Chapitres d'Estel -> Plume d'Airain -> [Ost] Une terre libre pour un peuple libre
 
Telumehtar
Le chat-machine

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Message Posté le: 31/08/2010 à 16:36    Sujet du message : [Ost] Une terre libre pour un peuple libre
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L'aube pointait à peine sur les rives de Nen Harn. Le clapotit de l'eau du grand lac du nord rythmait le mouvement lent des herbes hautes qui bordaient la rive. Les brumes matinales s'accrochaient à la surface lisse de l'étendue lacustre, voile étrange hors du temps, frontière fantômatique entre le monde des hommes et celui des défunts. Du moins c'est ainsi que Cynwain le regardait songeur.

Le jeune écuyer se redressa discrètement et se retourna vers les silhouettes endormies de ses compagnons rohirrim. Le campement était plongé dans une demi-obscurité et quelques braises rougeoyaient encore dans le feu mourant, seules les tentes frémissaient légèrement sous le mouvement facétieux du vent. Le rohir couvrit un peu mieux ses épaules de sa cape et se rassit de nouveau dans les herbes humides, à quelque distance du repos des cavaliers. Cynwain aimait cette heure du jour, elle lui permettait de laisser aller libre son esprit, au fil de ses inspirations et de ses souvenirs ...

L'éored avait fixé son campement aux portes de Nen Harn, au delà du Bois de Chet Lointain, depuis plusieurs semaines maintenant. Les rohirrim avaient pris contact avec les paysans et les propriétaires de fermes dans la région, au nord, au sud et à l'ouest. La plupart étaient surpris de voir une troupe de combattants à cheval leur proposer de l'aide ou un soutient, et une fois les premières méfiances oubliées, les langues se déliaient. Tous craignaient les orques au nord, quand il ne s'agissait des manoeuvres des maraudeurs du Plateau Noir ou du brigandage pur et simple. Un nom avait été entendu parmi d'autres, celui de Sharcoux, un homme qui semblait diriger certains brigands dans la région et qui savait manifestement se faire respecter des pires d'entre eux ... Une aide avait été promise mais tardait à se manifester, celle de ce groupe de soutient aux rôdeurs, du moins c'est ainsi que l'émissaire qu'ils avaient rencontré à Bree leur en avait parlé. Ce qui avait paru étrange à Cynwain ce soir là c'est que la conseillère du maire elle-même, Cordhalya, ne semblait pas connaître ces gens. Dame Isaline, la notable, affirmait que les rohirrim auraient de nouveaux alliés, mais la confiance du Peuple de Lothur ne se gagne pas si aisément ...

Les nouvelles des frères en poste à Ost Guruth ne leur étaient pas parvenues depuis longtemps maintenant. Cynwain avait parfois lu l'inquiétude dans le front plissé des cavaliers qui campaient ici lorsqu'ils parlaient à la veillée des maléfices d'Agamaur. Mais les visages se décrispaient quand l'un d'eux entonnait la victoire d'Eorl au Champ du Celebrant, les chants résonnaient alors sous la voute et la nuit paraissait tout à coup moins sombre.

L'heure s'approchait maintenant où l'éored devait accomplir ce pourquoi elle avait dirigé ses montures au Pays de Bree.

Hors-personnage :
L'Ost des rohirrim reprend du service le premier soir de septembre, ce mercredi 01/09 à 21h. Le lieu de rendez-vous est fixé à la porte nord de Bree, à l'extérieur. Si parmi les joueurs intéressés par ce thème rp, certains ne connaissent pas encore l'Ost des Rohirrim ils sont les bienvenus et pourront jouer en compagnie des habitués. Cette thématique est ouverte et libre.


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Telumehtar
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Message Posté le: 22/09/2010 à 00:44    
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Henog leva une dernière fois des yeux embués vers un ciel sombre, avant de parcourir du regard les collines à l'horizon. Il s'arrêta un instant sur la silhouette des murailles qui se dressaient en une masse noire sur le flanc du tertre. Quelques feux crépitaient dans l'enceinte d'Ost Guruth.
Il fallait à présent refuser de penser aux choses vivantes. Rien de cela ne l'attendait de l'autre côté. Cesser de penser aussi. Mais Henog ne pouvait empêcher les larmes de ruisseler sur ses joues, pas plus qu'il ne maîtrisait le tremblement de sa lèvre inférieure. Le noeud de la corde l'empêchait déjà de respirer convenablement.

