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Serment de Carn Achagh
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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:15    Sujet du message : Le Serment de Carn Achagh
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Hors-personnage :
Voici une vitrine où sont exposés quelques éléments au sujet du Serment, de son ambiance particulière et de ses maraudeurs. Si le principe vous intéresse sans que vous n'ayez encore rencontré de membre du Serment de Carn Achagh, vous pouvez contacter par MP sur ce forum Valaraukar ou Isatis. Ou Herestur en jeu.


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:15    
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Parchemin :
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n dit que la mémoire des hommes est courte. Cet adage est d'autant plus vrai au Pays de Bree, du moins en apparence. Ainsi il en va des histoires que l'on y entend, ce sont des histoires à la mémoire courte. Certaines content des bonnes leçons pour le peuple, sous couvert de mots choisis, de demi-vérités ou ... de mensonges. Après tout l'essentiel c'est que tout le monde pense la même chose et que chacun se tienne tranquille. C'est mieux comme ça. C'est ce qu'ils pensent, parce qu'ils se protègent ... Moi je crois que ces gens ont peur de Nous.

Il faut dire que l'histoire que l'on essaye de nous faire oublier n'est pas une mince affaire. Cette histoire à un nom pour commencer, Ardagh, un homme hors du commun. Un homme qui connaissait les vérités et savait parler aux gens dans le besoin. Un homme qui n'hésitait pas à défendre leurs droits. Et comme on le sait tous, ici dans le Pays de Bree, les droits des pauvres gens ne valent pas grand chose.

Alors il fallait s'y attendre, un jour ou l'autre il y en a bien un qui parlerait avec une belle voix, un qui saurait porter les doléances du peuple, des paysans, des véritables héritiers du Pays de Bree. Et celui-là s'appelait Ardagh.
Laissez moi vous conter son histoire et vous dévoiler ce que Graham, Roncenoire et sa bande craignent de voir ressurgir ... Car le Serment des Coteaux n'a jamais été une chose vaine, et ses héritiers se battront pour leur liberté. Aucun homme ne peut rien contre ça ...


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:16    
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~ Ardagh ~




Le vieux Bremion eu l'oeil qui brilla tout à coup plus intensément quand il arriva à son passage préféré. Réajustant dans un geste machinal le bandeau moisi qui protégeait sa seconde cavité oculaire bordée d'une peau aussi crasseuse que fripée, il cessa un instant de parler en mordant sa vieille pipe et la dressa devant son auditoire tout autant captivé par la gesticulation improbable du conteur que par son récit :

« Et là ! Comm'un'chantement d'magicien ... hop ! Disparu ! L'milice pouvait pu l'voir ... l'avait tout bonnement filé comme l'anguille échappée d'la besace du bon pêcheur ! »
Il regarda un instant avec ce qu'il restait de fourberie dans son dernier oeil les trois malheureux maraudeurs qui l'écoutaient, assis sur des tonneaux dans l'humidité de la cave de Staddel. De la cascade on n'entendait qu'un vague et sourd vrombissement qui donnait l'impression qu'un ressac filtrait dans les profondeurs de la grotte.
« Ardagh, ben il l'était pu là mes amis ! Et d'puis c'te nuit, plus personne dans not'bon pays l'a r'vu not'prince des ombres ! »
Sûr de son effet Bremion hocha de la tête, la machoire fièrement avancée, gratifiant ses interlocuteurs d'un mouvement de barbe mal tenue que n'aurait pas renié le bouc du champ voisin.
« Les miliciens d'Bree l'ont jamais attrapé et not'Serment l'est t'jours aussi fort, d'puis l'massacre d'Carn Achagh, pour not'liberté ! »

Crachant au sol, Bremion qui avait du voir le Veilleur Roncenoir encore jeune garda l'oeil plissé et le sourcil haut. « Maint'nant pour dev'nir un légende comme Ardagh va falloir bien écouter not'code et surtout commencer par porter les tonneaux qu'vous cirez d'vos fesses et qu'on attend du côté du Taureau Mugissant ! »
En laissant les recrues se débrouiller pour porter l'herbe à pipe fraîchement acquise jusqu'à une vieille cariole à la lumière de torches vacillantes, Bremion dévisagea un milicien de Bree qui écoutait dans la pénombre de la grotte.
L'homme à la silhouette malingre s'approcha, adressant un rictus au vieux conteur :
« Dis moi vieil homme pourquoi tu leur dit pas qu'la tête d'Ardagh a orné un pieu la nuit même dans les Collines de Carn Achagh ? L'avait commis tant d'méfaits qu'on pouvait pas l'laisser à la justice de Bree sans l'tuer nous même ... »

Bremion regarda d'un oeil mauvais le milicien, les lèvres plissées sur ses dents en souffrance et empoigna son pourpoint : « Sur'ment parce qu'ta tête pourirait à côté d'celle d'Ardagh si ça s'savait ... »


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:16    
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~ Irvin ~



Il passa une main dans ses cheveux blonds, hésitant sur la marche à suivre.
Sans doute qu'il serait sage d'attendre l'autre. Parce que l'autre, il avait toujours de bonnes idées, des solutions aux problèmes et il savait parler.
Mais Irvin savait qu'il risquait de passer à côté d'une belle occasion s'il laissait filer le marchand sans lui prendre son or.

