Chapitres d'Estel -> Etude du Lond Daer -> [Récit] Rouge Symbelmyne
 
Valaraukar
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Message Posté le: 11/01/2010 à 20:49    Sujet du message : [Récit] Rouge Symbelmyne
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Des paroles, des rires, le son d'un luth dans cette auberge où la chope vide nargue l'homme, vide lui aussi.

Visages embrouillés, rêves ou ivresse?

Une ferme perdue dans les collines, des chevaux qui broutent. Calme jour, chant des oiseaux.

Un visage souriant, innocent. Il se flétrit, se décompose, meurt.

La mort...


"Sighild!"

Theodeunwulf se leva en sursaut de sa couche. La nuit était calme. Seul le crépitement du feu de camp venait troubler la quiétude de Gwingris. A présent bien éveillé et rejetant ses couvertures, le rohir vint s'asseoir près du feu où des couleurs chatoyantes dansaient autour des bûches embrasées. Inspirant profondément, il enfouit son visage dans ses mains. Cela faisait quelque temps que ses cauchemars avaient cessé de le tourmenter, mais cette nuit les visions diffuses affluaient par centaines dans ses rêves, plus flous et inquiétants que jamais. Et toujours revenait cette vision d'une symbelmyne rouge, rouge sang...

Il jeta sa cape sur ses épaules et enfila ses bottes. Le sommeil ne viendrait plus, pas la peine d'essayer. Il se mit à arpenter les ruines, magnifiques et mystérieuses dans le reflet des feux sur les murs blancs. La mission de l'Ost en ces terres s'achevait, mais curieusement il ne ressentait aucune joie, aucune fierté, seulement une grande nostalgie. A l'idée de retourner en arrière peut-être? De Bree à Ost Guruth, et de là vers l'Eregion, leur route avait mené les rohirrim expatriés vers l'Est et le Sud, vers le Rohan. Vers l'avenir, mais aussi vers le passé, vers ces terres qu'il n'avait plus vu depuis... Quoi? Deux ans? Trois? Il n'en savait plus rien. Les jours et les semaines étaient devenus des mois, des années, et tout s'embrouillait. Retourner à présent en Eriador, à Ost Guruth, à Bree, c'était aller de l'avant, mais aussi reculer, encore et encore, comme si l'on courait après le passé et l'avenir en même temps.
Un elfe le salua alors qu'il passait près d'un feu où trois d'entre eux étaient assis, à parler à voix basse d'un temps révolu, et d'un avenir, dans l'Ouest Immortel. Il était un peu comme eux, songea t-il, perdu quelque part dans l'histoire du temps.

Finalement, après avoir franchi une arche en ruine, il arriva là où il voulait venir, à ce précipice qui lui en rappelait un autre. Mais ce n'était pas le désespoir qui guidait aujourd'hui ses pas, mais l'espoir, l'espoir d'une aube nouvelle qui embraserait les coeurs des hommes. Il s'assit, le dos contre une colonne, et se mit à observer. Les arbres dans lesquels courait une brise légère, quelques bêtes qui s'abreuvaient des eaux claires du Bruinen, des nuages qui passaient, masquant les étoiles. Poussant un long soupir de satisfaction, Theodeunwulf se laissa aller à la rêverie, et la nuit passa, comme passe l'hiver.

Ouvrant les yeux, il vit l'horizon qui commençait à s'embraser, à embrasser le jour qui se lève. Un mince sourire vint se poser sur son visage... il avait dormi, combien de temps, il ne le savait pas, mais d'un sommeil sans rêve. Et maintenant que le ciel commençait à s'éclairer il en était sûr, l'aube était venue, comme dans les vieux chants des hommes, brisant l'ombre de la nuit. Il se leva, et après s'être brièvement étiré, il repartit vers le campement.

Et derrière lui, l'aube était rouge, rouge sang...

