes à le guider vers le royaume de nos ancêtres, je remercie, en son nom, en celui des Imrahad et des Blanchétoile… ceux qui, en ce jour, sont venus lui témoigner leur sympathie. Aussi modeste soit-elle. Par leur présence, par un mot.

Merci. Du fond du cœur.


[Texte : Isiliell
Images : LOTRO, retravaillées par Isiliell
]


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:10    
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Chapitre V

Traitre Montagne


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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:14    
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[NB : cette animation s'inscrivait dans celle lancée par les Chapitres d'Este, le Manteau Blanc, en septembre 2009]

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- Seeeeer ! Raenieeeeel !

Rageur, le vent hurle à ses oreilles bourdonnantes. Un vent aigre, glacial. Moqueur. Ses rumeurs inquiétantes se répercutent sur les murailles vertigineuses, infranchissables de la montagne, dissimulées par la barrière neigeuse qui, telles de blêmes bannières, fouettent les cieux hurlants. Terrifiée, la jeune femme suffoque, son corps malmené par les mains cruelles de la bise froide et terrible. Une voix familière et des échos lancinants qui claquent sous le ciel blafard et aveugle…

- Iciiiii !!!

Comment en étaient-ils arrivés là ?

- Comme je vous le disais à l'instant, vous n'êtes pas sans savoir que la Compagnie de Bois Argenté tente d’établir une route vers l'Est. Nous menons déjà les négociations d'un droit de passage avec les Elfes de la Forêt Noire... reste la question de la traversée des Monts Brumeux.

La Salle du Feu, entre les murs paisibles, chaleureux, de la Dernière Maison Simple d’Elrond Semi-Elfe… à Fondcombe. Doux cliquetis de l’acier, froissement de la maille, crissement du cuir des sombres tenues, entrecoupés des craquements des bûches dans le giron flamboyant de l’âtre gigantesque. Droites et attentives à ses paroles, les Lames l'entouraient, installées à la longue table de bois précieux, marqueté d’une envolée d’arabesques délicates. La voix de Ser Raeniel Blanchétoile, Seigneur du Covenant, claire, impérieuse, résonnait sous les voûtes lumineuses de la vaste salle. Pourtant son visage aux traits nobles et racés affichait un calme et une sérénité déconcertants.

- Nous allons donc partir en reconnaissance, afin de déterminer quelle route prendront nos caravanes. Ainsi que les Lames que nous pourrions dépêcher pour venir en renfort des Elfes. Nous devrons déterminer quels camps gobelins éviter, et quelles passes sont praticables, ou non. Nous partons dans l'heure, afin de rentrer au plus vite à Imladris. Nous agirons vite et avec discrétion pour cette fois, quitte à revenir en force si le besoin s'en faisait sentir. Des questions ?

Morwain restait silencieuse, ses doigts posés sur le rebord de la table. Les autres Lames demeuraient toutes aussi taciturnes, le front plissé, sous l'effort d'une évidente concentration.

- Bien. Nous nous retrouverons aux écuries dans une heure. Soyez prêts à partir.


Comment en étaient-ils arrivés là ?

Le hurlement d'un loup a affolé la monture de Raeniel. En un formidable hennissement qui semble avoir remué les entrailles profondes des Hithaeglir, l'animal s’est cabré, arrachant violemment les brides de cuir des mains du Rohir avant de retomber, renâclant, l'oeil fou, et de s'échapper dans un galop effrayé.

- Iciiiii !!!

Morwain trébuche dans la neige, pestant entre ses dents serrées dans une crispation convulsive. Levant le visage vers la voix familière du Seigneur du Covenant, elle tente d'accélérer l'allure. En vain. Son cheval résiste, tirant sur les rênes, hennissant sous les invectives irascibles du vent. Grimaçant de douleur et de fatigue mêlées, la jeune femme tombe à genoux. Dans le geste vif qu'elle esquisse pour conserver son équilibre, elle laisse échapper les guides de sa monture qui rue et s'enfuit...

- Nooon ! Raenieeeeel !
- Morwaiiin !

La jeune Lame s'abrite le visage de ses mains engourdies. La neige s'engouffre dans sa bouche, dans son cou… la paralysant presque. Une main l'agrippe brusquement à l'épaule et le ton péremptoire du Rohir éclate à ses oreilles.

- Debout ! Il faut avancer ! Restez derrière moi...

Comment en étaient-ils arrivés là ?

Ils avaient trouvé un abri précaire sous la masse ombreuse d’un pont dont la structure en pierre, impressionnante, se fondait dans le décor hostile de la montagne hurlante. Un maigre feu, fait d’herbes tressées préservées au fond d’une sacoche, avait été le seul réconfort à leur brutale solitude et au maelstrom furieux des doutes qui assaillaient leur front penché. 'La mort est si proche...' Le faible crépitement des flammes timides n’était pas parvenu à éloigner le hurlement de la tempête qui tournoyait au-delà du monstrueux édifice de pierre noire.

- J'espère que les autres auront pu trouver un abri.

Hélas, non ! car ils furent les seuls survivants de cette tragique expédition. La tempête battit en retraite au terme d’un affrontement grandiose et s’éloigna… les cieux céruléens écrasant de leur vive teinte un paysage immaculé et silencieux. Affreusement silencieux. Fourbus, affamés et le visage sombre, Raeniel et Morwain émergèrent de leur asile et rebroussèrent chemin. Fondcombe leur ouvrit bientôt la paix de sa douce vallée mais leur cœur glacé, leur corps harassé n’en ressentirent aucun soulagement. Seule une acide amertume leur étreignait la gorge…


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[Texte : Isiliell
Images : LOTRO, retravaillées par Isiliell
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Message Posté le: 2/03/2010 à 20:15    
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Chapitre VI

L'Eclosion des Scorpions


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