Sous l'arche du Quartier des Pierres, il voyait le marchand, un Caravanier de Combe sans doute à ses atours, qui discutait avec un client. Irvin avait bien remarqué l'échange qui venait d'avoir lieu : une bourse pleine donnée au marchand en échange d'une dague rutilante. Les yeux du voleur ne quittait pas la bourse attachée à une fine cordelette à la ceinture du Caravanier.

Et l'autre qui n'arrivait toujours pas.

Le marchand salua son client, et ils se séparèrent chacun prenant une direction différente. L'acheteur partit vers le sud de Bree alors que le Caravanier remontait vers la Banque.

Vite ! Il fallait réagir avant qu'il ne soit entouré des gardes de la banque ! Irvin s'élança à la poursuite du Caravanier, les yeux rivés sur la bourse à son côté. Il ne vit pas le tabouret du cordonnier installé à côté de l'arche du Quartier des Pierres et s'étala de tout son long sur les pavés humides de la place, provoquant l'hilarité du cordonnier.

Entendant le fracas de la chute, le marchant s'était retourné et avait sourit. Irvin était découvert, l'effet de surprise était raté. Découvert et ridicule.

Les machoires serrées, il se redressa, visiblement en colère. La pluie de la veille avait laissé quelques flaques sur les pavés de la place et la chemise d'Irvin était tâchée. Lentement, il se retourna vers le cordonnier hilare et s'approcha de lui.

Irvin avait oublié l'autre en retard. Il avait oublié le marchand et sa bourse. Il ne voyait que le cordonnier et son rire sonore.
La suite ne fut que cris, pleurs et dents déchaussées.

...

Il ouvrit un oeil tuméfié. Le droit. L'autre n'était pas mieux, mais l'ouvrir aurait fait hurler Irvin de douleur.

Des barreaux. Qu'il reconnut immédiatement : les geoles de Bree. Irvin referma son oeil, et se retourna sur le banc de bois qui lui servait de lit.
De toute façon, c'était la faute de l'autre.
S'il n'avait pas été en retard...


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:16    
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~ Du sang sur les pierres ~



L’été 2993 du Tiers Age fût étonnament pluvieux pour une saison que les habitants du Pays de Bree redoutaient pour ses épisodes de sécheresse. Les champs ne furent brûlés par la morsure annoncée d’un soleil sans remords et la terre ne craquela qu’en de rares collines chauves. Les ondées estivales ne se contentèrent pas de déverser leurs longs scintillements clairs sous les lueurs qui perçaient les nuages laiteux. L’été amena une pluie rouge, une pluie de sang et d’injustice.

Depuis quelques mois les coteaux du Mintyrnath avaient été déclarés territoire ancestral par Ardagh. Le demi sang dunéen souillant les veines de ce mercenaire au verbe habile lui octroya le prétexte de revendiquer une terre où il espérait trouver refuge avec ses hommes. Chef autoproclamé d’une révolte paysane qui avait trouvé en ce fier-à-bras querelleur et insoumis l’emblême de sa liberté, Ardagh s’appropria les travées déchiquetées qui serpentaient en surplombant le Nen-i-Sûl et y organisa un bastion de résistance.

En un lieu qu’il avait lui-même baptisé Carn Achagh et dont la mémoire du nom semblait résonner dans l’esprit du mercenaire comme une sanglante folie, Ardagh rassembla les fidèles, les jeunes et les vieux qui croyaient encore en son combat. Celui d’une terre libre, appartenant aux hommes qui la cultivaient et non aux derniers nobles, aux Comtés de vieux dunedain à l’oeil fatigué, ou aux orques, qui pour ces gens formaient la même espèce envieuse. Les siècles passés témoignaient pour la plupart de ces hommes du sacrifice de familles entières engagées dans les meurtrières querelles de baronnies qui se disputaient l’héritage d’un Arnor divisé.

Tous ceux qui acquièsaient aux paroles du chef ne suivirent pour autant Ardagh à Carn Achagh. Seuls les plus fidèles et les plus révoltés acceptèrent ce défi déclaré à l’autorité du Pays de Bree. Ne sachant utiliser d’autres méthodes que la ruse et la rapine, Ardagh, aussi vicieux qu’un blaireau, fît de Carn Achagh un lieu réputé pour son isolente insoumission aux lois du pays. Un repère de mauraudeurs dont on disait que les forces grandissaient comme l’ombre s’avance sur les pentes où le soleil décline. Une menace qui dépassait les atermoiments habituels d’une population paysanne et surtout utilisait la violence et la maraude dans une proportion qui préoccupa rapidement le Maire de Bree et sa milice régulièrement provoquée.

La prétention d’Ardagh ne semblait connaître de limite et il fût bientôt évident que ce mercenaire était prêt à tout pour renverser les pouvoirs en place. Jusqu’aux frontières de l’ancien Cardolan, ses réseaux avaient le soutient de paysans. On entendait d’étranges rumeurs au sujet de réunions secrètes dans les ruines de Tharbad ou de pactes avec les cruels guerriers du Pays de Dun.