Comme une symbelmyne rouge, sur un tertre solitaire, loin au Nord-Ouest, là où convergent l'espoir et le souvenir...

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Valaraukar
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Message Posté le: 14/01/2010 à 12:47    
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La nuit avait cessé.
L'aube était venue.
Le jour était là.

Car comme dans les vieux chants des Eldar, aucune nuit, aucune ombre ne pouvait empêcher la venue étincellante d'Anor la Lumineuse, et à la nuit succédait le jour, et ce depuis que les Hommes étaient venus en Arda.



Theodeunwulf, juché sur son cheval Beorsig, contemplait la route qui déroulait son tracé devant eux. Les Rohirrim avaient quitté Gwingris peu après l'aube, et cela faisait maintenant un bon moment que la ville en ruine avait disparu dans la brume matinale. Seule restait la route, devant eux et derrière eux, qui tel un fil d'Ariane guidait hommes et chevaux vers le Nord. Les yeux plissés pour tenter de discerner quelque chose dans cette fumée fantomatique, le rohir blond s'était figé sur sa selle, alors que les pas des chevaux résonnaient fort dans les gorges du Bruinen.

Un mouvement avait attiré son attention dans la brume, et il était à présent dans l'expectative. Aucun de ses compagnons n'était vraiment rassuré, et le silence régnait. Cette brume épaisse leur rappelait trop celle que l'on trouvait en Fangorn, où des voix torturées semblaient provenir des arbres eux-mêmes. Alors que la brouillasse finit par déchirer son voile, Theodeunwulf, qui fixait toujours l'endroit où il avait aperçu un mouvement furtif, ouvrit de grands yeux. Ce qui de loin ressemblait à une silhouette menaçante tapie dans la brume n'était en fait... qu'un arbre.

Souriant, quoique peu rassuré, il détourna son attention, se plongeant à nouveau dans ses pensées, son cheval suivant calmement celui d'Eothred, quelques pas devant lui. Cette brume... c'était comme lors de cette bataille à la frontière du Rohan, où son eored avait été engloutie par la marée dunlending. Elle avait alors caché l'ennemi à leurs yeux jusqu'à ce que leurs cris ne déchirent le rideau grisâtre, et que la charge ennemie ne s'abatte sur les hommes surpris. Et il avait maudit cette brume. Jusqu'à ce que ce soit elle qui lui sauve la vie, le protégeant de la vue de ses ennemis alors que blessé, il traînait ce jeune soldat évanoui dans des buissons proches de là. Et il avait loué les cieux et les ancêtres de leur avoir envoyé cette brume salvatrice.

Soudain, une ombre fondit sur lui. Le rohir eut à peine le temps de lever son bouclier qu'elle était sur lui... et déjà repartie...
Un air indéchiffrable sur le visage, Theodeunwulf regarda s'éloigner le corbeau qui venait de passer juste devant son cheval. Flattant l'encolure de la bête elle aussi effrayée, il l'enjoignit d'une légère pression des jambes à reprendre sa route. La soleil perça enfin la purée-de-pois, juste assez longtemps pour qu'il le voie disparaître derrière des nuages menaçants. Une fine pluie s'abattit sur eux, qui bientôt devint plus forte, jusqu'à dissiper la brume. Et bien que trempé, il était souriant.
A quelque distance devant eux, l'arbre effondré faisant office de pont était en vue, signalant qu'ils quittaient l'Eregion, pour de bon. Les sabots des chevaux s'enfonçaient à présent dans la terre brun-rouge de la route, laissant des empreintes nettes sur leur passage.

Et ces empreintes étaient rouges, rouge sang...

Comme une symbelmyne rouge, sur un tertre solitaire, loin au Nord-Ouest, là où convergent l'espoir et le souvenir...

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Dernière édition par Valaraukar le 12/12/2010 à 06:05; édité 1 fois
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Valaraukar
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Message Posté le: 7/03/2010 à 18:49    
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Un arbre couché...
Un val brumeux...
La route...