"Qu'ils me pardonnent" Souffla-t-il en cambrant son corps et le jetant dans le vide. Il savait qu'il n'atteindrait jamais le sol.


Habilement dissimulé derrière une pierre mousseuse massive, l'éclaireur eglain attendait le signal. Ses bottes de cuir pataugeaient dans l'eau saumâtre des marais aux morts, mais il était habitué depuis longtemps à ne plus laisser ses sens se concentrer que sur une seule chose en ces lieux. Sa survie et celle des hommes qui l'accompagnaient. Cette nuit là pourtant il usa de tout son talent pour parvenir précisément au résultat inverse.
Se risquant à un regard vers l'arche de pierre, vestige d'Ouistrenesse en ces lieux impies, il estima le temps que prendraient les cavaliers à l'atteindre. Il garda les yeux mi-clos. Ses sens affutés n'auraient pas été suffisants pour l'avertir de l'embuscade, ceux des rohirrim le seront encore moins songea-t-il. Leur nez se repait de l'odeur du crottin et de la viande de leurs veillées. Ce sont de piètres pisteurs, aisés à berner. Les hommes de Rothveg feront rapidement leur affaire. Il vaut mieux ainsi.

Faisant jouer sa mâchoire inférieure d'avant en arrière, le dulending attendait, concentré. Ses hommes connaissaient leurs rôles par coeur, et lorsque Rothveg avait cette expression c'est qu'il était pret à bondir, à déchaîner sa hargne sur l'ennemi. Les barbares des Pinnath Aegring ne connaissaient que peu la région, mais leur lien avec les hommes des collines exilés dans ces maudits marais avait été suffisant pour qu'ils acceptent de les aider. Et Rothveg n'était pas hommes à refuser de combattre les oppresseurs du Pays de Dun. Il était de ceux qui rêvaient d'une sanglante revanche sur l'histoire, celle d'un peuple injustement chassé de ses terres par les rohirrim.
Il tourna rapidement son cou puissant vers les silhouettes masquées par les brumes, ombres cruelles nichées au creux des racines tordues plongeant dans les remous noirâtres. Des peintures noires défiguraient leurs visages en d'hideux rictus où seuls leurs yeux semblaient maintenir la raison sur des masques de fureur. Rothveg aimait cela. Il cracha au sol et se tourna vers les premières lueurs qui apparaissaient dans la brume.

Eothred n'aimait pas cette idée de rencontre nocturne, mais il n'avait pas le choix. Il s'en voulu de penser encore à la trahison de Grimgau et ébouriffa machinalement la crinière de sa monture comme pour s'en persuader. Les chevaux piaffaient en marchant nerveusement dans l'eau boueuse d'Agamaur. Il se retourna et adressa un regard confiant aux autres cavaliers. Le thane d'Edoras, Theordric, avançait à ses côtés, puis venait derrière le fougueux fils d'Hengrist, flanqué des rohiril Breanryth et Earlyn. Deogar fils de Barandath, accompagné d'Esyllt et Imric renforçaient l'arrière garde. Bewig qui semblait à contrecoeur avoir accepté la mission de l'éored dans les Terres Solitaire fermait la marche des cavaliers. Il manquait encore d'entrainement mais le Porteur de Heaume espérait bien qu'il se formerait au plus vite aux côtés des eglain. Les forces vives de l'éored s'avançaient à la lueur des torches, balayant les écharpes de brumes s'agrippant aux jarrets des montures.
Eothred leva sa main gantée et les cavaliers firent halte. Theordric désigna de la pointe de l'épée la vieille arche, ils étaient sur la bonne route. L'éclaireur les attendait un peu plus loin. Tous étaient impatient d'en découdre avec l'une des dernières engeance que ce marais abritait. Qu'ils se terrent à Nindor ou Nan Dhelu, aucun de ces maîtres malfaisants n'avaient échappé à la férocité de l'éored. Sur chacun d'eux les rohirrim avaient trouvé un sceau qu'ils avaient remit à l'oracle d'Amon Sûl. Elle seule semblait capable de démêler le tissage complexe de cette malédiction qui enclavait les sinistres marais d'Agamaur...