Les hommes d’Ardagh étaient, disait-on, liés par un serment. Le Serment de Carn Achagh, qui soumettait chaque partisan aux lois arbitraires du chef mercenaire mais surtout liait ce clan en exil par un honneur indéfectible. Il fût pourtant une loi supérieure à celà. La forte récompense promise à celui qui donnerait des précisions avérées sur l’emplacement de Carn Achagh et le réfuge d’Ardagh acheva de convaincre le jeune Cynheld que la tuerie de son père, milicien de Bree, par les hommes d’Ardagh n’était finalement pas « une chose si bonne pour la liberté des opprimés ».

Cynheld avait passé ses trois dernières années à Carn Achagh, refuge rejoint la quinzaine a peine franchie et ses convictions renforcées par l’adhésion de ses deux cousins au Serment d’Ardagh. Le jeune garçon d’étable était rapidement devenu un éclaireur habile dont on n’imaginait devoir se méfier dans le bon Pays. Il fût pourtant l’instrument que le destin choisi pour renverser Ardagh. Malgré les promesses d’une confiance sans borne à l’égard du mercenaire, Ardagh jaugea la fidélité de Cynheld en provoquant la mort de son père, ultime défi à son rang. Et dernier acte d’une folie ordinaire qui muselait les familles liées au Serment de Carn Achagh.

Le repaire d’Ardagh fût assailli à l’aube alors que l’été déclinait en pente douce sur les coteaux bruns du Mintyrnath. La violente réplique du Pays de Bree fût à la hauteur de la cruauté d’Ardagh. Soutenu par des mercenaires recrutés dans les Cantons de Féotar - où malgré la rumeur, Ardagh ne possédait pas assez de soutient - l’assaut des forces du Pays de Bree macula au petit matin les pierres de Carn Achagh du sang de la rébellion.

Des circonstances et de la certitude de la mort d’Ardagh peu de choses furent avérées. Des miliciens prétendent avoir disposé sa tête sur un pieu au sommet d’un coteau, afin qu’il regarde à jamais le pays qu’il voulait posséder. D’autres dirent qu’il s’était empoisonné et les rumeurs les plus folles circulèrent sur la survie du chef maraudeur ... Si bien qu’une traque fût menée au Mintyrnath les jours suivants jusqu’aux forntières du Pays de Dun, alors que le repaire de Carn Achagh était tombé et le mercenaire probablement occis. Le jeune Cynheld ne survécu pas à sa trahison et une partie des biens qu’il acquit profita à ceux qui choisirent de laver l’opprobre qu’il avait jeté sur l’honneur des révoltés.

Mais le Serment de Carn Achagh et les profondes blessures qu’il avait réveillé survécurent à ce massacre car le coeur de certains hommes ne pouvait se résoudre à voir l’histoire se répéter dans l’injustie et l’oppression ...


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:17    
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~ Irvin ~




Il essuya négligemment une crotte de nez sur ses chausses, ne lâchant pas du regard le groupe de gardes qui discutaient non loin de lui.
Parmi eux, Renald Vertepomme, l'un des hommes du Capitaine Alenor, de la Garde de Bree. Ce Renald s'était moqué d'Alera quelques jours plus tôt, Irvin l'avait entendu... et il comptait bien venger sa soeur.

Le voleur s'avança vers la patrouille d'un pas décidé, un sourire mauvais aux lèvres. L'autre lui avait dit de l'attendre avant de régler son compte à Renald, mais Irvin en avait marre de toujours l'attendre.
- « Hey, Renald ! T'es venu avec tes copines ? » lâcha la brute.
La patrouille se retourna comme un seul homme vers Irvin, et Renald, par réflexes, dégaina son gourdin.
- « Qu'est-ce tu veux, Blondinet ? » rétorqua-t-il.
Irvin, d'aussi loin qu'il se souvenait, détestait qu'on l'appelle ainsi. Oui, dans les premières années de son enfance, il était chétif et idiot, mais il avait grandi et prit des forces. Renald aggravait son cas.
- « T'as dit du mal d'ma soeur, y'a deux jours. Et ça me plait pas. », gronda Irvin.
- « Ben moi, c'est sa trogne que j'aime pas. Et si tu veux du grabuge, tu vas en avoir, moi j'te le dis. »
Alors qu'il répondait, le visage de Renald se fendit d'un sourire et son regard se porta dans le dos d'Irvin. Lorsque ce dernier se retourna, il vit qu'une seconde patrouille achevait sa ronde non loin de la Porte Sud, non loin d'eux. Attirés par la présence de la brute discutant bruyamment avec Renald, les gardes approchaient, le gourdin à la main.

Irvin sentit que les choses dérapaient hors de son contrôle mais il n'avait pas peur. Six gardes, c'était encore jouable. Il pâlit cependant lorsqu'il constata qu'il avait eu la bonne idée d'interpeller Renald à l'heure de la relève et que les hommes d'Eleane de Baranduin, une autre Capitaine de Bree, venaient remplacer ceux d'Alenor. Six gardes, tous frais, arrivaient de la Salle du Rassemblement et découvraient la scène.
Douze gardes. Cela devanait un poil plus difficile.