Paysages qui défilent au gré du voyage, ponctués par le roulement de tambour des sabots, des bêtes qui disparaissent dans les fourrés, des feuilles qui quittent leurs branches et descendent doucement s'abreuver de l'eau claire du Bruinen.


Bruine matinale, grisaille l'après-midi, pluie le soir...
On aurait cru que le temps s'évertuait à vouloir repousser les cavaliers vers le Sud, comme formant un premier rempart, une première ligne de défense des maléfices du Nord. Theodeunwulf laissa planer son regard sur les Monts Brumeux qui apparaissaient parfois à l'horizon, quand les arbres et les rochers du Tâl Bruinen ne bouchaient pas la vue. Une tempête semblait faire rage sur les cols, au dessus des néfastes cavernes de Gobelinville, où devaient se terrer des hordes terrorisées par la violence des éléments. Une moue de dégoût passa sur son visage en pensant à ces créatures, pitoyables et répugnantes, mais ô combien redoutables. Autour de lui, ses compagnons chevauchaient tranquillement, au pas, échangeant quelques paroles ou observant le paysage. Seul le capitaine Isenfold, qui précédait ses hommes, semblait ruminer de sombres pensées, et jetait des regards inquiets alentour.

Mettant sa monture au trot, le rohir blond rejoignit son capitaine et ami, et se mit à sa hauteur. Eothred tourna la tête vers lui, le regard interrogateur, comme s'il s'attendait à ce que Theodeunwulf lui pose une question grave, qui ne vint jamais. Se contentant d'adresser un sourire plein de cette complicité que partagent les hommes qui se sont battus ensemble et se font confiance à son capitaine, il continua sa route, impassible. Un léger vent de Sud-Ouest soufflait dans leur dos, les poussant vers leur destination, comme si l'Eregion voulait les éloigner autant que possible, de crainte que les fiers guerriers des plaines de Calenardhon n'abreuvent une fois encore son sol d'un sang impie. Theodeunwulf s'assoupit à moitié sur sa selle, comme il le faisait souvent lors de longs voyages, et se laissa aller à la rêverie.

Les mots échangés au Conseil d'Imladris étaient encore gravés dans sa mémoire, comme brûlés au fer rouge. L'Ost tournait le dos à sa propre guerre, faisant confiance à leur ruse et à la bêtise des hommes de Dun, mais surtout à la détermination des nains menant la caravane de Sutheim, assurés que le Rohan aurait bientôt reçu l'aide escomptée. Leur cible était maintenant le Nord, qu'il faudrait unifier contre les armées des spectres de l'anneau, cette terre d'accueil qu'il faudrait savoir garder libre. Et la tâche s'annonçait rude. Pris en tenaille, sans aucune assistance de rois ou de princes, sans véritable armée, l'Eriador gardait néanmoins la tête haute et l'espoir au coeur. Un sourire ironique éclaira le visage du rohir. Les bonnes gens de Bree dormaient tranquilles le soir, mais uniquement parce qu'ils ignoraient la gravité de la situation. La saison des orages touchait à sa fin, et bientôt les passes seraient franchissables, alors les forces de Forêt Noire pourraient entrer en Eriador. Il faudrait être prêt à les recevoir, et à renvoyer chez eux orques et angmarims, sorciers de la Tour Sombre et loups de Mirkwood.

Theodeunwulf sortit de sa rêverie en entendant Eothred lui parler.
"Là devant, La route d'Imladris! Si la chance est avec nous, on verra les remparts d'Ost Guruth demain à l'aube."
Hochant la tête, l'homme pâle fixa un regard déterminé sur l'horizon, au Nord-Ouest... bientôt commencerait la guerre du Nord...

Et les temps seraient rouges, rouge sang...

Comme une symbelmyne rouge, sur un tertre solitaire, loin au Nord-Ouest, là où convergent l'espoir et le souvenir...

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