Fridéric interrogea du regard Albrich. Le feu dansant dessinait des ombres mouvantes et fugaces sur les murs effondrés du petit bastion d'Ost Guruth. Protégé d'un vent vicieux par les pierres, l'ancien des eglain était pourtant perplexe. Il ne comprenait pas la décision d'Henog et ne pouvait s'empêcher de croire qu'une chose étrange était à l'oeuvre. Etrange et peut être funeste."Les rohirrim ont dit retrouver Henog en Agamaur, Frideric, c'est tout ce que j'ai appris. Les montures avaient déjà quitté le campement lorsque je m'en suis inquiété. Et il est vrai que c'est là un étrange moment pour mener un assaut sur les ruines de Reykur, bien qu'Henog soit l'un de nos meilleurs hommes...". "Les rohirrim valent plus que le meilleur de nos hommes Albrich, mais j'espère qu'ils ne seront pas mal conseillés. Appelle Fergal et Gwengar et tâchez de retrouver la trace de l'éored, mais soyez prudents là bas".

Le corps d'Henog flotta un instant. Plus aucun bruit alentours. Puis la corde se tendit brusquement, d'un coup sec. Le vieil arbre mort allait en donner une autre.

Un tremblement avait reprit la main gauche d'Henog. Il était bien trop tendu, il n'attendait qu'une chose. Que Rothveg en finisse. Il pris une grande inspiration en silence et se déplaça légèrement sur la droite du rocher qui le masquait. A cette distance il apercevait les mailles des rohirrim scintiller à la lumière étouffée des torches, et discernait leurs silhouettes protégées par les rondaches. Ils se déplaçaient lentement, avec prudence et en nombre. Henog eut soudain peur d'avoir mal jaugé la force des hommes du Rohan. Et s'ils s'en sortaient ? Cette pensée l'effraya, car l'image suivante était celle de son corps percé de part en part par l'un d'eux. Ils ne le laisseraient pas en vie.

La troupe d'Eothred dépassa l'arche de pierre, en silence. Certains rohirrim regardaient encore le vestige fantomatique quand le bruit lourd d'un corps tombant dans l'eau les fît se retourner brusquement. La monture de Bewig n'avait pas bronché, mais elle ne portait plus son cavalier. Le Porteur de Heaume hurla "Eorl" en dégainant Angursweld alors qu'une volée de flèches criblait les rohirrim. Surgissant des eaux mortes comme ils se seraient levés de leurs tombeaux, une partie des hommes de Rothveg brandit de longues piques ruisselantes qu'ils plongèrent avec cruauté dans les flancs des montures. Dans un effroyable tumulte où se mêlaient les hennissements des chevaux mortellement frappés, la clameur des rohirrim et la fureur de l'assaut dunéen, l'eau d'Agamaur devint sang.

Henog ne pouvait détacher son regard de la scène, où hommes et chevaux se débattaient dans les éclaboussures rouges alors que le feu des torches se noyait. Il ne voyait toujours pas Rothveg, qu'attendait ce chien pour donner l'alalie, éructa-t-il. Il voyait dans la confusion de la mêlée et des boucliers brisés, que certains rohirrim reprenaient déjà le dessus, rageurs et déterminés à ne pas tomber sans en emporter le plus grand nombre. Les épées s'abattaient avec précision et les mailles du Rohan les protégeaient bien mieux que les peaux et les cuirs des dunlendings. Il entendait les injonctions en rohirric déchirer les brumes des marais au coeur de la bataille.
L'eglain plongea rapidement une main tremblante dans sa besace pour en ressortir un appeau, tout en jetant des regards effarés sur le combat. Les cris des dulendings en disaient long sur le temps qu'il lui restait avant de connaître un sort identique. Il le porta à sa bouche et émit trois sifflements distincts.

Le piège se referma sur l'éored. Le cruel Urhiald mena ses guerriers au combat et franchit sans un bruit le manteau de nuit qui le séparait des cavaliers ensanglantés, par le nord et par l'est. Les rohirrim se retrouvèrent rapidement dos à l'arche avant d'être submergés. Une dernière fois Henog entendit crier "Forth Eorlingas" avant qu'un craquement sinistre ne vienne interrompre le dernier appel.