Irvin regarde à droite puis à gauche. Il lança à Renald :
- « Hé ! Tu crois p't-être que tes copines me font peur ? L'autre va arriver, et moi et lui, on va vous massacrer. »
- « L'autre ? Encore lui ? »
- « Ouais, encore lui. Aussi vrai que les bateaux des Elfes ont des ailes et qu'ils vont aux cieux à la fin du monde. »
Renald Vertepomme et les autres gardes présents s'esclafèrent, ce qui mit Irvin dans un colère noire. Il ne supportait pas qu'on se moque de lui. Il regarda fixement Renald, avant de le charger en rugissant.
La suite ne fut que cris, pleurs et coups de gourdin.

...

En se réveillant, il poussa un râle de douleur. Ils ne l'avaient pas loupé... Il ouvrit avec peine un oeil...

Des barreaux. Qu'il reconnut immédiatement : les geoles de Bree. Irvin referma son oeil, et se retourna avec douleur sur le banc de bois qui lui servait de lit.
De toute façon, c'était la faute de l'autre.
S'il n'avait pas été en retard...


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:17    
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~ Pour l’honneur des hommes ~



Bien que le Pays de Bree et plus particulièrement le territoire sud qui s’étend entre le Val d’Andrath, le Gué de Sarn et les rives du Gwathlo ne connaisse plus la loi d’Ardagh, de nombreux paysans parlent encore de cette histoire, et les récits vont bon train au sujet du mercenaire lors des longues veillées autours du feu.

Le Pays de Bree ne s’est plus guère penché sur ces vieilles histoires depuis le massacre de Carn Achagh et ne revendique pas fièrement le sang répandu ce matin là, car il compte aussi celui de ses fils. De ces heures il reste cependant un honneur bafoué, une liberté compromise et une misère qui ne trouve de réponse dans les doléances que l’on veut bien lui concéder. La liberté des hommes du pays se voit d’autant plus menacée que du nord s’entendent les grondement d’un ennemi impitoyable dont chacun pressent qu’il faudra plus de force ou de ruse que celle d’une milice défendant l’intéret de quelques noblions pour lui faire face. Ou songer aux meilleurs pactes à lui proposer ...

Le Serment de Carn Achagh, d'un récit murmuré à la tombée de la nuit parmi les derniers travailleurs champêtres devint un nom que l’on prononça en secret dans la pénombre d’une grange, et survécu comme le symbole d’une révolte injustement réprimée. Aucune communauté n’osa cependant se rassembler avant 3018 du Tiers Age car tous craignaient la trahison, l’opprobre ou la vigilance d’un Veilleur Roncenoire. Jusqu’à l’arrivée au Pays de Bree d’inquiétants cavaliers noirs.
Le Serment de Carn Achagh devait renouer avec le passé, car la présence de ces sinistres visiteurs était un signe fort de l’abandon du Pays par les autorités qui le dirigaient ... Tous ceux qui aimaient cette terre devaient la protéger de ses faux seigneurs et des étrangers !


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:17    
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~ Tarcin ~





- « Tarin ! Ramasse-toi, j'te dis. Oh ! Tarin ! »
L'homme secoué par l'un des gardes depuis plusieurs minutes finit par ouvrir un œil. Uniquement un, le droit, ce qui lui inspira une molle surprise. Avec un grognement, le maraudeur se recroquevilla et – s'aidant de ses mains – parvint à s'asseoir, adossé aux barreaux de sa cellule. Sentant dans sa bouche le goût familièrement désagréable du sang, il tenta de cracher. Pas moyen de trouver un tant soit peu de salive, tant sa bouche était pâteuse. Petit à petit, Tarcin réalisa être dans les geôles de Bree. Il se massa la mâchoire, ouvrant la bouche en grand, et le regretta aussi tôt sous une pointe de mal vivace. Aidé par la douleur remontant à ses tempes depuis chaque pouce de son corps, il retrouva peu à peu des bribes de mémoire.
Il avait croisé ce couple la veille, sur la route reliant Combe à Bree. Ne crachant jamais, en tout cas jamais sur l'occasion de se faire un peu d'argent pour la cause, il leur avait fait une offre courtoise. Leur feullouze, ou bien son gourdin dans la tronche. Tout en luttant pour tenter d'ouvrir son second œil, le gars essaya de retrouver le souvenir de ces deux là. Oser porter la main sur un d'Ardagh, ils allaient pas s'en tirer comme ça... Face à sa demande, les deux n'avaient pas bronché, pas plus le barbu que la femme pâlotte. Ça y est, la suite lui revenait : sans rien piger, il s'était ramassé un furieux coup derrière sa nuque, puis cela avait été la ruée. Le couple était simplement passé sans s'attarder, le laissant aux mains – et surtout aux bottes – de plusieurs gars qu'il avait pas vu venir.
Le garde le secoua à nouveau, criant un peu plus fort pour l'obliger à réagir.
- « Tarcin, pas Tarin... », maugréa le maraudeur, avant de reprendre en marmonnant : « Pauv' fion. »
Son acte de courageuse défiance lui valu une taloche. Mais Tarcin s'en ficha sur le moment, trop occupé à se demander ce qu'il foutait au trou... La suite de la nuit lui revint, entrecoupée des moments où le passage à tabac lui avait sucré toute conscience. Le guet était intervenu. Ptet attiré par ses cris... Grognant en faisant de son mieux pour se relever, le maraudeur finit par piger qu'on l'avait collé au trou pour l'tenir à l'écart de ceux l'ayant tabassé.

Enfin debout, Tarcin réalisa enfin la tension régnant dans la prison. Au beau milieu, deux veilleurs trainaient vers une cellule un gars qui venait de se prendre quelques sérieuses volées de gourdin. Le visage du maraudeur s'éclaira : l'grand gaillard à moitié dans les pommes portait l'uniforme du Roseau. Ouais, et il le connaissait pour l'avoir suffisamment évité, ce gars là ayant autant d'force qu'Irv'. L'était aussi presque aussi malin ; et l'un dans l'autre, ça en faisait un mec à éviter.
A le voir dans cet état, Tarcin se mit à se marrer tandis qu'on le poussait vers dehors. Sa mâchoire et son ventre le tiraillaient, souffrant encore franchement de la dérouillée de la veille, mais il s'en foutait. Voir le Roseau et le Guet s'emmancher et se bazir la gueule, y'avait de quoi se fendre...
Une fois à l'extérieur, il plissa son seul œil ouvert, le temps de s'habituer à la lumière du jour. Mais il se dirigea sans attendre à la recherche de Carson ou d'Irv', ça les f'rait marrer eux aussi. Et ptet même que le Chef trouverait un truc malin à faire pour profiter de tout ça...


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:17    
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~ Le Code de la Potence ~




Un code issu du Temps des Coteaux est prôné au sein du Serment de Carn Achagh et est plus ou moins suivi selon les intérets que chacun porte à le faire. Nommé Code de la Potence en référence à la sentence qui attend ceux qui lui désobéissent, ce court condensé de « lois » résume le bien fondé du Serment et les liens devant unir ses membres.

Au Serment de Carn Achagh, fidèle tu seras
D’Ardagh, la mémoire tu garderas
Donnée au Clan, ta parole restera
Ta liberté et ta terre tu protègeras
Jamais sans arme tu ne seras
De la milice tu te joueras
Aux nobles tu ne te lieras
Aux elfes ta confiance tu n’accorderas
De la trahison du Serment, la mort te délivrera


Il n’existe pas de recensement officiel du Serment de Carn Achagh qui survit essentiellement grâce au vote de confiance d’une partie de la population paysanne (qui héberge ou dissimule ses membres) et de quelques affaires illicites menées ces dernières années entre le Pays de Bree et les régions voisines.

Le Serment de Carn Achagh établi parfois des pactes avec les brigands du pays pour faire circuler certaines marchandises ou les protéger, mais revendique une position plus claire au sujet de ses racines et ne s’est pas encore engagé sur la voie du mercenariat. Il n’existe pas de lieu de prédilection où trouver les hommes du Serment, bien que certains traffics récents d’Herbe à Pipe à destination du Taureau Mugissant soient organisés non loin de Combe.




Dernière édition par Ruelles de Bree le 20/02/2010 à 15:26; édité 1 fois
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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:18    
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~ Le Secret d'Ardagh ~
(Texte de Gwalchmei)





Une aube dorée se levait. La chiche lumière rasante de l’unique torche de la pièce éclairait le visage d’Ardagh, donnant du relief aux crevasses laissées par la vérole qui constellaient ses joues creusées.

Sa poitrine se soulevait rapidement et bruyamment quand les râles de souffrance s’échappaient de sa bouche en même temps que son souffle rauque produit de sa respiration sifflante. Il s’appuya fébrilement de la main en se relevant, sur le mur humide, couvert de salpêtre.

Son pourpoint de cuir, à hauteur de son flanc se maculait d’un rouge carmin. Il saignait abondamment. Qu’importe ! Il serra les dents, fronça les sourcils pour deviner les choses au delà du cercle ténu de lumière et s’enfonça en titubant dans les ténèbres, comme toujours.

La cave voutée où couraient les rats débouchait sur un escalier en bois, vermoulu, montant roidement à l’étage. Il s’accrocha à la main courante, une simple corde de chanvre, comme un fil d’Ariane le guidant dans un labyrinthe d’inquiétude. Il fit une courte pose à la moitié de son ascension, jetant un œil de conspirateur par dessus son épaule. C’était une vie entière qu’il laissait derrière lui. Une vie de rapine, de vengeance, de haine et de meurtres, glorieuse pour certains, condamnable à jamais pour la plupart. Tout dépendait de quel côté de l’assiette on se situait. Le ventre plein lui avait toujours été plus hostile que le ventre creux.

A travers la porte d’entrée, amas hétéroclites de planches pourries, l’air tiède de l’aurore qui filtrait par les généreuses ouvertures chassa la puanteur des lieux. Des effluves mélangés de tilleuls plantés le long de la rue, de pains chauds cuisant dans les fours de pierre et de linges odorants pendant aux gouttières, portés par une faible brise s’engouffrèrent sur le seuil, réveillant quelque peu ses sens endormis.

Là, en bas, régnait les oubliés et les parjures sur un royaume de pestilence. Un vague égout parcourant comme un hideux serpent les rues principales de Bree crachaient les humeurs des biens nés dans ce monde souterrain. Mais ce monde était habité. On y chiait, pissait, crachait, mais certains y vivaient et naissait aussi, marqués dès le début du sceau de la honte, couverts à jamais de ce remugle infect qui vous collaient à la peau jusqu’à votre mort, telle une marque indélébile, celle des bannis.