L'éclaireur plaqua ses mains sur les oreilles et baissa le visage en serrant les dents. Ces morts étaient nécessaires pour qu'il puisse revoir les siens, se répéta-t-il, ces morts, nécessaires, nécessaires... Mais survivrait-il, lui, à sa propre folie? Une violente douleur lui empoigna le coeur et Henog tomba à genoux. Il hoquetait et tremblait à présent de tous ses membres. Ses oreilles s'étaient bouchées et il sentait une froideur envahir ses tempes puis son front ruisselant. Il écarquilla les yeux lorsqu'il se senti soudainement empoigné et soulevé.

Rothveg maintenait Henog sur ses deux jambes chancelantes, il approcha son visage de celui livide de l'éclaireur et s'adressa à lui dans la langue commune avec un fort accent : "Combien des tiens doivent être libérés, eglain?" l'haleine du dulending empestait le sang et la pourriture, mais Henog y prêta moins attention qu'aux mots qu'il devait choisir. "Cinq âmes, ma famille compte cinq âmes Rothveg" réussit à articuler l'eglain. Rothveg plissa les yeux et fît une moue. "Un homme du Rohan pour une âme libérée nous emporterons. Les autres seront mis à mort. Tous appartiennent maintenant à Turmath, les morts comme les vivants."
Le guerrier massif laissa Henog s'effondrer puis se détourna, avant de s'arrêter à hauteur de la pierre. "Henog, ta famille n'a plus cinq âmes, l'une a déjà périt". L'eglain n'afficha pour seule réponse qu'un visage anéanti par le chagrin. Mais cela fût bien peu en comparaison de ce qu'il allait apprendre le lendemain, lorsque les chasseurs d'Ost Guruth découvriraient les corps de sa famille dans les marais d'Harloeg.

La seule oeuvre qui fût accomplie en cette trahison fût celle de briser une éored. De briser un espoir. Et Henog le savait maintenant, lorsqu'il fuyait à travers la lande. Henog le savait encore lorsqu'il choisi cet arbre aux racines profondes et aux branches encore fermes. Henog se le répétait inlassablement lorsqu'il s'assit sur son propre cairn. Tout comme il le murmura au moment de glisser son cou dans le cercle imparfait d'une corde rugueuse.

Le chanvre tressaillit, tendu à s'en rompre sous le poids de l'eglain. Les chairs comprimées ne laissaient plus de place à la vie pour s'y insinuer et Henog émit un dernier son, rauque et défaillant.

Orthanc avait obtenu son dû.


Hors-personnage :
* * *

Ainsi se tourne une page de la longue saga des rohirrim, ouverte il y a bientôt deux ans. Ce récit ne pourra être tenu comme connu par les rohirrim encore en activité mais ils seront avertis à Bree par un messager d'Ost Guruth, que l'éored en poste dans les Terres Solitaires a disparu corps et âmes dans les marais d'Agamaur. Seuls les corps de certaines de leurs montures furent retrouvés par des éclaireurs eglain, ainsi qu'un cor brisé et deux emblèmes que les rohirrim auront pu voir portés sur Deogar et Theordric. Aucune trace de leurs compagnons ne sera trouvée, bien que les eglain sont formels sur le fait qu'ils furent pris en embuscade.

L'éored n'a à ce jour, au moment précis où la nouvelle parviendra à Bree, plus de meneur et perdu un effectif important. Libre à ceux qui restent, ou qui peut être viendraient, de faire rejaillir l'espoir et de poursuivre la mission que les rohirrim s'étaient fixés. Les thanes sont les derniers héritiers de la tutelle d'Eothred, et si aucun n'est encore en activité, il est possible que celui qui veuille de ce statut l'obtienne. Ce qui ne signifie pas pour autant que ce rôle soit avalidé en rp puisque seul le Porteur de Heaume nommait ses officiers, ou le faisait sur la recommandation des émissaires de Fort-le-Cor. Il pourra être accordé pour permettre un recrutement dans un premier temps, tout simplement. Et selon les choix et la survie ou non de l'éored, des remaniements plus profonds pourront être envisageables.

La suite de l'histoire vous appartient, eorlingas...

* * *


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Message Posté le: 22/09/2010 à 17:09    
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Hors-personnage :
Pardon pour le propos HRP, mais je tenais à féliciter Telu pour ce superbe texte, et, encore une fois, à le remercier pour tout ce qu'il a fait.


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