La journée s’annonçait brulante. Un soleil rond, sans fard se hissait dans l’azur d’un ciel d’été immaculé. La vive clarté du jour lui brula les yeux. Comme une ombre, il quitta son refuge pour tenter de retrouver un peu plus loin le couvert apaisant de l’obscurité. Mais une ombre n’est pas faite pour apparaître au grand jour.

C’était de la folie ! La rue était large, ouverte et gardée. Elle passait devant la prison, courait non loin de la bâtisse massive abritant la mairie. Déjà, marchands avides, soldats zélés, bourgeois grassouillets se pressaient dans les artères pavées, ignorant les fantômes ramassés dans les détritus qui leur tendaient des bras décharnés, pareils aux branches biscornues d’un noisetier desséché, suppliant l’aumône d’une voix déjà éteinte. Pire que la mort, le sentiment de ne pas exister.

La colère qui avait toujours coulée dans ses veines afflua de nouveau, cherchant au fond de son âme une réserve de force insoupçonnée. Ces tempes le brulaient, cognant comme le marteau du calfat. La vision brouillée, il traversa la place jusqu’à la fontaine trônant en son milieu qui crachait une eau claire dans un clapotis revigorant. Sous le regard incrédule des passants, il ôta son chapeau de feutre et abandonna son visage grimaçant à la caresse cristalline. Il laissa longuement le jet d’eau sourdant d’une bouche en cuivre couler sur son crâne, dégouliner le long se sa colonne jusqu’aux reins et chasser la crasse, la poussière et la sueur qui lui piquait les yeux.

En se redressant, une violente douleur lui parcouru tout le corps, tel un coup de poignard. Il réprima comme il pu un cri de souffrance. La blessure s’aggravait. Un filet de sang coulait le long de sa cuisse, souillant ses chausses usées, tachant les pavés. Un animal blessé, traqué, voilà ce qu’était devenu le grand Ardagh… Le grand Ardagh, tu parles ! Il n’avait jamais rien demandé ! Jamais ! Pourquoi tous ces miséreux avaient vu en lui, un chef, un esprit, un guide. Belles conneries ! S’ils savaient tous ces fous qui l’avaient aveuglément suivi, pourquoi tout cela avait commencé. Un mensonge, il fallait l’avouer tout de suite. Sinon, on bâtissait sur lui le reste de sa vie et il en devenait les fondations instables. C’était alors trop tard pour revenir en arrière et risquer de tout voir s’écrouler. Un rictus au coin des lèvres il réfléchissait à l’épitaphe qu’il espérait savoir gravé sur sa tombe. Ardagh le révolté, un truc comme ça…

Il quitta enfin la rue principale, pris à gauche rue des tanneurs où les relents immondes des peaux en putréfaction lui donnèrent la nausée. Stoïque jusque là, pour faire bonne figure et ne pas attirer l’attention, il laissa le poids des affres le plier en deux. A droite ensuite, venelle de la source. Si étroite que les toits se donnaient l’accolade à leurs faits. Un peu de pénombre, c’était déjà ça. Sa respiration haletante s’accéléra encore. De grosses gouttes d’une sueur froide perlaient de son front, lui glaçant l’échine. La fièvre l’emporterait avant que tout son sang n’est fini de quitter son corps.

Un chat de gouttière lui fila entre les jambes en miaulant d’effroi. L’odeur forte d’argile charriée par la rivière toute proche montait entre les murs sales. Ardagh s’arrêta de nouveau épuisé, le dos contre une poterne, le regard vide et le souffle court. Des images fugaces de la nuit précédente lui apparurent dans un rêve malsain issu du délire qui l’assaillait.

Carn Achagh assiégé. Les cris, le fracas des armes, les ennemis fous de rages et de colère dressés par centaines contre lui et ses hommes. Il avait défié la terre entière, craché à la gueule des puissants. Lui et son armée en haillons ! Venez à moi hurlait t’il ! Venez gouter le courroux des opprimés ! La bataille avait duré une bonne partie de la nuit, peu avaient fuis. Il lui restait pourtant une dernière chose à faire avant de mourir et c’est à l’aube qu’il déjoua la surveillance des gardes, mortellement blessé par son protégé, Cynheld. La main du chef du serment avait hésité dans le chaudron brulant de la bataille, pas celle de Cynheld. L’acier avait fendu les chairs, et Ardag , lui, préféra lâcher son épée, enfin et pour toujours…

Il allait irrémédiablement déterrer le vieux mensonge et regarder toute son existence de gredin s’effondrer, pour pouvoir à l’éternité se reposer.

Il s’affala sur le sol de terre battue où subsistaient quelques flaques puantes, cloaques vaseux, abreuvoirs providentiels d’une nuée de corbeaux…en attendant mieux.

Dans son agonie, il cru entendre sa voix. Il se releva aux prix de maints efforts, un filet de bave ensanglanté aux commissures des lèvres. La poussière et la boue sur son visage camouflaient le masque de la mort.

Dans un dernier effort, il descendit la ruelle jusqu’aux rives tumultueuses des flots grossis par les orages de l’été.

Des rires clairs éclatèrent du lavoir tout proche. Le bruit mat des battes frappant le linge couvraient le rugissement des eaux bouillonnantes de la rivière. Les lavandières s’affairaient, leurs fichus blancs soigneusement coiffés sur la tête afin qu’aucune mèche ne dépasse du tissu. Les draps lui paraissaient linceul. Du regard, il la chercha. Il la vit enfin qui riait aux éclats, belle comme au premier jour.

Son corsage bleu passé sur sa peau de lait découvrait ses épaules rondes, si bien dessinées. Ses grands yeux d’émeraude vous envoutaient d’un seul regard, et d’un seul regard votre cœur chavirait.

Encore à l’abri dans la ruelle, Ardagh presque apaisé s’abandonna à sa contemplation. Pourquoi avait t’il fallu que ce capitaine de la garde ne s’arrêtent aussi sur les prunelles de la belle, se laissant submerger par le désir bestial, et décide de part son rang qu’elle lui appartenait, lui qui était tout, elle qui n’était rien.

Ardagh esquissa un sourire quand il repensa à la terreur mêlée de surprise qu’il avait devinée sur le visage de ce porc lorsque sa dague lui avait ouvert la gorge. Son pantalon sur les genoux, défroqué comme un soudard, le soldat avait tenté vainement d'endiguer le flot vermillon s’échappant goulument de la plaie béante, grotesque devant la mort. Elle, ses chevaux défaits, ses jupons retroussés gisaient au fond de cette ruelle infecte pleurant comme une enfant. Il aurait tant voulu lui avouer tant de choses. Mais la garde avait surgie de la nuit, les flambeaux à la main. Le cadavre d'un brave capitaine, un fille violée par un misérable coquin, le sort en était jeté. Voilà comment tout avait commencé.

Comment expliquer à ses hommes rêvant de gloire et de revanche que le seul sentiment qui animait sa révolte était l’amour perdu. Le silence devint colère et la colère se mua en haine, qui emporta tout, à jamais…à maintenant, l’heure de la rédemption finale.

Une mare rouge se forma aux pieds du chef de Carn Achagh sans qu’il s’en aperçoive. Un souffle d’air balaya la rive poussiéreuse. La jeune lavandière releva soudain la tête se sentant instinctivement observée. Elle porta la main à sa poitrine, arrêtant la course du temps, figeant l’instant dans une mortelle torpeur. Là ! Elle aurait juré reconnaître ce visage qui se découpa un instant dans la venelle toute proche. A moins que non ! C’était une ombre, une silhouette dans les ténèbres, c’était le vent ! Il n’y avait personne, que le souvenir des vaincus, le chant de insoumis, l’honneur des simples gens et la colère ! Cette colère sourde qui faisait trembler les biens-nés, résonnait dans les campagnes, inondant le cœur des fiers-à-bras qui jurèrent allégeance au code de la potence !

Troublée, elle reprit calmement sa rude tâche. Le soleil dardait ses rayons aveuglant. La journée s’annonçait brulante.

A ce jour, jamais le corps d’Ardagh ne fut retrouvé. Pour calmer les frondes paysannes, le bourgmestre de Bree fit planter la tête d’un supplicié atrocement défiguré au bout d’une pique pour réfréner les ardeurs du peuple et éteindre les flammes de la jacquerie naissante. Pourtant, dans son testament rédigé à la hâte, puisqu’il se savait condamné de par son acte, Cynheld, le traître, jura formellement que ce n’était pas le visage d’Ardagh qui trônait tel un sinistre trophée sur la colline ensanglantée…


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:18    
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~ Irvin ~




Il regardait sa chope désespéramment vide. Nob était venu trois fois lui demander de régler la boisson, mais Irvin lui avait répondu que son ami allait venir pour payer.
Sauf qu'il n'arrivait pas.
Irvin jeta un coup d'oeil furtif à la porte d'entrée, ce qui n'échappa pas à Prosper, derrière son comptoir. S'il courrait suffisamment vite, il pourrait peut-être partir sans payer ni se faire attraper.
- « Irvin ! », lança le gros homme. « Va falloir que tu laisses la place, j'ai d'autres clients à installer ce soir... »

Nob s'approcha pour venir chercher l'argent. Et l'autre, encore en retard.
- « Ecoutes, Nob. J'ai pas l'argent là, mais je peux... »
Le serveur hobbit le regarda dans les yeux un instant avant de faire signe à Alran, l'un des gros paysans d'Archet, de lui prêter main forte.
- « Nan, mais attends, Nob, je te dis que c'est mon ami qui a l'argent. Il va payer ma chope, n'aie pas peur... »
Irvin se leva lorsqu'Alran arriva au niveau de sa table.
- « Hey, petit ! » lança le paysan. « Tu paies ce que tu dois à Prosper et tu t'en vas... »
- « Mais écoute, l'ami, j'ai dit à Nob que... »
Irvin s'élança vers la sortie mais malgré la force du voleur, le gros paysan parvint à l'attraper au collet.
La suite ne fut que cris, pleurs et hématomes.

...

Il ouvrit un oeil, noyé dans les brumes d'un mal de tête phénoménal. Il parvenait avec peine à distinguer ce qui l'entourait.

Des barreaux. Qu'il reconnut immédiatement : les geoles de Bree. Irvin referma son oeil, et se retourna sur le banc de bois qui lui servait de lit.
De toute façon, c'était la faute de l'autre.
S'il n'avait pas été en retard...


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Message Posté le: 20/02/2010 à 15:18    
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~ A l'ombre des roses ~




"Comment ça, dispersés ? La milice est venue fourrer son nez dans nos affaires ?!"

Dunléan masquait mal sa colère. Ses derniers cheveux blancs étaient collés sur son front trempé, lui donnant un air à la fois miséreux et inquiétant. La pluie battait la campagne dehors, et il n'avait même pas pris le temps de secouer ses bottes crottées de terre en rentrant dans la petite masure faiblement éclairée où l'attendait Herestur. Son fils regardait les traces de terre et de boue qu'il laissait sur le sol tassé, puis releva les yeux sur l'Ancien, attendant que sa rogne passe comme un mauvais orage.

"Ne graissons-nous pas assez la patte de ce Gatteron et les siens pour avoir la paix lorsque nos frères se retrouvent ?!" Dunléan cracha au sol. Il avait le regard des jours de disette, d'autres choses devaient l'agiter ainsi pour qu'il ne se calme à propos de ce raffut.

Se décidant à parler après un temps de silence à laisser le toit crépiter sous la pluie, Herestur apporta quelques précisions sur ce qui semblait avoir fait dégénérer cette assemblée nocturne dans les Jardins de Bree.

"Nous en avons discuté avec Peredur par la suite, père. D'après ce qu'il m'a révélé, il y a eu une rixe entre Gatteron et lui, je crois que les deux ne s'apprécient guère ... Une rixe dont notre maraudeur est à l'origine, il a eu au moins l'honnêteté de le dire. Même si il a eu tord de provoquer le milicien. Je crois que Gatteron a eu peur, il a appelé la Milice, il a du croire que Peredur allait le saigner comme un poulet."

Dunléan éructa un juron dont il devait être le seul à partager la traduction avec quelques défunts des Hauts Galgals, avant de frapper dans le chambranle de la porte de bois. Herestur en déduit qu'il appelait quelque vieille malédiction sur la tête du violent gondorien, et ne chercha pas à justifier l'acte de Peredur. Il avait lui même eu du mal à contenir la hargne de l'homme qui semblait fidèle à son prédécesseur ...

"Ce n'est peut-être pas à toi que j'aurais du demander de punir Urbal" L'Ancien se racla la gorge douloureusement "Si ce Peredur le découvre il cherchera ta perte ... Hors pour le moment, même à moitié fou, celui-ci nous est utile. Mais tout autant que Gatteron. Préserve les deux, mon fils, nous ne devons sacrifier ni l'un, ni l'autre ... Nous n'avons pas assez de forces vives pour nous permettre cela."

Herestur acquièsa en silence, se contentant de faire craquer la jointure de ses doigts. "D'autant plus, père" Ajouta le maraudeur "que nous avons d'autres affaires fort importantes, à surveiller. Deux émissaires d'au delà du Gwathlo étaient là, comme tu le sais. Ils n'ont pas encore révélés leurs intentions mais ils n'ont fait ce voyage pour rien ... S'ils sont là, c'est que la réputation de notre Serment peut les convaincre d'un pacte avec nous."

"Oui, tu dois les convaincre Caerailt ! C'est important, car le temps est venu de devenir plus forts au Pays de Bree, des alliés ne seront qu'un atout de plus pour nous, les révoltes grondent ici. Apprends-moi d'eux et de leurs maîtres, je voudrais savoir s'ils en disent plus que ce taciturne de Mornaith ...".

L'Ancien se retourna vers Herestur et passant devant la petite fenêtre du mur de torchis, plaça sa grande ombre sur son fils avant de s'en approcher. Lui prenant lentement la nuque de ses deux mains calleuses, il posa son front sur celui d'Herestur, et lui confia en un murmure rauque ; "Mon fils, je suis heureux que tu sois revenu. Fier et fort. Ombre au Pays, ta main sera la mienne ici ... Et je sais que déjà de nouvelles recrues sont venues à nos portes. Continue ainsi, je place ma confiance en toi. Mais méfie-toi de tous, l'ami de ce jour sera peut être l'ennemi de demain ..."

Se redressant avec une grimace, Dunléan se dirigea vers la porte dans la lumière blafarde du petit matin. "Une dernière chose ..." L'Ancien fît un geste un peu las de la main sans se retourner "Ce rohir qui a rejoint notre pacte, tu vois de qui je parle n'est-ce pas ? C'est un protégé d'Ercan, veille donc à ce qu'il puisse être respecté de tes hommes ... Ne me demande pas pourquoi, encore une affaire d'honneur ou je ne sais quelle ancienne querelle !"

Herestur s'approcha de la fenêtre et attendit que la maigre silhouette de son père disparaisse dans la brume matinale, s'évaporant dans les champs, avant de sortir à son tour. Il s'engagea le long des bosquets qui jouxtaient la route pavée menant à Bree. Ce soir, seules les tombes au nord entendraient les chuchotements du Serment de Carn Achagh.


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